bonjour, ma soeur est victime de violences physiques et psychiques(privation alimentaire,privation de liberté d'aller et venir-meme pour se doucher-privation de contacts)et nous nous demandons si ca aurait un sens de mettre mon beau frère au pied du mur en lui disant qu'on sait ce qu'il fait subir a notre soeur et en lui rappelant que ce n'est pas normal et qu'il doit se faire aider pour sortir de ce fonctionnement.On a juste très peur des conséquences que ca aurait sur ma soeur en violence et en enfermement.Ca fait 10ans qu'on essaie de la raisonner, elle,mais sans succès et maintenant qu'il y a un bébé on est encore plus en souci.merci de votre réponse!
Bonjour Mabab,
Veuillez nous excuser du temps que nous avons mis à vous répondre. Notre site est parfois très sollicité.
Vous vous faites du souci pour votre soeur et il semble bien qu'il y ait de quoi. Nous comprenons votre envie de changer l'ordre des choses, nous entendons votre souffrance et votre probable sentiment d'impuissance devant le martyre que vit votre soeur au quotidien. Assister au malheur de quelqu'un qu'on aime est particulièrement douloureux. Vous avez bien fait de nous écrire.
Pour répondre à votre question, il vaudrait mieux à notre avis ne pas interpeller directement votre beau-frère. Vos craintes sont justifiées, il risque effectivement de lui faire payer le prix de votre intervention en se vengeant sur elle. Mais vous avez d'autres options. Bien que votre marge de manoeuvre soit étroite, nous pouvons toutefois vous suggérer quelques pistes.
La violence conjugale est interdite par la loi, quelles que soient ses formes. Les faits que vous nous décrivez sont graves. Les coups, la séquestration et la privation de nourriture sont des actes poursuivis d'office, c'est-à-dire que si la police ou la justice en sont informées, une procédure pénale est engagée sans que la victime n'ait à porter plainte elle-même. Par ailleurs, vous-même êtes en droit de porter plainte contre votre beau-frère pour les maltraitances qu'il inflige à votre soeur. Mais évidemment, si elle se refuse à porter plainte depuis 10 ans, elle risque bien de vous en vouloir si vous entreprenez la démarche. La difficulté réside dans l'opposition entre la nécessité de respecter la volonté de votre soeur et celle de prendre en compte son besoin d'être protégée avec son bébé.
Ce que vous dites de votre beau-frère est très juste : comme toutes les personnes violentes, il serait bon qu'il ait une aide professionnelle pour changer sa manière de fonctionner. Mais le désir de changement doit venir de lui et ni vous ni votre soeur ne pourrez le contraindre.
Quant à votre soeur, vous nous dites qu'elle est sous l'emprise de cet homme depuis des années. Les violences subies n'étant pas sans séquelles, elle peine probablement aujourd'hui à trouver l'assurance et la force nécessaires pour s'affranchir de cette tutelle. Mais vous ne pouvez pas agir à sa place ni prendre de décisions pour elle, aussi grand que soit votre désir de lui porter secours. Elle est majeure et libre de ses choix. Cela dit, une aide extérieure lui serait certainement bénéfique. Reste à voir si elle l'acceptera. En attendant, vous pouvez du moins l'informer sur ses droits, comme celui de quitter le domicile conjugal avec son enfant (art. 175 du Code civil) car son intégrité est gravement menacée. Ou comme celui de porter plainte à chaque nouvel épisode de violence. Ou encore celui de se réfugier avec le bébé dans un centre protégé d'accueil pour les femmes victimes des violences de leur partenaire - nous pensons en particulier à Malleyprairie (tél. 021 620 76 76). Ou enfin celui de s'adresser à la LAVI cantonale (service d'aide à toutes les victimes d'infractions) pour une consultation confidentielle (et gratuite) concernant ses droits et ses options. Il n'est pas nécessaire d'avoir porté plainte pour bénéficier des prestations de la LAVI. Tél. 021 631 03 00.
Selon nous, il serait bon d'inciter votre soeur (sans toutefois faire pression sur elle) à se mettre en contact avec MalleyPrairie où elle trouverait une aide spécialisée et un soutien sur le plan personnel, juridique, psychologique - et cela même si elle ne souhaite pas d'hébergement pour l'instant.
Proposez-lui également d'instaurer un plan d'urgence.
Il serait également utile de la rendre attentive à la nécessité de protéger son bébé et à son devoir de mère d'empêcher qu'il ait à souffrir de la situation de violence et de tensions permanentes qu'il vit au quotidien. Les enfants, même tout petits, pâtissent de la violence à laquelle ils assistent et n'ont pas les moyens de s'en défendre. Si elle n'est pas en mesure d'assurer sa sécurité à long terme, vous avez la possibilité de demander conseil au Service de protection de la jeunesse. Vous pouvez être conseillée de manière anonyme par téléphone si vous le souhaitez (021 316 53 53). Mais si vous décidez de signaler le cas ("mineur en danger") alors vous devrez donner des noms.
Nous espérons que ces quelques informations vous seront utiles. Armez-vous de patience et de courage, restez l'alliée de votre soeur, assurez-la de votre soutien inconditionnel. Le jour viendra où elle choisira de se libérer, et elle aura alors besoin de vous. La violence conjugale est un vrai fléau dans notre société, mais on peut s'en sortir. Chaque jour des femmes franchissent le pas et redécouvrent une nouvelle vie. Soyez forte et gardez espoir.
Nous sommes de tout coeur avec vous.
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