Il y a quelques mois, une amie vous a expliqué la situation de violence, mêlée à l’alcool, que son mari lui faisait subir. Vous lui avez donné une réponse tout à fait pertinente dont elle n’a pas tenu compte (et pourtant c’était de son plein gré qu’elle vous questionnait). Depuis, elle a été victime de son mari à plusieurs reprises dont au moins une fois par de la violence physique. Elle est aussi allez dormir chez une amie au moins deux fois (des confidences sont tombées –que je tairais ici- en tout cas, cette femme prétendait être traitée comme un objet, peut-être même un objet sexuel). Elle dit l’aimer et je crois que c’est vrai (ou bien s’agit-il là d’une réaction défensive ?). Actuellement, elle m’annonce que tout va bien, mais je présume que c’est elle qui se tait à la maison car un jour, elle m’avait déclaré que son compagnon lui avait dit que si elle ne voulait pas qu’il s’emporte, elle n’avait qu’à pas lui répondre. Ou bien son mari s’est subitement calmé, mais ma question est : est-ce possible ? Tout ses amis veulent l’aider mais on dirait qu’elle refuse l’aide, parle, se confie puis silence, plus rien et elle campe sur ses positions. Parfois, elle se crispe, s'énerve comme quoi tout va bien. Que faire pour elle ?
Bonjour erato,
Tout d'abord, nous vous prions de nous excuser pour notre retard à vous répondre.
Vous nous parlez de la violence que subi votre amie et de votre désarroi face à cette situation et aux réactions contrastées de votre amie.
Ce que vous décrivez est une situation fréquente et probablement incontournable dans un processus pour sortir de la violence. Il est rare de pouvoir mettre fin à une telle relation immédiatement, car les liens affectifs sont souvent tout aussi forts que dans une relation sans violence. La personne victime oscille entre la colère et l'espoir de changement, entre la peur et l'amour, entre le sentiment d'injustice et l'envie d'aider son partenaire. Cela est normal et fait partie de ce qui est décrit comme le cycle de la violence. Celui-ci comprend plusieurs phases, de la montée des tensions à l'agression, puis une phase de rémission, de justification et une nouvelle lune de miel. Notre site décrit de façon détaillée ce cycle, qui permet de comprendre l'ambivalence des personnes victimes et leur changement d'attitude, selon la phase dans laquelle elles se trouvent.
Ces revirements sont toujours très destabilisants pour l'entourage, même souvent aussi pour les professionnel-l-es, car les personnes victimes montrent des facette différentes selon les moments, ce qui rend leur histoire complexe et parfois difficile à comprendre. C'est pourtant un processus tout à fait normal, que nous pouvons mieux appréhender si nous essayons de nous mettre à la place des victimes qui sont en prise avec un homme qui a un double visage. Parfois, c'est un être adorable, aimant, qui demande pardon pour les actes de violence et qui promet qu'il ne recommencera plus, parfois c'est à nouveau un être agressif, qui refuse d'être contrarié, qui ne supporte pas que ses désirs ne soient pas satisfaits, qui veut imposer sa loi, au besoin par la violence. Les changements d'attitude des victimes ne font que suivre les changements d'attitude des auteurs de violence et les différentes phases du cycle de la violence, celui-ci se répétant infiniment si rien ne vient l'interrompre.
Vous nous demandez si un changement est possible chez l'agresseur et surtout que peuvent faire les amis ? Pour la première question, oui, un changement est possible chez l'agresseur, mais il dépend avant tout de sa volonté à lui de changer. Des professionnels existent pour traiter ce type de problème, et une amélioration est possible. Une aide contrainte peut parfois être ordonnée par la justice si la personne victime dépose une ou plusieurs plaintes pénales pour les faits subis, ce qui contribue aussi au changement éventuel d'un auteur de violence.
Pour aider votre amie, vous pouvez donc l'encourager à porter plainte à chaque fois qu'elle se plaint de la violence de son partenaire, en lui expliquant les avantages de cette démarche. Mais l'aide la plus efficace est sans doute de rester présent et disponible pour elle quand elle en manifeste le besoin, c'est-à-dire épisodiquement. A ce moment-là, vous pouvez l'écouter, l'accueillir avec ses souffrances, la soutenir, l'encourager. Mais la difficulté est de ne pas exiger d'elle qu'elle aille trop vite, ni de faire à sa place. Passé le stade de l'agression, lorsqu'elle est aux prises avec le repentir et les promesses de l'agresseur, elle hésite, veut y croire, espère et tentera peut-être de lui donner encore et encore une chance. C'est là où c'est difficile de rester soutenant. L'attitude la plus aidante consiste à l'informer, l'aider et la mettre en garde, tout en respectant ses choix, son rythme et ses sentiments. Si vous ne la jugez pas, elle reviendra vers vous au moment où elle en aura besoin et elle pourra alors faire un pas de plus en direction de la sortie de la violence. C'est un processus long et complexe, et le soutien des amis est très précieux. Mais si les personnes victimes sentent un jugement ou des conseils qui ne tiennent pas compte de leur ambivalence, elles se ferment et disent que tout va bien. La patience est donc nécessaire, et surtout la compréhension de cette dynamique, pour rester une présence soutenante même si vous ne partagez pas les choix de votre amie.
Nous pouvons vous assurer que le soutien respectueux des amis est souvent bien plus efficace que le soutien des professionnel-le-s. Mais bien sûr, les services d'aide existent aussi et un travail complémentaire au soutien de l'entourage s'avère sojuvent très utile aussi. Vous pouvez donc parler à votre amie du Centre Malley-Prairie, qui est le service spécialisé du canton de Vaud.
En tout cas, nous vous souhaitons bonne chance, à vous et à votre amie, pour persévérer sur ce chemin long et complexe hors de la violence. N'hésitez pas à nous écrire à nouveau si vous le souhaitez.
Bonjour Elo,Bien sûr que nous prenons votre histoire au sérieux. Nous trouvons vraiment dur le récit des violences que vous...
Bonjour Madame, Pour permettre une meilleure compréhension de votre question, nous invitons les autres lecteurs/lectrices à lire votre message dans...
Bonjour Jenny16, Votre question est toute légitime et nous comprenons vos interrogations. Il semble que votre partenaire...