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Questions et réponses

J'ai le sentiment qu'il se laisse mourir. Je voudrais qu'il puisse se "sauver".

Question
04 Juin 2014 - old...

Bonjour, je me permets de vous écrire, ne sachant que faire pour essayer de comprendre ou d'arranger la situation que je vis via mon "partenaire" qui est victime de violence(s). Je m'explique. J'entretiens depuis le mois de février une relation avec un homme plus âgé que moi (il a 61 ans, moi 30), nous nous connaissons professionnellement depuis 8 ans et notre relation a évolué dernièrement en une relation amoureuse très profonde. Cet homme est marié depuis plus de 30 ans, il a eu 3 enfants biologiques avec sa femme et un enfant adopté (ce sont 4 garçons. L'enfant adopté est en rupture totale avec la famille et n'a plus de lien avec, le fils aîné de 32 ans fait des études mais est loin du domicile, il reste à la maison le fils de 29 ans (qui a pourtant un emploi) ainsi que le dernier qui a une bonne vingtaine d'année. Mon ami travaille énormément et assure la vie de la famille avec un train de vie assez élevé depuis toujours, sa femme étant au foyer mais participant au fonctionnement de l'entreprise familiale tout de même (gestion de la comptabilité notamment, est amie avec les employées etc...). Notre relation a débuté en février 2014, et début mars sa femme a découvert un mail échangé entre nous. Cela a été le commencement d'une explosion qui n'en finit pas et j'ai découvert une situation familiale insoupçonnée que je n'aurais jamais imaginée (sachant que je connais cet homme depuis 8 ans). Il est en fait sous contrôle total de la part de sa femme et de leurs deux fils (qui prennent part aux "problèmes conjugaux" des parents) : contrôle du téléphone portable, de tous les déplacements, contrôle de l'ordinateur, filature en voiture etc. J'ai de mon côté reçu des menaces par mail et des appels téléphonique multiples où l'on me raccroche au nez. Notre relation a continué après cela,et, se rendant compte que sa vie était totalement vide, il a essayé de commencer à discuter d'une "suite" dans son couple (il me dit vivre "séparés" mais dans la même maison). Cela a déclenché des situations de violence à son encontre, physique et psychologique. C'est un homme très grand et très maigre, à l'aspect très "fragile" et d'une gentillesse extrême, sans l'ombre de la moindre agressivité. Il a donc subi les attaques de sa femme à plusieurs reprises, je l'ai vu griffé au visage, au cou (tentative de strangulation), coups de pieds dans l'entrejambe. Il ne se défend pas car ne veut pas entrer lui même dans la violence (ce sont ses propos auxquels je n'adhère pas personnellement). Il est depuis "sous haute surveillance" (ce sont les termes qu'il emploie) et le tolère, en disant que "c'est comme ça". Dernièrement, le fils de 29 ans est parvenu, je pense grâce à des amis experts en la matière, à pirater la boite mail que nous nous étions dédiée, et a pu constater que nous nous voyions toujours. Ce soir là, il a été menacé de mort, on l'a menacé de venir me faire du mal ainsi qu'à ma fille s'il continuait à me voir, et on l'a obligé à partir de chez lui pour aller passer toute la semaine dans un hôtel, isolé, avec allées et venues surveillées, on lui a pris ses clés, sa voiture, son téléphone, et on lui a dit qu'il "pourrait sortir dans 5 jours s'il se conduisait bien". Il a pu continuer à aller travailler en journée malgré cela (ils le laissent aller travailler, pour que ça ne se voit pas), mais le soir il était obligé de retourner dans cet endroit, sans moyen de communication, avec ses fils qui surgissaient à toute heure du jour et de la nuit pour voir s'il était là et si je n'y étais pas. Il me dit qu'il accepte cela car sinon ce sera comme une "explosion" au niveau professionnel et social (on le menace de salir sa réputation et la mienne également), et qu'il fait ce qu'ils lui demandent car il a peur pour moi. J'ai pour ma part reçu de nouveau des menaces et insultes de la part du fils par mail à type de "grosse truie je vais te salir, grosse pute, poufiasse, sale truie de merde". J'ai déposé sur la main courante au commissariat de police. Et la situation est telle que nous ne pouvons plus nous voir (mon ami me dit que nous voir est "devenu un crime"). Il est totalement déprimé, apathique, ne réagit pas du tout à la situation.Il l'accepte comme si c'était normal. Il dit des choses totalement anormales, mais les accepte.Il se résigne, ne réagit pas, ne se défend pas. Il veut partir mais dit "qu'il ne peut pas". Que si il part ils vont nous tuer. Et il a l'air sérieux quand il me dit cela. J'ai essayé de discuter avec lui mais c'est comme parler à un mur. La seule réaction que j'obtiens c'est "ma foi, c'est comme ça". Mais il dit également qu'il en souffre,qu'il n'arrive plus à manger,qu'il vit l'horreur. Et en même temps il dit m'aimer, qu'il ne peut pas imaginer sa vie sans moi mais que ce n'est pas possible. Il ne se confie à personne, n'a pas d'ami, est complètement isolé, totalement sous contrôle. Il ne peut même pas prendre un rdv chez un médecin (il est lui même médecin). Il est pisté pour tout. Le problème est que nous ne pouvons presque plus nous parler. Il ne peut plus m'appeler car contrôlé de partout (il possède un petit natel que je lui ai offert en mai, totalement dédié à nos conversations. Sa famille n'en connait pas l'existence, il réussit pour le moment à le cacher et ne s'est pas fait "prendre". C'est notre dernier "lien"). Voilà en gros la situation (il y aurait beaucoup à raconter mais ce serait vraiment très long). Je ne sais pas comment gérer cela. Je souffre énormément de la situation, et de le savoir dans cet engrenage de fous me fait souffrir. Il en souffre également, ne mange presque plus, ne dort pas. Il me dit "ne pas savoir gérer ce qui lui arrive". Mais il se résigne. Nous nous envoyons quelques sms, un par jour environ. Je ressens le besoin de maintenir le lien pour ne pas le laisser sombrer, j'aimerais l'aider mais ne sais pas comment réagir face à ce type d'état de "sidération". Pouvez-vous m'aider ? Me donner des pistes pour orienter la discussion correctement ? Pour l'aider à "se réveiller" (si toutefois il le souhaite). Je voudrais qu'il puisse se "sauver", au sens propre et figuré. J'ai le sentiment qu'il se laisse mourir. C'est l'impression qu'il me fait. Je vous remercie, cordialement, Charlotte

Réponse
23-06-2014

Bonjour Herahermes,

Notre réponse s'est fait attendre, veuillez nous en excuser. Notre site est très sollicité en ce moment.

Vous avez bien fait de nous écrire. Ce que vous vivez actuellement est douloureux et votre envie d'aider votre ami est bien légitime. Mais il est difficile, dans votre situation, d'y voir clair sur la meilleure façon de réagir et nous comprenons que vous soyez en quête de pistes et de conseils.

Commençons par vous : vous avez reçu des menaces par courriel, ainsi que des insultes, on vous a harcelée par téléphone et votre boîte mail a été piratée. Autant de délits pour lesquels vous êtes en droit de porter plainte. Il y a des limites à ne pas franchir et la loi est claire à ce sujet. Il vaudrait la peine de le rappeler à leurs auteurs et la plainte est un bon moyen de leur signifier que vous n'acceptez pas ces atteintes à votre intégrité personnelle. Nous vous conseillons vivement de garder soigneusement toutes les preuves que vous possédez (SMS, courriels, etc.), même si vous n'êtes pas décidée à porter plainte pour le moment. Elles vous seront peut-être utiles un jour. Par ailleurs, nous vous suggérons de vous adresser à la LAVI (centre cantonal d'aide aux victimes d'infractions) car vous avez droit à ces prestations même si vous n'avez pas porté plainte. Les consultations y sont gratuites et confidentielles. N'hésitez pas à faire appel à ce service, où vous pourrez être soutenue. Tél. 026  305 15 80. Vous pouvez aussi vous adresser à Solidarité femmes (bien que vous ne soyez pas vous-même victime de violence conjugale) car c'est également un service LAVI. Tél. 026  322 22 02.

Pour ce qui concerne votre ami : bien que vous ayez un fort besoin de l'aider, sachez que vous ne pouvez pas agir à sa place ni le convaincre d'entreprendre les démarches nécessaires à sa protection s'il n'est pas encore prêt à le faire lui-même. D'après vos descriptions, il est victime de violences graves. S'affranchir de l'emprise d'un conjoint violent est parfois difficile. Sa femme semble exercer sur lui un contrôle extrême, et cela depuis des années. Une telle violence n'est pas sans laisser des séquelles et votre ami souffre probablement de symptômes comme la perte de l'estime de soi, la dépression et divers troubles physiques, ce qui explique son fatalisme et son apparente résignation (lisez  à ce sujet la page de notre site consacrée aux effets de la violence ; bien que nous parlions des victimes au féminin, il va de soi que les hommes sont concernés au même titre).

Tout ce que vous pouvez faire, c'est lui faire connaître ses droits, comme celui de quitter le domicile conjugal (art. 175 du Code civil) du moment que son bien-être physique et psychique est gravement menacé, ou celui de porter plainte (jusqu'à trois mois après les faits) pour coups, pour menaces et également pour contrainte (comme l'empêcher de rentrer chez lui par exemple). Vous pouvez l'informer sur le phénomène de la violence (notre site contient quantité de renseignements utiles). Vous pouvez lui donner l'adresse de services d'aide, comme par exemple PHAROS qui offre un soutien spécialisé aux hommes victimes des violences de leur compagne. Encouragez-le à prendre contact (tél. 078  615 75 85).    

Vous faites bien de garder le lien avec lui et de continuer à le soutenir du mieux que vous le pouvez. Il va avoir besoin de votre aide, en particulier lorsqu'il sera prêt à reprendre en main les rênes de sa vie. Peut-être votre relation sera-t-elle le déclencheur qui va le lui permettre. En attendant, armez-vous de patience. Nous savons que ce n'est pas facile. Mais se sortir d'une relation empreinte de violence est possible, et rien ne permet de dire que votre ami n'y parviendra pas un jour, comme tant d'autres avant lui. Gardez confiance.

Nous restons bien en pensée avec vous et vous souhaitons une issue positive à la situation actuelle. Bonne chance à tous deux.

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