Bonjour, J'ai 27 ans et je suis enseignante. Je sors depuis 8 mois avec un collègue, et notre relation me détruit peu à peu. Après avoir passé 4 semaines magnifiques et passionnelles, les disputes ont commencé et ne se sont pas calmées depuis. J'ai déjà voulu mettre un terme à notre relation deux fois, mais mon copain revient vite et s'excuse un peu, me couvre de compliments et je re-éspère que tout ira mieux à l'avenir. Voilà en quelques mots les situations dont je souffre: Mon copain se fâche très souvent et pour des raisons anodines (selon moi en tout cas!), et le ton monte très vite. Il est à fleurs de peau et devient vite "nerveux", que ce soit contre moi ou contre les autres amis ou collègues. Mais il n'exprime son mécontentement qu'avec moi. Nos disputes, que je juge violentes car c'est comme ça que je les ressens, ont souvent lieu lorsque mon copain est "aviné", à la fin d'une soirée en ville avec des copains, par exemple. Lorsqu'il se fâche, il tape du poing sur la table ou contre le mur (au point d'avoir mal au poignet encore plusieurs semaines après!), crie contre moi, éclate de rire "cruellement", fait les cent pas, m'injurie parfois, il me pointe du doigt en parlant, et il parle de façon très agressive avec un regard et des gestuelles qui m'impressionnent et me font peur: je suis "névrosée, je ne suis "qu'une pauvre fille", je suis malade, faut que j'aille me faire soigner, mes problèmes l'intoxiquent, je suis "lamentable", je pleure tout le temps, je suis tout le temps déçue et je lui renvoie donc une image terrible de lui-même, je suis toujours négative et triste, je suis hypersensible et je ne réagis donc pas normalement mais de manière excessive(tristesse ou déception excessive), il m'a déjà dit aussi qu'il ressentait de la haine pour moi, et j'en passe. J'ajoute aussi que si ces disputes ont lieu au téléphone, il peut parler "seul" en s'énervant contre moi pendant 1h de temps, sans que je ne puisse participer au "dialogue"; je n'ai parfois rien dit pendant plus de 3/4 d'heure de "conversation" et il parle sans arrêt, mais il n'a pas l'air de s'en rendre compte... Je lui ai déjà dit que je vivais très mal ces moments de colère et que ça me faisait peur. Il a fini par accepter qu'effectivement, il s'emporte vite, et il m'a expliqué qu'il avait toujours fonctionné comme ça par peur qu'on ne l'écoute pas. Il pense donc que crier et impressionner son interlocuteur lui permet de se faire entendre et d'être pris en considération. S'il savait, je l'écouterais bien plus s'il me parlait normalement! Dans ces moments, j'ai vite compris que tenir tête ne me mènerait pas bien loin, et j'ai donc adopté un comportement calme et passif. Je le regarde et l'écoute, je ne bouge pas, je ne dis pas grand-chose, par peur aussi qu'il s'énerve parce que je l'interromps. Parfois, je vais aux toilettes un moment pour pleurer car je sais que si mes larmes commencent à couler, ça va l'énerver davantage et qu'il va me ressortir que je suis "hypersensible" et que je lui renvoie une image négative de lui-même. J'ajoute aussi que mon copain a énormément de peine à reconnaître ses torts et à s'excuser. A chaque fin de dispute, je finis par m'excuser pour mes torts et la fin de la conversation tourne automatiquement autour de MES torts et MES problèmes (j'ai des problèmes de confiance en moi aigus depuis plusieurs années que j'essaie encore et encore de soigner). Ma question est la suivante: Comment réagir face à une personne qui devient violente (verbalement) et qui s'emporte? Dois-je me laisser faire et "arrondir les angles", histoire de calmer le jeu? Ou dois-je imposer mon avis, et tenir tête car il n'y a pas de raison que je me laisse faire ni traiter de cette façon? Ou dois-je partir pour revenir discuter une fois qu'il s'est calmé (c'est ce que je fais le plus souvent)? Ma deuxième question est la suivante: Je n'ai jamais été victime de violence jusqu'à présent. J'ai encore de la peine à savoir si c'est bien le cas ou si je dramatise un peu la situation, mais bon.. ? J'ai presque honte de vous écrire car je me demande si mon cas est suffisamment grave. La plupart des couples connaissent-ils ces problèmes? Devrais-je peut-être simplement apprendre à être plus forte et à moins me laisser atteindre par nos conflits? Est-ce que tout le monde le vivrait mal, ou suis-je particulièrement fragile? Je me demande à quel point je suis responsable de la façon dont je vis les choses. Pourriez-vous me dire s'il s'agit, selon vous, d'une réelle forme de violence, bien qu'elle ne soit que verbale? J'ai, finalement, une troisième quesiton: Je ne comprends pas très bien pour quelles raisons j'ai de la peine à laisser mon copain, à part les sentiments que j'ai pour lui et l'espoir que les choses s'arrangent. Je n'y arrive pas. TOut mon entourage (mes parents, ma soeur, mon frère, mes amis) auxquels je me confie (ce qui déplaît fortement à mon copain, qui me conseille de ne pas parler de nos problèmes aux autres, sous prétexte que ça ne les regarde pas...), tous, me disent "Combien de temps vas-tu encore supporter ça? Tu mérites tellement mieux." Je m'en rends compte, je commence à être tout le temps triste, je pleure souvent, je perds pied. Je vais d'ailleurs commencer une thérapie dans 2 semaines car je me sens constamment déprimée et je perds le peu de confiance en moi que j'avais réussi à gagner ces dernières années. Et pourtant, malgré nos confilts, j'attends que ça passe en me disant que ça va peut-être s'améliorer et en m'accrochant à ses qualités. Pourriez-vous m'aider à comprendre pourquoi ce pas est si difficle à franchir? Pourquoi les personnes souffrant de la violence de l'autre sont-elles si souvent "dépendantes", "accrochées" à cette personne qui leur fait pourtant du mal? Je vous remercie d'avoir pris le temps de lire toute cette tartine... et je vous remercie d'avance beaucoup pour votre réponse.
Bonjour,
Vous nous demandez si ce que vous vivez est bien de la violence. Au vu des descriptions que vous nous faites du comportement de votre partenaire, nous vous répondons que oui, c'est de la violence. D'ailleurs, vous nous dites avoir peur dans les moments où les crises surviennent, c'est un signe. Faites confiance à cet avertissement intérieur. Votre tristesse et votre déception, quoiqu'en dise cet homme, sont bien réelles et tout à fait légitimes. Elles ne sont qu'une réaction normale à une situation qui ne l'est pas.
Vous nous posez plusieurs questions sur la violence au sein du couple. Si vous n'avez pas encore consulté les pages de notre site qui y sont consacrées, nous vous encourageons à le faire. Ou alors cliquez sur les termes que nous avons sélectionnés pour vous dans le texte qui suit.
Non, tous les couples, ni "la plupart d'entre eux", ne connaissent pas ces problèmes - bien qu'ils soient nombreux à y être confrontés. Oui, les victimes de violence, qu'elle soit physique, psychique ou autre, vivent mal cet état de domination. Vous n'êtes certainement pas la seule à en souffrir. N'ayez pas honte d'en parler. Vous avez bien fait de nous écrire, c'est un premier pas important. La violence, sous toutes ses formes, est destructrice. Lorsque votre ami frappe le mur, crie, pointe le doigt sur vous, il se livre à des manoeuvres d'intimidation très fortes. Lorsqu'il occupe tout l'espace de parole pendant une heure, il nie votre droit à vous faire entendre. Lorsqu'il vous insulte et vous manque de respect, il vous sape à l'intérieur, vous dites vous-même que cette relation vous détruit depuis 8 mois. Et lorsqu'il vous accuse d'être responsable de la situation, il rejoint la cohorte des hommes violents qui n'assument pas leur comportement et rejettent constamment la faute sur leur victimes, à tel point qu'elles finissent par se sentir elles-mêmes responsables des actes d'un autre.
Les effets de la violence sont pervers. Vous faites bien de vous poser des questions aujourd'hui, car la situation ne s'arrangera pas d'elle-même, la violence ayant tendance à s'intensifier. Jusqu'ici vous avez choisi de faire le dos rond, de ne rien dire, d'attendre que ça passe, de partir un moment, et même de vous excuser à sa place. Avez-vous déjà imaginé de poser des conditions à votre retour à la table des négociations ? Ou à la poursuite de votre relation ? Vous l'avez quitté à deux reprises, dites-vous, et êtes revenue suite à ses excuses et compliments : l'espoir d'un changement est-il incompatible avec une prise de position ?
Votre ami a besoin de faire tout un travail sur lui-même pour apprendre à s'assumer, à assumer ses comportements et ses paroles, à reconnaître l'existence et l'autonomie de l'Autre. Une thérapie pourrait l'aider dans ce sens, pour autant bien sûr qu'il arrive à admettre ses manques et ses réels besoins.
Quant à votre troisième question, qui concerne votre difficulté à le quitter et la dépendance des victimes face à une personne qui leur fait du mal, elle est plus complexe. La violence est un piège dont il est souvent difficile de sortir sans aide extérieure. Le fait que vous ayez décidé d'entreprendre une thérapie est une excellente démarche, bravo ! Vous trouverez certainement dans ce cadre de nombreuses réponses aux questions que vous vous posez. Vous pourriez également vous adresser à un service spécialisé de votre région, comme Solidarité femmes à La Chaux-de-Fonds, où vous trouveriez informations et conseil de manière confidentielle et gratuite (tél. 032 968 60 10).
Vous avez beaucoup de compétences, vous êtes claire, vous vous posez les bonnes questions, vous êtes capable de saisir les enjeux d'une situation... Nous sommes persuadés qu'avec tous ces atouts vous ferez du chemin et saurez trouver les bonnes solutions. Nous vous souhaitons bonne chance, bon courage, et un avenir heureux.
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