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Questions et réponses

Je suis prête à supporter sa violence par amour, mais je vais bientôt accoucher. Que faire ?

Question
05 Janvier 2017 - Ano...

Bonsoir,

Je me permets de vous envoyer ce message car je suis avec mon compagnon depuis bientôt deux ans et je suis enceinte de 9 mois et plus le temps passe et plus je me sens malheureuse. Il faut savoir qu'au début tout était beau tout était rose, il vie en Suisse moi en France, il me fait tout quitté, mes études, ma famille pour le rejoindre en Suisse. Au début je n'étais pas d'accord puis par amour je l'ai rejoint. Il faut savoir que je suis quelqu'un qui déjà à beaucoup de mal avec la solitude étant une femme qui a grandi dans une famille nombreuse lorsque je suis arrivé en Suisse loin de ma famille avec comme seul repère mon compagnon ce n'était pas facile mais j'ai tout fait pour essayer de m'intégrer. Les mois passent et je découvre un tout autre visage de mon compagnon, il se donne à la fois ce côté homme parfait et il peut l'être parfois d'ailleurs, qui n'a jamais aimé une femme autant qu'il m'aime moi et qui donnerai sa vie pour moi, et une autre facette très violente, qui m'insulte à tout va et me rabaisse et me fait sentir comme une merde. Une personne qui lève la main sur moi lorsque j'ai le malheur de hausser la voix et d'essayer de lui montrer que je ne suis pas faible que je ne suis pas sa victime. Et qui ensuite une fois m'avoir tapé et m'avoir vu pleurer reviendra plus mielleux que jamais s'excuser des centaines de fois de me dire que c'est quand même de ma faute que je l'ai cherché. Il faut savoir que dans mon passé j'ai été une enfant battue par ma mère alcoolique et accro aux jeux d'argent, d'ailleurs je ne la fréquente plus depuis 3 ans maintenant car mon cœur n'arrive pas encore à la pardonner de la souffrance qu'elle m'a fait subir et de l'humiliation que j'ai vécu, je suis en colère contre elle, je la haie d'ailleurs un mot dur que j'assume. Et lorsque mon compagnon a le malheur de me toucher, de me bousculer de me mettre une gifle ou quoi que se soit je revois ma mère qui me frappait. C'est horrible, je n'ai jamais essayé de me défendre face à ma mère plus jeune je l'ai toujours laissé faire. J'ai été suivi par un psychologue mais par honte j'ai arrêté les séances. Et je me suis mise à apprendre à me défendre avec mon père qui était plus jeune ceinture noire de karaté. Et depuis que mon compagnon lève la main sur moi j'essaye de me défendre de le repousser, mais rien y fait je n'ai pas sa force physique. Et à chaque fois qu'il lève la main sur moi je revois ma mère me frappait. Et ça me déchire de l'intérieur. Je n'arrive pas à accepter qu'on veuille encore me faire subir ça. Mais j'aime cet homme il va être le père de mon enfant, et je lui pardonne à chaque fois car je sais qu'au fond il y a quelqu'un de bien, j'en suis même certaine. Mais je n'arrive plus à être heureuse je pleure beaucoup, je n'ai personne à qui en parler, pas d'amis et ni de famille autour de moi, c'est très compliqué. En Suisse je suis très isolée, et je reste enfermée dans notre appartement. J'ai souvent voulu partir et le quitter mais je n'en ai jamais eu le courage. Et car aussi je l'aime à un point que j'arrive à accepter sa violence même si je suis consciente que je le vie mal et que je suis déprimée. J'aimerai alors avoir vos conseils si possible, je ne sais pas quoi faire pour me sentir mieux. Merci d'avance L.

Réponse
09-01-2017

Bonjour Madame,

Après deux ans de relation qui avait pourtant bien commencé, vous vous rendez compte que vous êtes de plus en plus malheureuse. Votre ami agit violemment envers vous, physiquement et psychiquement. Cela réactive vos traumas d'enfance, puisque votre mère usait elle aussi de violence à votre égard. Sur le point d'accoucher, tout se bouscule dans votre tête: vous voudriez partir, mais en même temps vous aimez le père de votre enfant et le courage et le soutien vous manquent. Vous faites bien de nous écrire et de ne pas rester seule dans cet état.

Vous êtes sur le point de vivre des expériences très fortes à l'arrivée de votre enfant. La fatigue sera présente pendant les premiers mois et nous pensons qu'il est essentiel que vous trouviez du soutien car l'isolement risque de se renforcer, tout comme votre détresse (et potentiellement les violences). Le père de votre enfant a certainement des bons côtés et n'est pas tout mauvais, mais en attendant, cette relation vous détruit à petit feu. Ce que vous ressentez actuellement est normal face à une situation qui ne l'est pas. Contrairement à ce que prétend votre ami, vous n'êtes pas responsable de comment il agit. Il a le droit d'être blessé ou énervé par ce que vous dites ou faites, mais il n'a aucunement le droit d'utiliser de la violence.

Les effets de la violence peuvent être nombreux et ce que vous nous décrivez (fatigue, ambivalence, pleurs, honte,...) en sont. Nous sommes désolé-e-s d'apprendre que vous devez, encore une fois dans votre vie, y faire face. Nous comprenons votre sentiment d'injustice. Sachez qu'en Suisse, tout comme en France, les actes que vous inflige votre ami sont illégaux et punissables. Nous imaginons bien que vous n'avez pas le courage d'entreprendre des démarches juridiques actuellement, mais c'est une information qui peut vous être utile dans les prochains mois. Pour obtenir des conseils et un soutien tout au long des démarches, ainsi que des réparations financières, vous pouvez contacter le centre LAVI au 027 323 15 14 (Sion).

Par ailleurs, la grossesse est une période à risque, tout comme le post-partum. Les violences ont de forte chance d'augmenter, surtout si votre ami a tendance à être jaloux et aime vous avoir "rien qu'à lui". Soyez prudente et n'hésitez pas à appeler la police au 117 en cas de danger.

Nous lisons que vous venez d'une famille nombreuse. Pourriez-vous par exemple trouver refuge pour un moment au moins auprès d'un-e de vos proches ? Quelqu'un qui pourrait vous aider pendant les premières semaines, afin que vous soyez en sécurité et ayez le temps de prendre soin de vous et de l'enfant ? Cela vous permettrait aussi de réfléchir à l'avenir. Vous nous dites être prête à supporter les violences par amour pour votre ami, et peut-être pour protéger votre enfant de la séparation. Néanmoins, comment pensez-vous que votre partenaire réagira s'il ne supporte pas d'être contredit lorsque votre enfant aura sa phase d'opposition ? Et quel modèle parental ce dernier verra-t-il si la violence perdure et que votre ami n'entame pas de démarche pour stopper ses comportements ? Même si la violence n'est pas forcément dirigée contre les enfants directement, ces derniers souffrent de la situation. Voir leur parent pleurer, être maltraité-e, peut être terrible. Ils ressentent très fort nos émotions et notre détresse. Nous pensons qu'il est important de prendre en compte le point de vue de l'enfant pour prendre une décision, car tout comme son père, vous êtes responsable de sa sécurité physique et psychique.

Nous vous donnons ici beaucoup d'information et soulevons des questions qui peuvent peut-être vous chambouler. Pour l'instant, nous pensons qu'il est primordial que vous vous éloigniez des violences et que vous trouviez un environnement sécure pour votre propre santé et pour la santé de l'enfant. Etant donné que l'accouchement est imminant, le plus simple est que vous profitiez de votre passage à l'hôpital pour parler à une infirmière des difficultés à la maison. Pas besoin d'aller dans les détails si vous n'en ressentez pas la force, mais dites simplement que vous avez besoin d'aide. Les professionnel-le-s pourront certainement vous proposer des solutions. Vous pouvez également contacter la fondation l'EssentiElles au 079 320 98 70. Auprès d'elle, vous recevrez du soutien sans jugement et un lieu d'accueil peut être trouvé au besoin, si vous ne pouvez vous rendre dans votre famille en France. La confidentialité des entretiens est de mise. Nous comprenons qu'il n'est pas facile de demander de l'aide et d'exposer ses problèmes intimes à une personne inconnue, mais nous pensons également qu'un moment d'inconfort en vaut la peine si cela vous permet au final de pouvoir aller mieux. 

Nous pensons très fort à vous et à votre enfant, en espérant que son arrivée se passe au mieux. Vous êtes une femme forte et pleine de ressources. Que l'année 2017 soit pour vous l'occasion d'un renouveau loin des violences et de doux moments avec votre enfant. N'hésitez pas à nous écrire pour nous donner des nouvelles. Nous restons à votre disposition si vous avez d'autres questions. Prenez soin de vous.

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