Violences et seniors – « Des violences invisibilisées ! »
Les couples seniors sont également affectés par la violence conjugale, qu’elle soit psychologique, physique, sexuelle ou économique. Malgré qu’ils représentent un cinquième de la population, face à la violence, les hommes et les femmes de 64 ans et plus font rarement appel aux ressources d’aide.
A l’heure actuelle, la violence au sein des couples seniors reste largement méconnue et invisibilisée. Cet angle mort peut s’expliquer par l’isolement des personnes âgées, résultant du contexte social et politique peu favorable aux ressources nécessaires.
Il existe peu d’offres d’aide spécifiques et adaptées aux besoins des seniors, peu de représentation dans les campagnes de prévention contre les violences de couple et peu d’études à ce sujet. Ainsi, ces lacunes ont pour effet de limiter l’accessibilité des ressources psychologiques et sociales permettant aux seniors de prendre connaissance des dynamiques de violence, de leurs droits ainsi que des possibilités de soutien dont ils et elles pourraient bénéficier.
Une étude qualitative publiée par le centre de compétence national Vieillesse sans Violence offre des éléments de compréhension importants. Une connaissance fine des barrières et ressources spécifiques des personnes âgées favorise avant tout la sortie de la violence pour les personnes concernées (victimes, auteur-es, entourage), mais permet également aux professionnel-les d’offrir une meilleure compréhension et détection des violences ainsi qu’un accompagnement adapté.
Le passage à la retraite est un moment particulièrement délicat pour certain-es. L’incertitude financière qu’elle entraîne pour une grande partie de la population, le changement de statut social, ou passer plus de temps ensemble avec son partenaire peut révéler ou amplifier une dynamique de violence. Souvent, la violence est déjà présente dans la relation et peut s’installer de manière insidieuse au fil des années, à travers les chapitres de vie, et le passage à la retraite peut intensifier et/ou visibiliser les épisodes de violence.
À ces enjeux viennent s’accumuler d’autres formes de vulnérabilités, telles qu’une potentielle réduction de la mobilité, une dépendance de soins ou financière envers le/la partenaire, le manque d’accès à des ressources telles que internet, qui sont des freins importants à la sortie de la violence et qui ont pour effet de renforcer l’isolement social et le contrôle de l’auteur-e sur la victime.
Au cours de la dernière décennie, 20% des victimes de féminicides en Suisse avaient l’âge de la retraite, ce qui en fait le groupe le plus touché. Dans deux tiers des cas, les personnes ont été tuées par un proche qui était le conjoint ou l’ex-conjoint.
Un rapport du conseil fédéral « Prévenir la violence sur les personnes âgées » (2020), relève comme facteurs de risque un faible revenu, l’appartenance à une minorité et l’isolement social. Au contraire, le soutien et l’intégration sociale constituent des éléments protecteurs dans le cadre de violences conjugales. En effet, les ressources sont souvent difficiles à identifier et à mobiliser dans ces situations, et l’entourage a un rôle important dans ces cas.