Bonjour, je me présente, je suis une femme de 27 ans qui a toujours vécu dans la région de Neuchâtel, actuellement en couple depuis environ 4 ans avec un homme âgé de 38 ans aujourd'hui et déjà père d'un garçon de 6ans, travaillant à 100% et aînée d'une famille de 4 enfants ayant une bonne relation avec ma famille. Il m'est très difficile d'écrire cet e-mail, car je ne suis toujours pas convaincue à 100% d'être victime de violence psychique. J'ai de la chance d'avoir une très bonne relation avec ma maman qui m'a encouragé à le faire. Par quoi commencer? J'ai l'impression de ne pas pouvoir être moi-même et de ne pas aimer ce que je suis devenue ces 4 dernières années. En général, dans mon couple, ça se passe plutôt bien. On profite de la vie, faisons des week-ends en amoureux, allons manger au restaurant, cuisinons à la maison. En lisant ça, j'aurais envie d'oublier le reste et de voir uniquement ces bons moments. A côté de ces bons moments, j'ai continuellement des remarques sur ma façon de m'habiller ce qui m'a fait changer mon style vestimentaire. Lorsque je vais m'habiller, la première chose à laquelle je vais penser est: avec quels habits aurai-je le moins de remarque? Surtout pas d'habits trop près du corps, pas des couleurs trop vives, pas de chaussures à talons, pas de chemises ni de jupe ou de robe la semaine lorsque je travaille ...etc. Si j'ose mettre ce type de vêtements, j'aurai directement des remarques. Par exemple: tu mets un jean pour qu'on te "mate" les fesses, tu aimes plaire, tu veux qu'on te remarque, pour qui t'es-tu habillé comme ça, qu'as-tu de spécial aujourd'hui pour mettre cet habit? ... Lorsque je me permets de dire que j'ai le droit de m'habiller comme je le désire, il va me dire bien sûr, de toute façon tu fais toujours ce que tu veux. Il veut "juste" savoir qui va me reluquer, draguer, qui je vais voir, ce que je fais, ...etc. Il ne me semble pas m'habiller de façon provocatrice et j'ai pas l'impression de faire mal si j'aime les jeans. Dernièrement, je m'en suis offert un et il était présent. Dans le magasin, il m'a dit que le jean m'allait bien et a entendu que la vendeuse m'a dit que je ne portais pas du tout la bonne taille, mais 2 tailles en dessus. Cette remarque m'a fait prendre conscience que tout ce que j'achète est trop grand pour que ça ne serre pas trop et que ça ne mette pas en valeur. J'ai de la chance, j'aime bien mon corps, mais je culpabilise de l'aimer et encore plus de penser à la mettre en valeur (même sans provocations de type décolletés plongeant ou mini-jupes). Ah oui, je n'ose mettre des shorts mi-cuisse que pour aller à la plage et avec lui en devant supporter des remarques. Quand j'essais d'avoir des conversations avec lui, il va me mettre en tort ou critiquer mes avis, critiquer et ne pas aimer mes amies. Hier, j'ai décidé que j'avais aussi le droit d'avoir mes propres opinions et sortir avec qui je voulais. Je le promets j'ai réellement envie. Mais comme j'ai peur de sa réaction, ce qu'il va me dire pour me faire changer d'avis, les critiques que je vais recevoir. Moi, je ne lui reproche quasi jamais rien. Pourtant, son fils de 6ans n'a presque pas d'éducation et mon copain fait tout ce qu'il veut. On ne peut pas discuter 5mn sans être interrompus (et c'est normal), on me coupe la parole et personne ne s'en inquiète. Je fais à manger, je mets la table et je débarrasse et fini de laver avec rarement de l'aide. La mère du petit est l'associée à mon copain, il l'a côtoies tous les jours, l'a au téléphone tous les jours, s'envoie des messages tous les jours et il me dit que c'est pour son fils. ça ne les empêche pas de parler boulot hors du boulot, sorties privée, activités, week-ends, ...etc. Et moi, elle m'ignore, il parle toujours au "je" et n'utilise jamais le "on" ou "nous". Mais il me répète sans cesse que c'est normal car c'est la mère de son fils et son associée. En finale, je trouve pas normal d'être mise à l'écart ainsi et c'est un manque de respect que de faire comme si je n'existais pas. Quand je lui téléphone et qu'il est avec elle, il ne me répond pas. Par contre, il répondra à chaque fois qu'elle téléphone. En vous écrivant tout ça, je me rends compte que tout n'est pas normal: il est jaloux, je ne peux pas sortir seule ou avec certaines de mes amies, il veut continuellement savoir ce que je fais et ou je suis, est persuadé que je vais le quitter un jour pour un plus jeune, que je vais draguer et mater et que je me fais allumer et mater tout le temps à cause de ma façon de m'habiller (malgré le fait que je ne peux pas changer de corps). Par contre, je l'aime énormément. J'aime lui trouver des excuses, lui faire plaisir, lui simplifier la vie. Je suis amoureuse de lui. j'ai déjà essayé de partir mais je suis revenue après ses promesses de changement. L'année d'après, j'ai réussi à l'emmener voir une fois un psychologue spécialisé pour les couples, c'est allé un moment et à chaque fois ça recommence. J'ai peur de lui dire que j'ai reçu un message d'un groupe de copines pour m'inviter à sortir manger avec elles. Il ne les aime pas et ne va pas comprendre pourquoi j'ai envie d'aller, trouver nul et me pousser à annuler pour finalement me dire: tu fais ce que tu veux de toute façon. Il critique toujours ma famille. ça me blesse beaucoup, mais j'arrive pas toujours à prendre leur défense, alors j'acquiesce et on parle d'autres choses. Il n'aime pas mon cousin (qui soi-disant me drague), que j'aille au Noël (car les copains de mes cousines peuvent me draguer ou je peux tomber amoureuse). Je suis fatiguée, j'ai vraiment peur de bcp de choses (recevoir des messages, demander de sortir, donner mon avis sur qqn, ...) et pourtant, j'ai de la peine à me dire que je pourrais être plus heureuse sans cette pression continuelle sur mes épaules. j'ai mal au dos et ne dors pas bien depuis plus d'une année. Mes parents me disent souvent: pose-toi, tu es toujours stressée.. C'est vrai, j'arrive même à culpabiliser de ne rien faire car lui travaille. Et pourtant, il se prend bcp de bon temps avec son fils pendant que je m'occupe de la maison. j'ai plus d'argent de côté car il me demande de participer à tous les frais à raison de 50% alors qu'il gagne plus du double que moi. Mais il me dit que si j'ai besoin de ci ou de ça il est là. Donc je dois continuer de dépenser et utiliser ma réserve de la franchise d'assurance - maladie. Chose que je n'ai pas envie. Il faut savoir qu'il a acheté une maison (neuve) et que je ne suis sur aucun papier, malgré tout ce qu'on a fait ensemble (choix intérieur, peinture, sols, ...etc.) je n'ai donc rien à moi d'officiel, mais je dois tout vider. Il ne veut pas se marier, car déjà fait et pas envie de recommencer. Des enfants, oui encore un voir deux et c'est lui qui a décidé le moment voulu. J'ai arrêté de me protéger depuis le début de l'année mais je suis pas certaine que ce soit une bonne idée malgré ma forte envie de fonder une famille. Je suis perdue entre un sentiment de peur, de culpabilité par rapport à lui et peut-être que je ne vis pas de la violence psychique, enfin j'en sais rien. et j'aimerais tellement pouvoir faire des choses sans prévoir et avoir peur, comme d'aller boire un verre après le boulot, m'habiller comme je le souhaites, souper dehors avec une copine sans avoir les questions du retour (qui était là, on s'est fait reluquer, ...) Aidez-moi svp à voir plus clair. Pensez-vous qu'il pourra changer? j'ai envie d'y croire, mais au fond de moi je sais pas s'il peut changer car pour lui il ne fait rien de mal et tout est normal. En tout cas, merci de m'avoir lu, d'avoir pris du temps pour mon histoire et désolée si c'est un peu en vrac, j'ai écrit ce que je ressens et comme ça m'est venu sans oser me relire.
Bonjour Jacqueline,
Vous commencez par dire « je ne suis toujours pas convaincue à 100% d’être victime de violence psychique », et vous décrivez, avec moult détails, une relation où ces violences sont largement présentes. Votre récit nous donne l’impression que vous êtes au courant que, ce que vous subissez de la part de votre conjoint, est de la violence psychologique, mais que vous attendez une énième validation.
Nous allons tenter de la faire !
Votre long message comporte bien des aspects sur lesquels nous tenterons de poser notre regard et nous répondrons à vos questions, dans la mesure du possible, dans l’ordre où vous avez écrit vos chapitres.
Vous relevez le fait que, dans votre couple beaucoup de choses vont bien, en décrivant des activités où vous n’êtes que deux. En dehors de « ces bon moments », vous arrive-t-il aussi d’avoir, en présence de votre compagnon, une relation de qualité lorsque vous êtes en groupe, en famille ? Ces moments à deux sont-ils, de la part de votre compagnon, une façon de faire pour vous garder rien que pour lui, comme si les autres étaient menaçants ? Les situations que vous décrivez tout au long de votre message semblent aller dans ce sens.
Dans l’exemple où votre compagnon vous pousse à vous habiller de façon à ne pas attirer le regard d’autres hommes, il vous indique de façon indirecte, qu’il ne peut pas vous faire confiance sur vos choix. A ce propos, lorsque vous oser vous habiller comme vous l’aimer, il tente de vous culpabiliser, en disant que vous vous habillez ainsi uniquement pour vous faire « mater » et susciter le désir d’autres hommes.
Ceci a pour effet chez vous de ne plus savoir ce qui est juste et faux, et vous en arrivez au point de vous sentir fautive d’aimer votre corps et de le mettre en valeur.
Vous n’arrivez plus à être vous-même et, lorsque vous choisissez votre accoutrement, il vous arrive d’anticiper ce que votre compagnon pourrait vous faire comme remarques. Vous adaptez alors vos habits à sa façon de voir, dans l’espoir de ne pas lui déplaire et de ne pas subir ses critiques. Ce genre d’attitude s’appelle de l'emprise , qui est un des aspects des violences psychologiques.
De même, lorsqu’il critique votre façon de penser, vos amies ou votre famille, il semble également vouloir vous isoler. A nouveau, le phénomène d’emprise opère en vous et, par peur de ses réactions, vous vous bâillonnez ou vous vous limitez pour ne pas provoquer ses remontrances.
A l’image de ce qui se passe avec le fils de votre compagnon, la question des limites semble être floue dans la relation qu’il a avec son ex compagne. Les rapports qu’ils ont encore ensemble ne semblent pas vous convenir et il vous appartient de reconnaitre, dans ce qui fait sens pour vous et en accord avec vos valeurs, ce qui est juste ou faux, puis d’en faire part à votre compagnon et d’exprimer vos besoins. La démarche n’est probablement pas facile et nous y reviendrons en fin de chapitre.
L’aspect des limites ne semble pas vous convenir dans bien d’autres situations, comme le partage des tâches, le partage des charges financières, la prise en compte des choix en matière d’habitation, les relations avec les amis et la famille. Ca fait beaucoup !
De vous positionner et poser VOS limites pourrait vous permettre d’aller à la recherche de ce « vous-même » qui semble vous échapper. Ces démarches pourraient être une des tentatives visant à vous reconstruire, à votre image, et de vous redonner la capacité de faire des choix éclairés, pour les petites choses du quotidien comme celui d’être mère et de construire une famille avec votre compagnon.
Vous vous rendez compte à quel point les agissements de votre compagnon ne sont pas normaux. Vous dites l’aimer et ce n’est certainement pas pour rien. Gardez votre amour pour lui pour ce que vous percevez de bon, mais sachez reconnaitre ce qui est néfaste pour vous, comme la jalousie, l’emprise, le dénigrement et les différentes façons qu’il a de ne pas vous considérer, de vous ignorer, de vous écarter de vos amis, de vous surveiller, de ne pas vous faire confiance, d’être jaloux…qui sont autant de signes de violences psychologiques.
Les violences que vous subissez peuvent avoir des effets sur votre mental et votre physique, des effets que vous reconnaissez peut-être comme étant à l’origine de votre mal de dos, de vos insomnies ou de votre épuisement.
Vous pouvez vous faire aider dans ces processus de reconnaissance et de changements, en consultant un centre spécialisé dans la violence conjugale comme Solidarité femmes.
A propos de votre compagnon, lorsque vous vous demandez s’il peut changer. Rien ne garantit les changements qui pourraient s’opérer chez lui. Seul le temps et une mise à l’épreuve pourront vous apporter les informations nécessaires pouvant vous permettre de penser que votre compagnon s’est transformé et qu’il vous offre une relation qui est devenue satisfaisante, ou non.
Le travail qu’il peut effectuer ne se limitera pas aux promesses de changements, comme il a déjà tenté de le faire. Il s’agit d’un engagement à se faire aider par des organismes spécialisés en la matière, ou d’entamer un suivi psychothérapeutique.
Dans un second temps, et vous l’avez déjà tenté, des entretiens de couple pourraient vous aider dans la reconstruction de votre union. C’est une tentative que vous pourriez garder en tête, une fois les processus de changements engagés.
Dans vos démarches, nous vous souhaitons beaucoup de courage et de perspicacité et nous restons à votre disposition pour d’autres renseignements que vous pourriez avoir besoin.
Chère Irintch, Nous vous remercions pour votre confiance. Nous comprenons que les critiques et les soudains excès de...
Bonjour, Les renseignements que vous nous donnez font effectivement penser à du harcèlement et du contrôle, ce qui pourrait dégénérer...
Bonjour Madame, Pour des raisons d'anonymat et ne sachant pas si votre pseudo était construit sur la base de votre...