Pour les victimes

La violence plonge les victimes dans la peur, la culpabilité, la honte et l'isolement. Ces réactions sont normales, c'est la situation vécue qui ne l'est pas. Des troubles importants en découlent: stress, anxiété, dépression, insomnies, maux de tête, fatigue chronique, etc. La violence détruit le bien-être et dégrade la santé. Tous les aspects de la vie sont affectés: famille, travail et vie sociale.

Un état d’alerte permanent

La victime vit en état d'alerte, sous la menace permanente de l'agression, qui peut surgir n'importe quand, pour n'importe quelle raison. Elle essaie constamment de deviner les intentions du/de la partenaire, de désamorcer les tensions. Elle n'ose plus exprimer librement ses désirs, ses opinions, de peur de subir de nouvelles agressions. Elle s'ajuste à ses humeurs, évite tout ce qui pourrait être source de danger.

Un sentiment de culpabilité

Souvent la partenaire se sent coupable de la violence qu'elle subit. Elle croit que c'est de sa faute. C'est ce qu'elle a dit ou fait, ou quelque chose en elle qui ne va pas et qui a provoqué la violence de son compagnon. Elle pense qu'en modifiant son propre comportement, la violence disparaîtra. Elle se remet constamment en question, apporte des changements, mais rien n'y fait. Son compagnon continue de l'agresser.

L'estime de soi s'effondre

A force d'être maltraitée, la victime en vient à perdre le sens de sa valeur. Elle se sent de plus en plus nulle, mauvaise et honteuse. La violence lui apparaît comme normale, voire justifiée. Elle ne vaut pas mieux que ça. Son seuil de tolérance augmente au point qu'elle ne perçoit plus que ce qu'elle vit est inacceptable. Les violences répétées détruisent son estime de soi et sa confiance dans ses capacités d'épouse, de mère ou de professionnelle. S'ajoute la honte de se laisser maltraiter, d'être une "femme battue".

L'isolement s'installe

Sous la pression de son/sa partenaire ou parce qu'elle veut cacher sa situation, la victime s'éloigne peu à peu de sa famille, de ses ami-e-s. Elle fuit les rapports sociaux, évite de sortir. La perte de repères extérieurs favorise l'emprise du/de la partenaire. Ses doutes, sa confusion augmentent. Elle ne sait plus si ce qu'elle vit est acceptable. Elle se sent piégée dans la relation, impuissante à faire évoluer sa situation. Elle est sûre que toute tentative de s'en sortir est vouée à l'échec. Elle a le sentiment que personne ne peut la comprendre, que personne ne se soucie d'elle. Elle se sent seule et désespérée.

Honte de rester, honte de revenir

Souvent la victime se culpabilise parce qu'elle n'arrive pas à quitter son/sa partenaire ou qu'elle revient après être partie. Plusieurs facteurs peuvent freiner la victime: volonté de ne pas faire subir aux enfants une séparation, culpabilité de laisser sa/son partenaire seul-e, pressions de l'entourage, peur des représailles, peur de perdre les enfants, manque d'argent, souci de ne pas trouver d'emploi, de logement, etc. Des sentiments ambivalents à l'égard de du/de la partenaire la retiennent également, par exemple parce qu'il/elle se montre gentil-le par moments, jure de l'aimer, promet de ne plus jamais recommencer. Une partie d'elle l'aime encore et veut y croire malgré tout.

Sortir de la violence prend du temps. Chaque personne a droit à son rythme, à son chemin personnel. Chaque séparation, même temporaire, est utile. Elle permet de mieux voir l'engrenage destructeur dans lequel elle est prise et d'éprouver sa capacité à vivre seule, à s'organiser avec les enfants.

La violence détruit la santé

Occupées à survivre dans un environnement hostile, les victimes de violence s'épuisent, se vident de leur énergie vitale. Elles souffrent souvent d'anxiété, de dépression, de stress, d'insomnies ou d'autres troubles. Par exemple nausées, étourdissements, douleurs dans la poitrine, maux de ventre, de dos, de tête, cauchemars, perte d'appétit, perte de concentration, dépendance à l'alcool, aux médicaments, pensées suicidaires, etc. Ces atteintes à la santé peuvent altérer la qualité de leur travail et entraîner des absences, avec le risque de perdre leur emploi.

Marques, blessures et lésions

La violence physique laisse souvent des marques qui sont autant d’indices: hématomes, traces de strangulation, brûlures de cigarette… Les côtes, clavicules ou mâchoire cassées sont fréquentes. Les agressions peuvent aboutir à des blessures dangereuses pour la vie, des lésions irréversibles. Les tympans, la rate, les reins, l'abdomen ou les poumons sont souvent touchés. La violence physique se manifeste fréquemment pendant la grossesse et risque alors d'entraîner une fausse couche ou un avortement.

De la colère à la violence réactionnelle

Parallèlement à la peur et à la honte, les victimes de violence ressentent de la colère, de la révolte. Certaines ravalent leurs sentiments parce qu'elles ne s'autorisent pas à les exprimer ou qu’elles ont peur de déclencher une violence plus grande chez leur partenaire. D'autres réagissent avec agressivité. Elles vont par exemple crier, insulter le/la partenaire, voire le/la frapper en réponse aux violences subies. Dans certains couples enfin, il arrive que les deux partenaires recourent à la violence comme moyen courant de régler les conflits. Dans ce cas, les partenaies peuvent être aidé-e-s à double titre: en tant que victime et en tant que personne recourant à la violence.