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Questions et réponses

Comment réagir pour sortir du piège de la violence ?

Question
13 Août 2017 - Gba...

Bonjour, mon époux se fâche rapidement des quand on dit quelque chose qui ne lui plaît pas ou d'une manière qui ne lui plaît pas, et quand la dispute devient ingérable pour lui. Surtout quand il y a déjà des tensions entre nous sur plusieurs jours. Nous avons un immense problème de communication, beaucoup de malentendus, parfois nous ne nous parlons pas durant plusieurs jours, parlant uniquement du strict nécessaire organisationnel. Les disputes ou réactions à une chose que je dit peut dégénérer en insulte même devant les enfants (1 et 4ans), récemment env 1j/2 pendant 1 semaine. Par des tasses tasses cassées (sur les derniers 3ans env 2x) ou des carafes d'eau jetees en l'air (env 3x), ou des portes claquées. Et plusieurs fois des violences physiques: il ma une fois secoué en me prenant avec ses mains autour de mon cou (j'avais l'impression qu'il voulait m'étrangler, il a dit qqs mois plus tard quil voulait me faire arrêter de parler), il ma une fois giflé à la joue et une fois pincé la joue (j'ai senti une douleur durant 3jours), aujourd'hui il m'a lancé à la figure du thé dont le thé était heureusement pas trop chaud. Je venait de lui parler d'une façon peu agréable et agressive, jetait surtout fatiguée physiquement et avait beaucoup de choses à faire et à s'occuper des enfants, et n'ai reçu aucun soutiens de sa part malgré une demande de ma part, mal reçue. J'aurais en effet pu attendre 2-3h pour quil se repose lui, et il aurait peut-être fait qqchose, je lui ai en effet parlé d'une manière désagréable mais cela ne justifie pas le recours à la violence. Nous avons débuté par une consultation une psychothérapie de couple, pour moi dans le but de trouver une solutions pour quil n'y ait pas toujours ces crises de colère qui peuvent dégénérer. La prochaine consultation est en octobre en raison des vacances et disponibilité. Mais mon mari est très peu tolérant à la critique, n'accepte quasiment jamais des conseils ou reproches, est convaincu que c'est moi qui est la cause des problèmes et pas lui. Concernant la violence il banalise tout à fait ce qu'il fait, les trouves mêmes justifiées (c'est moi qui les provoque et je mérite cela), et ne prévoit aucun effort de changement de sa part. Entre nous deux nous n'avons donc jamais vraiment pu en discuter (et en tout cas jamais apres une violence). Nous n'avons pas abordé le sujet lors de là consultation. Mais c'est une priorité pour moi de parler de la violence car je n'accepte pas que cela continue, et par peur qu'un jour cela tourne mal. Cela n'a heureusement jamais encore atteint des réelles lésions physiques. Voila mes questions: lors de la prochaine consultation, comment aborder le sujet? Je suis médecin assistant (lui enseignant), je sais que pour des sujets sensibles il vaut mieux demander l'accord de l'autre d'autant plus qu'il risque de mal le prendre. Il risque également d'interrompre les consultations (ce qu'il a fait une fois dans le passé après la premiere consultations, après une dispute). Faudrait-il que j'en parle en premier avec le psychologue en l'absence de mon mari? Enfin, sur le moment, sois je fuis m'enfermer dans ma chambre en fermant à clé (il s'éloigne par la suite) et ne menace pas, ou quand ill s'approche aggresivement je lui lance "allez vient me tabasser, c'est ca ce que tu veux faire?!!", parfois il recule, et moi je quitte. (Je suis sure que vous ne conseillez pas cette attitude la ;) ). Y a-t-il d'autres manière d'agir face à un état menaceant ou suite à une violence? Et vaut il la peine que j'aborde encore une fois ce sujet avec lui personellent, connaissant son avis? Très souvent, ce qui se passe est que nois sommes fâchés durant qqs jours, puis reprenant petit à petit la vie sans en parler, comme si de rien était (mais les souvenirs restent cachés au fond du cœur, et cela commence à peser de plus en plus lourd ). Nous partons dans 2jours en vacances, qui seront certainement bien tendues au moins les premiers jours, nous essayerons de ne pas trop le faire subir aux enfants.. concernant les associations contre la violence, vous êtes la première que je contacte, pour etre honnête je crois que je craint que mon mari prenne très mal cette idee car se sentirait ("injustement") aggressé.

Réponse
16-08-2017

Madame,

Votre récit nous alerte. L’abondance des informations nous donne l’impression qu’elle dilue l'importance et l'impact et des violences subies, raison pour laquelle nous commencerons par les synthétiser ci-après.

Vous parlez d’un mari qui se fâche rapidement, qui a des difficultés à gérer une dispute, qui a des problèmes de communication, qui laisse passer des malentendus, qui vous insulte, qui vous insulte même devant les enfants, qui casse des objets, qui vous lance des objets au visage, qui a à plusieurs reprises agit des violences physiques où il vous a secouée par le cou, ce qui vous a laissé l’impression qu'il voulait vous étrangler, qui vous gifle et vous pince au visage. Vous parlez encore d’un mari qui est très peu tolérant à la critique, qui n'accepte quasiment jamais des conseils ou reproches et qui vous fait porter la responsabilité des problèmes, d’un mari qui banalise ses actes, voire les justifie en disant que vous les provoquez, d’un mari qui n’a envie ni d’en discuter ni de changer.

Cela fait beaucoup et vous avez raison de réagir.

De sortir du silence et du secret et de parler des violences est aujourd'hui votre priorité, et vous avez décidé de faire ce premier pas en nous écrivant. Vous avez bien fait car, selon notre expérience, votre peur qu’un jour cela tourne mal est justifiée et fondée par rapport aux actes que vous avez subis.

Votre objectif est d’en parler lors de votre prochaine consultation de couple et nous vous encourageons à le faire, afin de ne pas rester dans ce silence enfermant, qui est trop souvent le produit des violences.

Nous vous conseillons de faire cette démarche pour vous, sans forcément en informer votre mari, car il s'agit de votre besoin. D’en parler avant à votre mari, en dehors du regard d’un tiers, pourrait s’avérer contre-productif, voire dangereux pour votre intégrité s'il réagissait par de nouvelles violences.

Préparez-vous à l’avance à aborder ce sujet lors de la prochaine séance, en répétant ce que vous voulez dire ou en l’écrivant. Une fois arrivée en séance, entrez en matière en préambule en annonçant que vous avez quelque chose d’important à dire et que vous aimeriez commencer par cela. Parlez de vous, de vos besoins, de ce que vous subissez, évoquer votre situation, vos craintes, votre souffrance, et vos demandes. Que vous puissiez le dire d'une part, que ce que vous dites soit entendu par votre mari et votre thérapeute d'autre part, sera un premier pas décisif dans votre démarche. La recherche de solutions viendra ensuite.

Si vous n’êtes pas satisfaite du ou des thérapeutes, vous pouvez en tout temps décider de changer et chercher des personnes formées à travailler dans le domaine des violences domestiques, en vous adressant, par exemple aux consultations Couple et Famille des HUG à Genève.

Nous nous inquiétons aussi des risques que vous prenez lorsque "vous appelez votre mari à vous tabasser". Oui, il y a certainement d’autres manières de faire. Si vous vous sentez agressée, positionnez-vous en répétant votre refus d’entrer dans un rapport violent, voire dans ce type d’interaction. N'essayez pas de régler le problème à ce moment mais essayez de vous éloigner et de vous isoler, et si vous vous sentez en danger et que vous ne pouvez pas fuir, appeler la police en faisant le 117.

Dans tous les cas, ne vous bloquez pas dans vos démarches en pensant que ce que vous allez faire pourrait être mal perçu par votre mari. Lui comme vous avez la responsabilité de vous en sortir. Vous avez besoin d’aide et de sortir d’une situation qui, selon vos mots, pèse de plus en plus lourd. Nous vous encourageons à exploiter non seulement votre espace de thérapie de couple, mais aussi de vous adresser au Service d'Aide aux Victimes de Violences en Couple, qui, en plus de l’écoute qu’il vous offrira et des informations transmises sur les mécanismes de la violence conjugale, saura vous éclairer sur vos possibilités d’en sortir, vous orienter et vous guider dans les processus et les démarches possibles.

De vous engager dans ces changements ne peut être que bénéfique, non seulement pour vous, mais aussi pour le bon développement de vos enfants qui, à leur tour, sont impactés par les violences que vous vivez avec votre mari. Vos démarches les protégeront aussi.

Vous pourrez aussi, par la suite, exploiter la capacité de votre mari à se remettre en question, comme il le fait en participant à des thérapies de couple, en lui demandant de consulter auprès d’un service pour auteur de violences, comme VIRES à Genève. A son tour, il pourra faire un travail spécifique sur la compréhension des mécanismes et des émotions qui, parfois, l’envahissent et le dépassent, pour chercher des alternatives à la violence.

Nous espérons que ces éléments de réponses vous permettront de vous orienter au mieux dans vos démarches. N’hésitez pas à nous écrire à nouveau selon votre besoin. En plus de nos meilleures pensées, nous vous souhaitons, Madame, d’avoir la force et le courage devous protéger, et que votre famille puisse vivre sereinement.

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