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Questions et réponses

Je crois que je vis de la violence mais j'ai peur de la solitude. Que faire ?

Question
01 Juin 2011 - old...

Bonjour, Mon compagnon avec qui je suis, sans vivre avec, depuis près de trois ans explose de colère. A la moindre contrariété, quand il sait qu'il est en tort, il sort de lui, me hurle dessus, frappe dans ce qui lui passe sous la main, met presque 48 heures à se calmer. Et pendant tout ce temps là dit que c'est de ma faute, m'insulte "tu me dégoûtes, tu es néfaste, je te deteste". Je pense que je suis dans le cadre de violences conjuguales, même si nous ne vivons pas ensemble. Mais j'ai peur de la solitude, on s'est séparé pendant un mois, j'ai été très malheureuse. Aujourd'hui nous sommes à nouveau ensemble et il joue de cette séparation en me disant notamment "rappelle toi dans quel état tu étais de me savoir dans les bras d'une autre". Je ne sais pas quoi faire, je suis très seule, je n'ai pas d'ami. Il dénigre continuellement toutes mes fréquentations, je me rends compte qu'il a réussi à m'isoler socialement. Heureusement, j'ai ma famille, qui n'est pas trop loin. Je me suis remise en question à de nombreuses reprises en me demandant si effectivement ce n'était pas de ma faute... mais avec le recul, je vois bien qu'il joue à un jeu malsain, il tente de me culpabiliser et comme ça ne fonctionne pas, il en rajoute et fait du chantage affectif "je me demande si on doit rester ensemble". Après ses insultes il ne s'excuse jamais, et au contraire dit que c'est de ma faute, que je le pousse à bout et que c'est ce qu'il pense au moment là, mais ne regrette rien, puisque de toute façon tout est de ma faute. Eclairez-moi, dites moi si ce que je vis relève bien de violences comme je le pense. Merci d'avance.

Réponse
07-06-2011

Bonjour,

Comme vous le constatez vous-même au fil de l'écriture de votre message, ce que vous vivez est bien de la violence conjugale. Heureusement pas encore dans la forme de la violence physique contre vous, mais vous subissez des insultes, des cris, un dénigrement constant, du manque de respect et du mépris, des menaces, et une culpabilisation constante, comportements qui font partie des violences verbales et psychologiques, ainsi que des bris d'objet qui sont difficiles à catégoriser précisément mais qui sont considérés comme une forme déguisée de menace. L'isolement fait aussi partie du tableau et est généralement considéré comme une préparation à la violence. L'isolement vous rend plus fragile et vulnérable et il sert à construire un terrain favorable à l'utilisation de la violence.

Nous répondons donc très clairement oui à la question de savoir si ce que vous vivez relève bien des violences conjugales, même si vous ne vivez pas ensemble. Cet élément est toutefois important puisque vous ne rentrez pas dans la catégorie des personnes victimes de violence conjugale pour qui la poursuite d'office des infractions est prévue, puisque la vie commune est déterminante pour activer cette loi, valable depuis 2004 dans toute la Suisse. Vous êtes par contre très clairement victime au sens des services pour les femmes victimes de v iolence conjugale (comme les associations Solidarité Femmes, FrauenHaus, le Centre d'Accueil Malley-Prairie , etc.) et vous pourrez bénéficier de leur soutien si vous le souhaitez.

Le comportement que vous décrivez de votre compagnon est quant à lui un comportement très fréquent chez les auteurs de violence, à savoir la projection de tous leurs problèmes chez les autres, chez leur compagne en particulier. Il vous accuse notamment de tous les maux et n'assume pas la responsabilité des actes de violence dont il est toutefois l'unique responsable. Il utilise ensuite le dénigrement pour vous rabaisser et trouve toutes sortes de fausses excuses pour vous culpabiliser. Vous arrivez heureusement de mieux en mieux à identifier ces mécanismes et à comprendre que c'est lui qui a un problème de comportement et non pas vous. Un travail de soutien avec des personnes spécialisées dans le domaine de la violence vous aiderait sans doute à poursuivre dans cette voie de clarification et de compréhension, afin de vous dégager de plus en plus de la culpabilité qu'il essaie par tous les moyens de vous faire porter à sa place. N'hésitez pas à contacter le service approprié de votre canton pour vous faire aider.

Votre analyse de ses comportements de violence en lien avec la violence de son père contre sa mère quand il était enfant est également pertinente et peut aider à comprendre en partie les origines de son problème. Mais comprendre ne veut pas dire excuser et c'est à lui à entreprendre quelque chose pour se faire aider à mieux gérer ses difficultés, angoisses, frustrations et colères. Ce n'est pas à vous à les subir, ni à votre fille bien sûr. S'il ne la supporte pas, c'est aussi un signe d'incapacité de respecter les autres et surtout de respecter la pesonne la plus importante pour vous. C'est un moyen de pression supplémentaire, égoïste et de surcroît terriblement blessant pour la maman que vous êtes.

Vous avez bien entendu le droit de réagir face à ces comportements violents ou irrespectueux et à exprimer votre désaccord quand à la façon dont vous êtes traitée. Porter plainte est difficile et sans doute peu productif à ce stade, car la violence psychologique ne fait pas encore partie des infractions au code pénal. Vous pourriez le faire pour les insultes (injures dans le code pénal) et les menaces, dans un délai de trois mois à partir des faits. Pour une première plainte, le risque de classement est assez important, mais cela dépend beaucoup des cantons. Nous vous conseillons toutefois plutôt de réagir en mettant de la distance avec lui lorsqu'il vous traite avec mépris ou violence, pour lui signifier clairement que vous n'acceptez pas ces comportementsabusifs. Comme vous ne vivez pas ensemble, vous avez sans doute la possibilité d'espacer vos rencontres, sans forcément vous séparer clairement, ce que vous semblez redouter pour l'instant. Une mise à distance de quelques heures ou de quelques jours peut sans doute l'obliger à réfléchir aux conséquences de ses actes et représente surtout un message clair que vous n'acceptez pas d'être maltraitée. 

Nous vous conseillons avant tout de prendre soin de vous, de vous faire aider pour mieux comprendre votre peur de la solitude et pour oser l'affronter davantage, afin que cette peur cesse de représenter un moyen de pression et de chantage efficace pour votre compagnon. Car si la peur l'emporte, il a beau jeu de l'utiliser pour asseoir son pouvoir sur vous. La solitude est votre talon d'achille pour l'instant, mais si vous renouez contact non seulement avec votre famille mais aussi avec vos amis, si vous sortez progressivement de l'isolement, vous pourrez vous appuyer sur d'autres personnes qui vous soutiendront et vous réaliserez que vous n'êtes pas aussi seule que vous le croyez.

Et si vous souhaitez revenir sur notre site poser d'autres questions, n'hésitez pas à le faire aussi. Nous sommes là pour vous comme pour toutes les personnes qui en ont besoin et qui n'ont pas encore trouvé de relais dans les services spécialisés.

Nous espérons que vous saurez prendre davantage soin de vous et nous sommes de tout coeur avec vous sur ce chemin difficile mais tellement plus gratifiant que les insultes et le dénigrement.

 

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