Bonjour, Suite et fin d'une relation qui a dégénéré si vite... Pas une fois je ne me suis soumise. J'ai toujours tout fait pour ne pas répondre à sa violence par la violence mais en posant des "non" fermes. J'ai prévenu avant chacun de mes mouvements ("je ne suis pas d'accord que tu m'insulte" "je veux que nous aillons consulter ensemble" "je ne reviens que si tu t'investis activement pour changer ton comportement violent"...) et me suis protégée à chaque escalade. Pour qu'au final, au bout de deux mois de séparation physique (je suis retournée habiter chez ma mère), il m'assène une rafale d'invectives, de reproches et de critiques rabaissantes devant nos thérapeutes, qui, eux, m'encourageaient à revenir pour une autre séance que je disais "ça suffit, je ne supporte plus d'être traitée de la sorte, c'est terminé". Suite à cette rupture, il m'a cassé le nez cet été, dans un geste terrible d'humiliation perpétré en public. Mon ego a morflé, bien sûr. J'ai fait de la boxe pendant des années, je suis capable de me défendre, et très consciente de ma force j'ai appris à gérer mes pulsions, à ne jamais, en aucun cas, laisser mes gestes ou mes mots déraper. Je suis profondément convaincue par les doctrines non-violentes, les vertus de la capacité à l'écoute, le dialogue; convaincu qu'en discutant on peut tout réparer - c'est donc en sachant très bien que mes avertissements ne s'accompagneraient jamais de sanctions qu'il a agi. Et c'est par incrédulité (il ne peut pas agir comme ça, c'est insensé, il va reprendre ses esprits!), par foi dans un homme que je sais intelligent, avec la conviction qu'on n'est jamais tout blanc ou tout noir, que je me suis obstinée si longtemps. C'est parce que c'est la même main qui caresse et qui punit, c'est parce que celui qui m'a fait souffrir était aussi celui qui savait me réconforter, que je me suis obstinée si longtemps. Et c'est, surtout, par orgueil, que je me suis obstinée si longtemps. On ne me traite pas ainsi! Pas moi! Tu ne nieras pas mon humanité! J'exige réparation! Je ne lâcherai pas tant que je n'aurai pas obtenu des excuses! De cet excès d'orgueil, j'ai honte. De ne pas savoir abandonner un combat éthique. Faut-il vraiment tourner les talons? On ne peut se contenter d'ignorer en silence certains comportements; dire "oui, oui..." c'est dire "oui". Comment apprendre quand donner raison à celui qui nie notre existence? 8 mois plus tard, j'en suis là. Avec l'idée de raconter mon histoire, singulière et si banale, avec mes mots à moi. J'ai cherché, et trouvé, beaucoup d'explications, satisfaisantes ou non, sollicitées ou non. À mon comportement à moi, à qui on a dit que je suis trop compréhensive, ne sais pas dire non, cherchais à assouvir mes fantasmes œdipiens à travers lui, devrais arrêter de craquer pour les hommes abimés et autant d'autres assertions si plaisantes à entendre... Puis à son comportement à lui. Je ne voulais pas l'excuser, lui; je cherchais à me préserver, moi. Je n'étais pas tombée amoureuse d'un pur salaud tout de même, je n'étais pas naïve au point de ne pas repérer un mensonge aussi gros qu'une personnalité complètement factice, il fallait qu'il y ait autre chose... Il y avait "autre chose" : les crises psychotiques. Il y avait la consommation de cannabis. Il y avait beaucoup d'explications, "autre chose" qui était aussi lui, aussi difficile que ce soit de l'admettre - et qui cependant, jamais, ô grand jamais, ne devraient être des excuses. Et puis l'importance du "pourquoi" se dissipe. Ne reste plus qu'une immense colère. "Lui" n'est peut-être pas un pur salaud, mais il s'est comporté comme tel avec moi, et c'est tout ce qui compte. Il n'en avait pas le droit. J'ai d'ailleurs porté plainte, le lendemain de cette agression, et il s'est fait condamner. Je ne saurais que conseiller à toutes les victimes d'en faire autant; lorsque vos limites ne sont pas respectées, il est important de prouver à ces agresseurs qu'il n'est pas possible de jouer à détruire un autre être humain en toute impunité; même si - je le sais très bien - c'est un vrai parcours du combattant. Et je choisis mes mots... 8 mois après, et j'en suis là - à ne même pas bien savoir comment formuler ma question, si c'en est vraiment une. Je vais bien. J'ai arrêté de fumer. C'est quelque chose que je faisais avec lui, et je me suis dit "tant qu'à faire, une grosse période de m... et quand ce sera enfin terminé, tranquille..." Je fais énormément de choses, loisirs ou créations, j'ai l'impression de me redécouvrir, plus forte et plus riche qu'avant. Il n'a même pas réussi à transformer la licorne que j'ai toujours été en cheval de guerre : je sais toujours faire confiance, j'aime toujours les hommes, je crois toujours en l'amour, et qu'un jour je rencontrerai quelqu'un de gentil et raisonnable qui aura à cœur de construire une relation saine et réciproque avec moi, jour après jour. Je vis toujours chez ma mère, ce qui est un peu humiliant, à mon âge. La violence n'a commencé que lorsque j'ai emménagé avec lui. Fuir cette situation m'a précipitée dans une précarité dont j'ai beaucoup de peine à m'extirper. J'ai traversé un gros état de choc, entre honte, incrédulité, sentiment profond de trahison, d'humiliation, de stress, avec cette crainte qu'il me harcèle et me violente à nouveau, et pour autant, cet attachement qui persistait alors même que je n'arrivais plus à me l'expliquer... Tout cela s'est dissipé, sans que j'aie eu besoin d'avoir recours aux médicaments ou à une thérapie, mais grâce à mes proches et à la ligne de la main tendue, avec qui j'ai pu beaucoup discuter, analyser, vider mon sac, tenter de comprendre... Parler, parler, parler, pour vider cet abcès, et même si le rythme s'est atténué, ça continue, tout n'est pas sorti apparemment. 8 mois plus tard, voilà ce que je ne sais toujours pas, et qui fait poindre de temps à autre, une fois par mois, disons, une espèce de sourde mélancolie dans ma journée: moi qui ai toujours été très, mais vraiment très autonome, moi qui m'aime et m'estime par-dessus tout, moi qui ai toujours préféré passer du temps seule qu'avec les autres, depuis cet épisode, je me sens cycliquement très isolée. Malgré un entourage très soutenant qui m'a permis de me sortir de cette mauvaise passe en manifestant patience, bienveillance et une grande disponibilité, et maintenant passée une assez longue période où j'avais envie de panser mes blessures à l'abri des regards, il y a de temps en temps cette insécurité en moi que je ne connaissais pas: je me sens seule. Et j'ai cette impression, dont je sais immédiatement qu'elle est erronée, que personne ne m'aime. Ce n'est pas moi, ça, et je me demande si ça vient de lui, si c'est le résultat de ses dévalorisations insidieuses, jamais dites franchement, jamais assumées, mais qui me faisaient bien sentir que j'étais si vilaine, si étrange, si incapable, que personne d'autre que lui ne m'aimerait jamais pour ce que je suis et que j'avais bien de la chance de l'avoir. Je ne sais pas si c'est ça, ou si c'est l'isolement physique (j'ai dû changer de ville, temporairement j'espère) et matériel (le manque de finances induit le manque de loisirs) que je traverse en ce moment. Je ne sais pas comment lutter contre cette impression que je sais fausse et je ne sais pas si un jour elle passera. J'ai dans l'idée que commencer par en parler, c'est un bon premier pas.
Bonjour Ailil,
Vous nous écrivez aujourd'hui pour tenter de nous raconter votre histoire "avec [vos] mots à [vous]". Cela fait 8 mois que vous avez quitté le partenaire avec qui vous étiez et qui se montrait violent envers vous. Vous avez toujours été quelqu'un de très autonome et n'avez jamais eu de problème à supporter la solitude, si bien que vous ne comprenez pas pourquoi à l'heure actuelle vous vous sentez "très isolée" et découvrez une "insécurité en [vous]" que vous ne connaissiez pas. Vous avez bien fait de nous écrire. Comme vous le dites, parler est un bon premier pas.
Vous semblez être quelqu'un de fort, avec de belles ressources extérieures et intérieures. Vous êtes aussi manifestement très lucide sur les mécanismes de la violence au sein du couple et sur leurs effets sur celui ou celle qui les subit. Le partenaire qui exerce de la violence va peu à peu "emprisonner" sa victime, que ce soit physiquement (séquestration, interdiction de sortir) ou mentalement (remarques méprisantes, insultes, dénigrement). Il est tout à fait normal que vous en soyez arrivée à douter de vous et de vos capacités si votre compagnon vous répétait que vous étiez "si vilaine, si étrange, si incapable" et que "personne d'autre que lui ne [vous] aimerait". Ce discours vise à annihiler votre confiance en vous et à vous empêcher de partir. Malgré cela, vous êtes parvenue à le quitter et vous dites aujourd'hui: "je sais toujours faire confiance, j'aime toujours les hommes, je crois toujours en l'amour, et qu'un jour je rencontrerai quelqu'un de gentil et raisonnable". Cette confiance en vous et en l'avenir est une magnifique preuve de vos capacités de résilience pour aller de l'avant.
Nous vous encourageons à vous montrer indulgente envers vous et à ne pas en exiger trop. Huit mois, ce n'est finalement pas beaucoup. La rupture et le départ sont récents et chamboulent beaucoup d'habitudes. Il est normal que vous soyez parfois déboussolée et que le moral vacille. Le plus important est que vous soyez bien entourée. N'hésitez d'ailleurs pas à consulter un-e professionnel-le si vous en ressentez le besoin. Consulter un-e psychologue ne nécessite en rien de prendre des médicaments et vous êtes libre de cesser le suivi à n'importe quel moment.
Nous espérons avoir pu vous rassurer et vous souhaitons bonheur et sérénité pour la suite. Nous restons à disposition en cas de besoin et vous envoyons nos meilleures pensées.
Bonjour Loli, Vous nous racontez que votre compagnon vous dénigre constamment. Il dénigre votre manière de tenir la maison et...
Bonjour, Vous êtes très inquiète suite à vos différentes réactions lorsque vous vous sentez énervée et vous avez peur de...
Bonjour,Votre récit met en évidence que la violence de couple touche toutes les catégories sociales, et qu’une situation que l’on...