Bonjour, je me suis dirigée vers votre site sur conseil de ma psychothérapeute qui pensait que j'étais victime de violences conjugales. Je vous avoue qu'avant de lire certains paragraphes ici, je ne pensais pas faire partie de cette catégorie car la violence que je subis a surtout été verbale et psychologique, même si deux disputes que je vous expliquerai ensuite ont dégénéré. Je suis en effet une thérapie pour cause de deuil difficile de mon conjoint, disparu soudainement dans un accident. Aujourd'hui, j'ai la chance d'être à nouveau dans les bras de quelqu'un et j'ai été très heureuse jusqu'à il y a quelques temps. Lorsque je l'ai connu, il était doux, attentionné, toujours plein de compliments à mon égard, cherchait toujours à me surprendre, bref, j'avais l'impression d'avoir enfin déniché la perle rare. Ça, c'était avant. J'ai l'impression d'avoir en face de moi une autre personne depuis que nous habitons ensemble. Mais bien vite, les ennuis ont commencé. Il a tout d'abord été très jaloux voire possessif en me demandant régulièrement où j'étais, avec qui, pourquoi, l'heure à laquelle je rentrerai... je me sentais complètement contrôlée et surveillée. Je lui ai dit que je n'acceptais pas ce genre de comportements et, avec le temps, il a enfin réussi à lâcher du lest et à moins m'étouffer. La joie et le soulagement n'ont pas duré car il a ensuite commencé à me rabaisser, petit à petit. Etant donné mon deuil brutal, j'ai parfois des coups de blues ponctuels qui peuvent être assez grands. Mon copain me dit alors que je passe mon temps à pleurer, que je suis tout le temps triste, que son moral baisse à cause de moi. Ce n'est pas rare que, lorsque je lui dis que ses propos m'ont blessée, il me dise "Et alors quoi? Tu vas pleurer?". Je passe un peu pour la pleurnicheuse de la maison, donc. Et c'est difficile à accepter parce que j'ai justement fait un gros travail sur moi-même pour exprimer ce que je ressentais et non pas tout intérioriser en espérant que cela passe. Petit à petit, ses commentaires se sont faits plus nombreux. Sur mes compétences, sur mes capacités à réussir mes études, à gérer le stress des examens, sur l'intelligence de mes propos... et même sur mes performances sexuelles, critique que je n'ai jamais vécue jusqu'ici. J'ai donc été très choquée par ces reproches et cela m'a bloquée pendant longtemps, je n'arrivais plus à être naturelle, j'avais peur de le décevoir et étais donc encore plus gauche que ce qu'il disait de moi. Nous avons également eu deux disputes très violentes. J'ai tenté de le gifler un jour où il m'a manquée de respect, il a détourné mon geste et m'a rendu sur le bras. Sa justification à ceci est que si on veut que l'homme et la femme sont égaux, c'est dans tous les domaines et qu'une femme n'a pas à frapper un homme. Une autre fois, je lui ai lancé un objet à côté de lui pour attirer son attention et par rage, lassée de ne pas être écoutée, qu'il me dise "de la fermer", moi "la conne". La dispute a grandi en très peu de temps et on en est venus à, lui me saisir le bras et moi, son cou pour me défendre. Je ne sais pas ce qui m'a pris mais j'ai eu le sentiment qu'il aurait pu me tuer ce jour-là, tellement il était énervé et j'ai pris peur. En voulant me repousser, il a été trop brutal et j'ai heurté le mur. Ces deux épisodes m'ont beaucoup choquée et ont cassé quelque chose. Je ne le désire plus du tout et il ne s'interdit surtout pas de me faire comprendre que cette situation de chasteté ne lui convient absolument pas. Il n'arrête pas de me le reprocher et cela en devient humiliant. Je n'arrive pas à lui faire comprendre que, plus il me fera des commentaires désobligeants sur ma libido, et moins encore elle sera comme il le souhaite. Je suis tellement stressée dans les moments intimes que je ne saurais même pas dire ce que moi-même je souhaite, si j'en ai envie ou si c'est pour avoir la paix que je me résigne à faire plaisir à l'autre. Je l'aime mais je ne sais plus quoi faire, je ne sais plus comment l'aimer, je ne sais plus comment communiquer avec lui. Il a les insultes très faciles, il est vite grossier dans ses propos et je le vis très mal. Il me dit que c'est dû à son enfance difficile mais ce n'est pas pour autant qu'il parle comme ça à son chef. Lorsque j'essaie de lui en parler, sa seule réponse est toujours que c'est de ma faute, que je l'ai mérité et que je n'avais qu'à ne pas le provoquer. Nous suivons chacun une thérapie et nos psys respectifs nous ont conseillé de combiner cela avec une thérapie de couple. Je vois des progrès mais ils sont trop lents à mon goût, j'aimerais que les choses changent, je suis à bout et je me sens coupable, j'ai honte aussi parce que j'ai un caractère très fort et jamais je n'aurais pensé me soumettre à ce point à quelqu'un. D'un côté, l'absence de solution apparente me donne envie de le quitter mais de l'autre côté je ne supporte pas d'être sans lui, je l'aime profondément, notre relation est très fusionnelle et c'est dur de s'y retrouver, dans cette passion destructrice. J'ai toujours espoir "qu'il redeviendra comme avant" mais je ne sais plus si c'est une utopie d'y croire encore. Je sais qu'il a fait des efforts et me dis qu'il pourrait encore en faire, qu'un jour peut-être tout s'arrangera parce qu'on aura enfin réussi à communiquer de manière plus saine. Mais je suis perdue aujourd'hui.
Bonjour Waterlily,
Notre réponse s'est fait attendre, veuillez nous en excuser.
La violence conjugale n'est pas que physique. Elle peut assumer diverses formes, dont la violence psychologique, la violence verbale, sexuelle, économique ou encore sociale. Surtout, elle révèle un besoin de domination. Une des caractéristiques des auteurs de violence est de perpétuellement rejeter la faute sur leur victime, qui finit par croire que c'est elle qui est en cause, qui a des manquements, qui "fait tout faux". En fait, quoiqu'elle fasse, elle se verra blâmer.
Cette violence conjugale, sous toutes ses formes, est interdite par la loi. Vous seriez donc en droit de porter plainte contre votre compagnon pour injures, pour son dénigrement et également pour vous avoir poussée brutalement contre le mur. On peut porter plainte jusqu'à trois mois après les faits, et répéter sa plainte en cas de récidive.
Vous nous décrivez certains aspects de votre "passion destructrice" - ce sont vos termes - et à notre avis vous êtes bien confrontée à de la violence. Contrôle extrême, dénigrement, grossièreté, non respect de votre temps de deuil, manque d'écoute et refus du dialogue sont inacceptables. Rien d'étonnant à ce que vous vous sentiez aujourd'hui à bout et désorientée. Votre impression d'être coupable, la honte qui vous habite, sont des effets typiques de la violence subie, de nombreuses femmes nous en parlent. Attention lorsqu'il vous dit que tout est de votre faute, ou pire encore, que "vous l'avez mérité", qu'il ne fallait pas le provoquer : c'est lui, et lui seul, qui porte la responsabilité de ses paroles et de ses gestes. Il doit les assumer. Ses souffrances d'enfant sont peut-être une explication, mais en aucun cas une excuse. Il n'a pas le droit de se comporter ainsi.
La décision de mettre ou non un terme à cette relation vous appartient. A vous de voir d'une part comment vont évoluer les choses (nous pensons au résultat des thérapies) et d'autre part quel prix vous êtes prête à payer pour quelques moments heureux.
Cela dit, nous aimerions vous rendre attentive à deux points importants : le premier c'est que la violence a tendance à s'aggraver avec le temps, à moins que l'agresseur ne fasse un réel travail en profondeur sur lui-même (dans ce sens, le fait que votre compagnon consulte est un élément positif). Le deuxième, c'est le piège que représente l'espoir toujours renouvelé d'un changement, malgré les crises - ce besoin de croire "qu'il redeviendra comme avant".
Lors des deux épisodes que vous décrivez, où suite à un trop grand manque de respect vous avez recouru vous aussi à un geste violent, vous avez été confrontée à l'escalade de la violence. N'oubliez pas la peur que vous avez ressentie alors, et restez à l'écoute de ce que vous dit votre corps. Il a toujours raison.
Si vous souhaitez approfondir la question, vous pouvez prendre contact avec le centre de MalleyPrairie à Lausanne, où des spécialistes de la violence de couple donnent des consultations. Vous y trouverez une bonne écoute et un soutien professionnel. Bien sûr, vous avez déjà celui de votre thérapeute, mais l'un n'empêche pas l'autre ! Les entretiens à MalleyPrairie sont gratuits et confidentiels. Tél. 021 620 76 76.
Nous restons bien en pensée avec vous durant cette phase difficile de remise en question et nous formons nos meilleurs voeux pour votre avenir.
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