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Questions et réponses

Enceinte de 8,5 mois et avec une petite fille de 2 ans, je suis partagée entre quitter mon conjoint qui utilise de la violence et rester pour les enfants

Question
07 Juin 2012 - old...

Bonsoir, je suis enceinte de huit mois et demie et j'ai une petite fille de 2 ans. Mon conjoint me rabaisse souvent devant elle. Nous vivons une situation précaire au niveau de l'argent et je vais peut-être me faire saisir la maison. Jusqu'à la naissance de ma fille je travaillais comme salariée et mon conjoint comme indépendant. Celui-ci s'était engagé à nous entretenir mais n'y parvient pas. J'ai donc créer mon entreprise mais pour l'instant elle ne me rapporte rien et il me dénigre aussi de ce côté là . Cela lui arrive régulièrement de lancer des objets de casser des choses et de m'insulter. Il me dit que c'est de ma faute car je suis perverse comme ma mère et que tout le monde réagirait comme ça. Je suis partagée entre le quitter et rester avec pour mes enfants. Ce soir par exemple je n'en peux plus il vient de rentrer alors qu'il était parti sans se retourner voilà deux heures sans moyen de le joindre et qu'il sait que je suis à quelques jours de l'accouchement. Je lui ai proposé à plusieurs reprises de retourner voir un thérapeute mais il s'y oppose arguant du fait que c'est moi qui suis folle. Je ne sais plus quoi faire. J'ai vraiment besoin d'un conseil extérieur et neutre. J'ai aussi très peur de me retrouver seule évidemment.

Réponse
13-06-2012

Bonjour Linette,

Vous vivez une situation bien difficile et angoissante, à quelques jours de l'accouchement de votre deuxième enfant. Nous comprenons bien vos sentiments partagés entre "quitter votre conjoint et rester avec, pour vos enfants". C'est une question importante et particulièrement délicate, surtout en ce moment.

Peut-être que vous pourriez vous donner du temps avant de répondre à cette question de façon sûre et claire, afin d'évaluer votre situation, ses chances d'amélioration ainsi que les risques de détérioration. Cheminer avec cette question ouverte à l'intérieur de vous vous permettra de trouver des éléments de réponse au fil des jours et de vous sentir sûre de votre choix par la suite. Un soutien avec des professionnel-le-s qualifié-e-s serait sans doute très bénéfique pour vous aider à avancer et à trouver des alternatives à la violence que vous subissez actuellement. Vous pouvez vous adresser au Centre d'Accueil MalleyPrairie qui offre des consultations ambulatoires à Lausanne mais aussi dans d'autres villes du canton de VD, pour obtenir un rendez-vous au moment opportun pour vous.

Nous pouvons d'ores et déjà vous donner quelques éléments de réponse qui vous aideront dans votre réflexion. Vous décrivez de la violence verbales (insultes), économique (votre conjoint ne vous aide pas financièrement) et surtout psychologique (dénigrée et rabaissée, en particulier devant votre fille, objets cassés, traitée de "perverse", comme votre mère, et de "folle"). Ces différentes formes de violence utilisées par votre conjoint ainsi que son refus de consulter un thérapeute en mettant au contraire toute la responsabilité des problèmes sur votre dos montre clairement que vous êtes aux prises avec le cycle de la violence, véritable cercle vicieux qui va toujours dans le sens d'une dégradation et d'une aggravation, si rien n'est entrepris pour l'enrayer.

Vous avez donc tout à fait raison de demander de l'aide et de chercher comment sortir de cet engrenage destructeur. Si vos tentatives de discuter avec votre conjoint et de l'amener en thérapie continuent de rester vaines, il vous faudra agir de votre côté pour sortir du schéma répétitif de la violence. Vous avez plusieurs possibilités pour cela :

- Vous pourriez demander l'aide de tiers, soit dans votre entourage, soit de professionnel-le-s, afin de vous soutenir et/ou d'intervenir auprès de votre conjoint, pour qu'il comprenne les effets de sa violence sur vous et sur vos enfants. Ne pas rester seule avec sa souffrance est un premier pas important, que vous avez d'ailleurs fait en nous contactant. L'intervention de tiers serait un pas de plus dans cette direction.

- Vous avez le droit de quitter le domicile conjugal en tout temps, avec vos enfants, pour vous mettre à l'abri et montrer ainsi à votre conjoint que vous n'acceptez pas ses comportements, que vous êtes prête à agir. Vous n'avez pas besoin d'autorisation pour partir, ni de la police, ni de la justice, ni de qui que ce soit. Partir quelques jours ne signifie pas encore entamer des mesures juridiques de séparation mais pourrait faire réfléchir votre conjoint et le contraindre à vous écouter et à entendre vos demandes.

- Si vous êtes mariés et que la situation ne s'arrange pas, vous pouvez demander des Mesures Protectrices de l'Union Conjugale (séparation), ce qui implique qu'un juge vous autorise à vivre séparés, décide de l'attribution de la garde des enfants, des droits de visite, d'une pension alimentaire pour ceux-ci ainsi que de l'attribution du domicile conjugal. Ces mesures peuvent être demandées pour un laps de temps déterminé, comme par exemple 6 mois ou un an, afin de voir si une évolution positive est possible. Elles peuvent également être sollicitées sans délai dans le temps, pour une période indéterminée. Dans tous les cas, elles deviennent caduques si les conjoints décident de reprendre la vie commune.

- Si vous n'êtes pas mariés, vous avez le droit de demander à un juge d'expulser votre conjoint du domicile, et de lui interdire d'y retourner, pour un certain laps de temps, en vertu de l'article 28 B du Code Civil. Les preuves de violence ne sont en principe pas nécessaires pour une procédure civile et un juge devrait entrer en matière suite à une telle demande. Si vous êtes mariés, vous pouvez d'ailleurs ajouter cette requête à celle des Mesures Protectrices de l'Union Conjugale.

- Vous pouvez également porter plainte contre votre conjoint, pour les insultes,  la violation du devoir d'entretien ainsi que pour des menaces éventuelles (art. 180 Code Pénal) ou des violences physiques (art. 122 à 126 CP), si vous en subissez également.

Vous nous dites également que vous hésitez à partir ou à rester, pour vos enfants, et nous vous encourageons à bien évaluer le bien de vos enfants, éventuellement avec l'ade de votre pédiatre ou de professionnel-le-s comme le Service de protection de la jeunesse. En effet, il est maintenant reconnu que les enfants qui vivent dans un climat de violence sont directement touchés et donc aussi considérés comme des victimes de cette violence, qui entrave leur bon développement. Il pourrait être bénéfique pour vous de faire part à votre conjoint des risques encourus par vos enfants dans le climat actuel et de votre intention de les protéger, en utilisant toute mesure appropriée.

Nous vous encourageons vivement à prendre soin de vous, à vous écouter et à vous faire confiance, sans endosser la culpabilité et la responsabilité que votre conjoint essaye de vous faire porter à tort. Si vous êtes bien sûr tous les deux impliqués dans votre relation et coresponsables de celle-ci, il est le seul responsable de ses comportements et de ses actes, et notamment de sa violence. Notre expérience nous a montré que tant qu'un auteur de violence n'accepte pas ce principe valable pour toute personne adulte, les chances d'évolution positive sont plutôt maigres.

Tout en avançant sur le chemin de trouver des alternatives à la violence, cultivez votre estime de vous, reprenez confiance en vos capacités, entourez-vous de personnes aidantes et aimantes pour vous renforcer et vous préparer au mieux à agir, si une séparation devait finalement s'imposer.

Nous vous souhaitons bon courage, un tout bel accouchement et un bébé qui vous donne joie et force pour aller vers une vie saine et heureuse. Nous sommes de tout coeur avec vous et répondrons volontiers à d'autres questions si vous le souhaitez.

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