bonjour, j'ai 23 ans, mon ami en a 40, nous avons une fille de 2 ans. mon ami me frappe, de la façon qui est décrite dans le cycle de la violence qui est sur votre site. je suis partie la semaine dernière de la maison, je suis actuellement chez ma mère, avec ma fille. elle a assisté aux deux dernières scènes de violences. mon ami est parfois un bon père, surtout il aime sa fille, mais je ne sais pas si je l'aime encore. je ne me sens pas respectée par lui, et ce depuis longtemps, je ne me sens pas comprise, je me sens seule, et ce n'est pas ce que j'attends d'une relation amoureuse. je ne me sens pas libre chez moi ("chez moi" = dans l'appartement de mon ami, dans lequel je vis depuis bientôt 3 ans, mais je ne suis pas sur le bail. toutes mes affaires sont là bas, mais je n'ai jamais vraiment réussi à me sentir chez moi chez moi… c'est compliqué. mais par exemple, quand je lui demande d'arrêter de fumer des joints - nous n'avons pas de balcon et je pense que c'est mauvais pour notre fille - il me répond qu'il est chez lui et que c'est le seul endroit où il est libre de faire ce qu'il veut, alors je me sens intolérante et en général, je me sens comme une merde). je suis consciente qu'il est frustré et qu'il a peur de me perdre, de perdre le contrôle, surtout du fait de notre différence d'âge et du fait qu'il est à l'AI et que je suis étudiante, donc j'ai une vie à côté de la maison, et lui non. "avoir une vie à côté" est un bien grand mot, car je n'ai pas vraiment le droit de voir ma famille ni mes amis, et même quand je vais travailler à l'uni je me fais engueuler, parce que je suis sa seule source de vie, de bonheur. mais je n'ai pas l'impression de le rendre heureux. je ne sais pas quoi faire vis à vis de ma fille surtout. si elle n'était pas là je ne serais plus avec mon compagnon, je pense, quoiqu'on s'entend bien parfois, et quand nous sommes seuls les 2 (ce qui est extrêmement rare étant donné qu'il est très possessif avec elle aussi), je retrouve les sentiments que j'avais pour lui au début de notre relation. mais maintenant, "à la maison", je ne me sens pas libre, pas bien, j'ai peur, je ne suis pas très heureuse. depuis quelques mois j'ai même commencé à m'insulter et me frapper moi-même, ce qui m'énerve encore plus parce que je m'apparais comme une tarée. bref, j'aimerais surtout faire le mieux pour notre enfant. mon copain est un bon père, je ne veux pas les priver l'un de l'autre. mais je ne crois pas que je suis capable de rester vivre avec lui encore. votre site parle de la relation mère-enfant et effectivement, moi qui me sentais bien dans le rôle de maman (c'est le seul rôle que j'aime et où je me sens bien), j'ai l'impression de ne plus pouvoir (bien) m'occuper de ma fille, et cela est très douloureux parce que je pense qu'elle a besoin de moi, surtout là où nous ne sommes plus "à la maison" mais chez ma mère, qui est très gentille et s'occupe bien de nous 2. j'ai honte, j'ai peur, je ne sais pas quoi faire, je suis perdue. j'avais commencé à voir une psy, parce que je pétais un plomb, parce que je n'en pouvais plus de m'insulter sans arrêt, je devenais folle. elle m'avait dit de ne surtout pas prendre de décision trop rapide, mais mardi dernier je suis partie quand même parce que je me sentais trop lâche de rester, et surtout je ne pouvais pas regarder ma fille dans les yeux. j'aimerais qu'elle sache que dans ces situations là, on part, on ne reste pas se faire frapper. et pourtant moi je suis restée, alors que ça fait des mois qu'il me frappe (même si ce n'est pas fréquent, ça instaure un climat de peur et de malaise). et maintenant encore, je me demande si cela ne vaut pas la peine de réessayer. mais mon ami voit un psy depuis des années, est sous anti depresseur, mais cela ne semble pas l'aider. tous les clichés sur les femmes battues sont vrais (ou presque tous), et on entend aussi que les hommes qui frappent frapperont toujours. je ne sais pas quoi faire. je ne sais pas ce que je veux faire. je n'ai pas forcément envie de finir seule, je ne veux pas priver ma fille de son père, mais j'aimerais quand même avoir un petit peu de bonheur. et là je me sens comme une gosse pourri gâtée parce qu'il y a du bonheur parfois, mais c'est de plus en plus rare. l'ambiance "à la maison" est souvent loin de ce que je voudrais (pour mon enfant surtout). je ne sais pas quoi faire. quand j'ai dit que je partais, je ne pouvais pas rester, mais je pensais juste dormir une nuit loin de lui, mais il m'a repris ma clef, toutes mes affaires sont chez lui, je suis dans la merde pour plein de raisons techniques, et dans mon coeur je suis perdue. bien sur vous n'avez pas de solution toute prête, mais pouvez-vous m'aider à y avoir un peu plus clair? je trouve votre site très bien, alors je tente ma chance. merci d'avance
Bonjour Sono,
Merci pour le compliment ! Voilà qui fait plaisir...
Vous avez bien fait de nous écrire, premier pas vers une demande d'aide extérieure et professionnelle. Nous entendons votre désarroi actuel et comprenons que vous soyez désemparée par la tournure qu'ont pris les événements, vous privant de vos affaires et de vos repères usuels. Ce n'est pas facile. Mais vous avez beaucoup de ressources, une bonne capacité d'analyse, de l'honnêteté et une belle lucidité ! Ces atouts vous seront utiles.
Bravo d'avoir eu le courage de partir, sans attendre plus longtemps dans "la solitude", le non-respect de votre personne et le sentiment de "n'être pas libre". Vous avez d'autres attentes en matière de relation homme-femme, et vous avez bien raison. Lorsqu'une prise de conscience se fait à ce niveau-là, il nous pousse des ailes - même si vous vous sentez aujourd'hui bien loin de planer haut dans le ciel.
D'après ce que vous nous écrivez, il semble que votre ami ait exercé à votre encontre des violences d'ordre psychologique (besoin de contrôle, "engueulades") et social (en tentant de vous couper de vos liens familiaux et amicaux) en plus de la violence physique, et ce depuis bientôt 3 ans. Rien d'étonnant par conséquent à ce que vous ressentiez les symptômes habituels constatés chez les personnes victimes de violence conjugale : perte de l'estime de soi, dépression, doute permanent, difficulté à prendre des décisions, honte, impression de "faire tout faux", et puis la peur, qui peut être aiguë ou diffuse. Sans compter les divers troubles de santé qui peuvent se manifester, tels que l'insomnie, l'anxiété, les troubles de l'appétit, le manque de concentration, etc. Dans ce contexte, nous aimerions vous rendre attentive à deux choses :
Tout d'abord, à la nécessité de ne pas minimiser votre peur. C'est votre signal d'alarme interne qui clignote, écoutez-le ! Il a d'autant plus raison que la violence tend à s'aggraver au fil du temps, le cycle se resserre, la fréquence et l'intensité des épisodes augmente. Les statistiques sont là pour le prouver. La deuxième chose, c'est votre remise en question de ce qui a été en quelque sorte une "décision de survie" lorsque vous êtes partie : quand vous vous demandez aujourd'hui "si cela ne vaut pas la peine de réessayer" , quelle partie de vous-même se pose-t-elle la question ?
Pour ce qui est de votre fille, vous avez pris la bonne décision en la soustrayant à l'éventualité d'assister à nouveau à des scènes de violence comme elle l'a fait à deux reprises récemment. On sait aujourd'hui que les enfants souffrent plus que ce qu'on ne croyait d'en être les témoins. En tant que mère, vous avez ainsi assumé votre devoir de protection, ce qui vous honore. Bravo ! Ne pensez pas qu'en partant vous la "privez" de son père : non, le lien n'est pas brisé, ils se reverront, le droit de visite existe ! Ils pourront continuer à construire leur relation, mais du moins ce sera dans un climat plus sain, loin de la violence dont votre couple était empreint.
Comme la violence conjugale, quelle que soit sa forme, constitue un délit, vous êtes en droit de porter plainte (jusqu'à trois mois après les faits). Avez-vous déjà songé à le faire ? Si vous optez pour cette démarche, il vous suffira de vous rendre dans un poste de police, de préférence après avoir fixé rendez-vous.
Nous aimerions encore aborder la question du soutien dont vous nous semblez avoir besoin en cette période de grand bouleversement dans votre vie. A nos yeux, il serait bon que vous soyez épaulée, d'un côté par votre thérapeute auprès de qui nous vous encourageons à continuer la démarche entamée, et de l'autre par des professionnelles de la thématique des violences conjugales. Nous pensons à Solidarité femmes à Genève, une association spécialisée dont les consultations sont gratuites et confidentielles. Seriez-vous prête à la contacter ? Vous y trouveriez une aide personnalisée, très concrète, et l'opportunité d'examiner sous la loupe toutes les questions qui vous préoccupent. (On pourra probablement vous aider aussi sur le plan des affaires restées dans l'appartement; nous savons que dans certains cantons la police accompagne les femmes qui souhaitent aller récupérer leurs affaires après qu'elles ont dû partir dans l'urgence, mais nous ne savons pas comment cela se passe à Genève). N'hésitez pas à appeler : tél. 022 797 10 10.
Nous restons à votre disposition si vous avez d'autres questions. Bonne chance pour la suite, vous verrez que vous finirez par avoir votre "petit peu de bonheur", et même beaucoup plus, vous le méritez !
Vous êtes une bonne mère, vous avez du courage et des ressources, une maman qui vous soutient... Et rappelez-vous que les plantes n'attendent pas la permission de qui que ce soit pour fleurir (une jolie phrase de Clarissa Pinkola Estès, dont nous vous suggérons de lire le livre "Femmes qui courent avec les loups". Il vous aidera à vous sentir mieux !).
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