Bonjour, Depuis mon balcon, alertée par les cris d'une femme, j'ai été témoin d'une scène de violence conjugale : un homme frappant une femme sans répit, à main nue puis avec un bâton. C'était d'une violence inouïe. J'ai appelé la police, qui a intervenu puis est repartie quelques minutes plus tard. J'ai donc deux questions: - Quel est le rôle de la police dans cette situation? Suis-je un témoin utile? - Je ne connais pas cette femme, ni son nom. Je me demandais si cela était une bonne idée de me procurer de la documentation (flyers), que je glisserais ensuite dans les boîtes indiquant l'étage où les faits ont eu lieu. Qu'en pensez-vous? Merci pour votre travail
Bonjour Ladya,
Après l'épisode que vous nous racontez, nous comprenons que vous vous posiez des questions. C'est toujours déstabilisant d'être confronté à la violence, d'autant plus lorsqu'on se sent impuissant à y mettre un terme.
Vous avez fait exactement ce qu'il fallait, appeler la police. Bravo pour cette initiative ! Bien sûr que la violence ne va probablement pas cesser pour autant, mais vous avez posé un premier jalon. Vous nous demandez ce qu'il en est du rôle de la police : tout d'abord, rien que par son intervention et sa présence sur les lieux, elle donne un signal clair à l'agresseur : il s'est mis hors la loi. Ensuite, si des violences sont constatées, ce délit sera poursuivi d'office, c'est-à-dire que la victime n'aura pas besoin de porter plainte elle-même pour que l'auteur soit traduit en justice.
Mais le rôle de la police est parfois difficile car les agresseurs nient leurs actes et souvent la victime est trop terrorisée pour donner sa version des faits. Par ailleurs, les traces des coups reçus ne sont le plus souvent visibles qu'après deux ou trois jours seulement, donc si la victime banalise les choses par crainte de représailles ou pour toute autre raison, la police ne peut rien faire dans l'immédiat devant le déni du partenaire.
En alertant la police, vous avez donné une plus grande "épaisseur" à la chose. Vous êtes en effet témoin, vous avez probablement dû décliner votre identité, donc votre nom et votre témoignage figurent dans le rapport qui a été établi. Peut-être qu'un jour votre voisin, même s'il n'a pas été emmené tout de suite au poste, finira devant un juge. Nous vous conseillons donc, si jamais vous deviez voir ou entendre d'autres scènes similaires, d'appeler la police sans attendre. C'est important pour que justice puisse se faire. Sans compter que la police a le pouvoir d'expulser le coupable du logement et de lui confisquer sa clé, et que le juge peut également lui interdire l'accès à sa victime.
Pour ce qui est de votre idée de glisser des papillons dans les boîtes aux lettres, nous pensons qu'il vaudrait mieux ne pas le faire. Cette femme est probablement très surveillée et contrôlée par son partenaire, et s'il découvre une telle documentation il y a un grand risque qu'il s'en prenne à elle et lui fasse payer sa colère devant ce qu'il peut vivre comme une "intrusion" intolérable.
Ce que vous pourriez faire, par exemple, c'est attendre l'occasion de rencontrer votre voisine seule. La reconnaîtriez-vous ? Si c'est le cas, essayez de nouer le contact et progressez à petits pas. Si vous arrivez à avoir des échanges avec elle (toujours lorsqu'elle est seule, évidemment), vous pourrez alors aborder la question des violences. Il se peut qu'elle nie en bloc, par honte, ou qu'elle vous assure n'avoir besoin de rien ni de personne. Maintenez le contact, faites preuve de patience. Plus tard, vous pourrez lui parler de ses droits, lui faire voir de la documentation (qu'elle n'osera probablement pas emporter chez elle), lui proposer votre appui, ou même un lieu de refuge au besoin. Rappelez-vous qu'elle est certainement très isolée.
En outre, si elle est étrangère, elle craint peut-être de perdre son autorisation de séjour en cas d'intervention des autorités. Vous pouvez lui expliquer qu'en Suisse les victimes étrangères ont aussi des droits.
Vous-même trouverez davantage d'informations sur notre site, ou au centre LAVI de Genève, ou encore à Solidarité femmes de cette ville.
Au nom de votre voisine inconnue, nous vous remercions de votre intérêt pour son cas, de votre intervention, de votre souci pour son bien-être. Il n'y a peut-être personne d'autre que vous pour se préoccuper de son sort et éventuellement de lui tendre la perche. Nos voeux vous accompagnent l'une comme l'autre.
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