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Questions et réponses

Pourquoi suis-je restée si longtemps avec lui ?

Question
09 Février 2014 - old...

Bonjour, j'aimerai savoir si vous identifiez ces éléments comme de la violence. J'ai quitté mon compagnon mais je me demande toujours s'il s'agissait de violence. Juste après avoir emménagé avec lui, il a frappé dans un mur en me disant "si tu veux tout foutre en l'air, j'ai la tête dure comme ça" (en frappant le mur plusieurs fois). Cet épisode fait suite au fait que nous jouions au tennis, j'ai pris la balle dans la figure, il a refusé de s'excuser car selon lui c'était moi qui avais mal joué (ce qui était peut-être vrai, je n'en sais rien), je suis partie fâchée et je l'ai laissé seul environ 20 minutes. Une fois, en rentrant de voyage, je suis allée dormir sur le canapé suite à une dispute. Il m'a secoué durant la nuit, me donnant l'ordre de revenir dans le lit, ce que j'ai refusé. J'avais le décalage horaire et c'était la première nuit depuis 2 nuits où j'arrivais à dormir... Je sortais souvent le soir me balader à pied dans le village, car il me faisait des reproches ou me criait dessus. Il pouvait se montrer méprisant. Il me trouvait sale et dégoûtante, me reprochait de ne pas faire le ménage. Je faisais des efforts pour ranger, et nettoyer, mais ce n'était jamais assez. Il ne disait à ces moments pas "merci" mais plutôt que j'avais mal fait, et que c'était normal que je l'aie fait. D'ailleurs suite à mon départ, il m'a dit que je n'avais passé l'aspirateur qu'une seule fois en 6 mois (ce qui était faux) et que le produit que j'utilisais pour nettoyer était dégoûtant. Il y avait un gros souci autour du côté maniaque et partage des tâches ménagères. J'ai essayé d'établir un cahier des tâches, de faire attention au rangement, de nettoyer plus souvent, mais cela n'a pas suffit. Par contre c'est vrai que je ne suis pas maniaque, mais n'y aurait-il pas d'autres façon de cohabiter ? Ou c'est la personne rigide et maniaque qui impose à l'autre sa façon de faire ? En tous les cas il se montrait très dénigrant. Auparavant, j'ai habité seule plusieurs années, et je gérais mon appartement, ce n'était pas un taudis contrairement à ce qu'il aurait souhaité me faire croire. Il a frappé dans un mur à une 2ème occasion, en me menaçant "tu ne sais pas de quoi je suis capable". Cependant, il m'a toujours dit qu'il ne me toucherait jamais. Donc, il menaçait peut-être de se faire du mal à lui-même, je ne suis pas très sûre. Ce qui est sûr c'est qu'il me faisait peur ! Une fois, suite à un conflit, il m'a dit qu'il m'aiderait à me trouver un autre appartement. J'en avais été très blessée. Je pense qu'il s'agissait là d'une menace. Au bout de 6 mois de vie en commun, il m'arrivait d'attendre dans le couloir avant de rentrer dans l'appartement, car je ne souhaitais pas le voir, il me faisait peur. J'ai eu des sentiments (réciproques) pour un ami, mais il ne s'est rien passé car je suis fidèle. Je lui en ai fait part et de ma décision de couper les ponts avec cet ami. Il m'a hurlé dessus car j'ai mis "trop longtemps" à écrire l'email annonçant ma décision. La façon dont il parlait était comme un disque rayé. Je parle beaucoup, et lorsque je lui racontais ma journée, il lui est arrivé de me répondre : c'est bon tu as fini, c'est à mon tour maintenant, tu ne m'écoutes jamais ! Avec lui, j'avais l'impression de ne jamais en faire assez, alors que je suis une femme propre et relativement ordonnée. Il m'a fait remarqué que cela l'embêtait que je change mon code pin de natel, en me demandant pourquoi. Je lui ai dit que c'était car il le connaissait et je ne voulais pas qu'il regarde mes données. Je l'ai quitté un soir en rentrant du travail, il m'a accompagné à la voiture en m'insultant "tu es inhumaine, tu es ignoble, tu es dégueulasse, tu n'as pas de coeur"... . Il m'est arrivé de l'insulter verbalement en réponse à cette pression que je sentais, et il m'est arrivé de crier plus fort que lui; avant de sortir et quitter l'appartement pour faire un tour (ce qui était la seule solution pour avoir la paix). A un moment donné je quittais l'appartement tous les soirs... . Suis-je moi aussi violente si j'ai crié et je lui ai servi quelques insultes ? Ou est-ce naturel de se défendre ? Il m'a écrit des lettres me nommant toutes mes qualités, s'excusant et me promettant de ne plus jamais recommencer, et les temps de répit étaient de plus en plus courts. Il me disait plusieurs fois que j'étais la femme de sa vie, qu'il me laisserait jamais tomber. Ce qui était difficile, c'est qu'il se comportait très bien lorsque d'autres personnes étaient présentes. Je me demandais : cela aurait-il changé quelque chose si j'avais plus ou mieux fait le ménage ? Il m'imposait sa vision : "tout le monde te le dira, un appartement on passe l'aspirateur et la serpillère au moins une fois par semaine, sinon c'est dégueulasse". "Je savais comment tu étais, j'aurai mieux fait de ne pas habiter avec toi" (alors que mon ancien chez moi était propre de façon normale). D'autre part, il m'invitait au restaurant, au cinéma, et à d'autres activités. Il ne manquait jamais de relever qu'avec moi il était gentil comme il ne l'avait jamais été auparavant, tout ce qu'il faisait pour moi, qu'il était "trop gentil" et que c'était son seul défaut... . C'était comme si ses "cadeaux" étaient des sacrifices. Moi je trouve normal que mon compagnon m'invite, après chacun ses idées, mais là il en faisait tout un fromage c'était bizarre. Il se faisait sans cesse des compliments, et à moi pas tellement de compliments. Mais je pouvais compter sur lui pour des choses concrètes et matérielles (virer une armoire, aller à la déchetterie, installer des stores...). Il a payé le loyer seul durant 6 mois. Il était d'accord que moi je paie des objets autres que le loyer, ce que j'ai fait selon notre accord. Ce que j'ai investi correspond à une part du loyer, en fonction de mon salaire, pour le nombre de mois ou j'ai habité avec lui. Il râlait beaucoup que je ne payais pas assez. Les comptes fait, je savais que c'était ok (j'avais rempli ma part), et c'était ce qu'on avait convenu avant d'habiter ensemble. Après l'avoir quitté, il m'a traité de voleuse, et expliqué que j'étais avec lui uniquement pour l'argent. Ce qui bien sûr n'était pas le cas... . Suite à la rupture, il ne m'a pas aidée pendant le déménagement. Il m'a reproché d'avoir récupéré des objets m'appartenant (venant de mon précédent logement). J'ai eu droit à toute une série de SMS plus méchants les uns que les autres, des tentatives de m'appeler mais j'ai choisi de ne pas décrocher. Sa mère aussi a essayé de m'appeler ! Il a raconté à toute sa famille que j'étais une voleuse, une profiteuse. Alors que moi j'estime ne rien lui avoir volé, nous avions un accord financier qui tournait à mon avantage oui, cependant nous l'avons pris ensemble et il était d'accord. Pour qu'il y ait un vol il faut qu'il n'y ait pas d'accord. Il lui arrivait de ricaner ou me regarder en hochant la tête d'un air méprisant. Il était tout le temps à la maison en dehors du travail, et m'a reproché de ne pas lui avoir répondu à son sms, de me faire une crise alors qu'il savait très bien où j'étais et avec qui, en pleine après-midi pour une activité semi-professionnelle ! Quand il était à la maison, il exerçait une 2ème activité professionnelle, ce qui faisait beaucoup de bruit avec une grosse machine et je n'avais qu'à m'y faire. Le matin, il me réveillait car il bossait tout le temps, en semaine et le weekend, et je n'avais qu'à m'y faire. Il ronflait la nuit, étant épuisée (car je n'arrivais pas à dormir), j'ai été dormir 2 nuits chez une amie. Il m'a expliqué qu'il m'a pardonné car il m'aimait ! Je ne vois pas ce qu'il y a à pardonner que j'aille chez une amie. Il m'a également dit qu'il ne savait pas si j'avais vraiment été chez elle, et que je pouvais très bien lui dire n'importe quoi ! Suite à ce départ de 2 nuits, il a accepté de dormir sur le canapé, durant 3 nuits (sinon c'était moi) puis a explosé en hurlant "je suis pas un chien" ! Le dernier mois je buvais tous les soirs entre 1 et 4 verres environ. Je n'arrivais plus à dormir, j'avais recommencé à fumer, perdu l'appétit. Il me demandait de "mettre de l'eau dans mon vin" et m'assurait vouloir passer sa vie avec moi mais qu'il fallait que je fasse des efforts, que comme je faisais c'était "n'importe quoi" et qu'en demandant à "n'importe qui" je verrai bien que je pense faux, "tout le monde me le dira". Suite à la rupture, il m'a envoyé 2 photos pornographiques, de deux femmes, se vantant de les avoir eues dans mon lit (que je n'avais pas encore récupéré), disant que mon lit était très confortable. Cet homme semblait propre sur lui, charmant, bien élevé, doux, je l'ai choisi pour sa fiabilité, sa gentillesse, sa générosité... Je me demande comment il a pu me cacher ainsi la vérité ? Pourquoi sa famille ne voit pas qu'il est ainsi ? (Il a très peu d'amis). Il lui arrivait également d'avoir des pertes de mémoire, au milieu d'une phrase il oubliait ce qu'il disait, et me demandait alors pourquoi j'étais fâchée (généralement il était en train de m'insulter). Ce qui était difficile également c'est qu'il m'insultait sans dire de gros mots, mais plus en me disant que j'étais une femme horrible. Par exemple lorsqu'il m'a dit que je le dégoûtais, d'un air méprisant, après selon lui c'était moi qui avait un problème car je n'arrivais pas à tourner la page et à lui pardonner. Donc de nous deux, également car je m'étais mise à boire tous les soirs (sans être bourrée non plus), c'était moi qui avait un problème, pas lui. Il arrivait qu'il soit très gentil, me fasse des beaux cadeaux, m'invite dans des restaurants chics et autre. Suite à la rupture, j'ai changé de numéro de téléphone, pour éviter de recevoir ses messages blessants, ou des photos de ses conquêtes. Il me demandait de lui ramener certaines affaires que j'ai prises par erreur, des affaires qui valent peut-être 5 francs... . Il ne m'a évidemment pas demandé où j'allais dormir, si j'avais pu trouver un appartement, ou quoique ce soit concernant ma situation. Il était juste complètement bloqué sur des choses matérielles, que je trouve absolument sans valeur (par exemple un fouet de cuisine), me traitant de voleuse, continuant les insultes, me disant par exemple que je fais pitié, que je suis une pauvre fille, qu'il est tellement mieux sans moi... . Voici mes questions : s'agit-il bien de violence ? Pourquoi lui est incapable de se remettre en question ? Pourquoi me met-il tout sur le dos ? Pourquoi sa famille et son entourage le prend-elle pour un ange ??? Quand j'ai réagit ai-je fait preuve de violence aussi en criant et en lui rendant ses injures ? Est-ce qu'en faisant mieux le ménage par exemple cela aurait pu changer quelque chose ? A-t-il fait exprès de me cacher cela jusqu'à ce que j'habite avec lui ? lui il trouve tout cela très normal je crois. Est-ce que je risque par la suite de retomber sur un homme comme cela ??? Ou maintenant que j'ai fait l'expérience j'ai de bonnes chances que cela ne m'arrive plus ? Et si j'étais restée avec lui, aurait-il pu à un moment donné en venir aux mains ? Va-t-il agir de la même manière avec sa future compagne ? Et pourquoi suis-je restée si longtemps avec lui ? Son comportement était-il "illégal" ???

Réponse
18-02-2014

Bonjour Madame,

Merci d'avoir déposé votre message très complet et plein de belles réflexions sur les démarches que vous avez eu l'intelligence et le courage d'entreprendre.

Nous identifions clairement les éléments que vous nous explicitez comme étant de la violence psychologique. Votre conjoint a instauré de la peur dans votre relation, il a parsemé votre vie de couple de cadeaux, de bons moments, de promesses tout en vous les reprochant. L'attitude de votre conjoint est déstabilisante. Il vous rend responsable des difficultés du couple, il s'attribue des qualités, vous fragilise. Ensuite, il vous insulte, vous dénigre et vous explique son comportement par vos travers, vos défauts. Vous faites tout ce que vous pouvez et même plus pour obtenir sa clémence, son estime ou parvenir à ce qu'il veut et il vous rabaisse encore plus. C'est comme si vous n'en faisiez jamais assez. Il vous contrôle alors que vous êtes transparente et honnête. Il vous pardonne des erreurs que vous n'avez pas commises. Il accepte un compromis et vous fait des reproches ensuite.

Vous avez été très clairevoyanete et avez eu les bonnes réactions lorsque vous avez entrepris ces démarches. Nous pensons qu'il vous aura fallu beaucoup de courage pour tenir le coup et pour rompre avec cette relation malsaine.

Vous nous demandez s'il s'agit bien de violence, comme nous vous l'avons dit plus haut, oui, il s'agit bien de violence. Vous avez constaté par vous-même que plus vous essayiez de répondre à ses exigences en matière de ménage par exemple, plus il en exigeait. Vous risquiez de vous épuiser à le contenter et il aurait encore une plus grande emprise sur vous. Nous ne pouvons pas savoir s'il vous a volontairement caché son attitude mais il y a de fortes chances que si il s'était d'emblée montré tel quel, il aurait perdu ses chances de vivre à vos côtés.

Comme vous le dites, vous avez fait des expériences, il y a certainement plein de petites et grandes balises sur votre chemin qui se mettront en alerte quand vous rencontrerez des comportements comme ce que vous avez expérimentés.

Nous ne pouvons répondre à votre question au sujet de la violence physique qui aurait pu ou pas se développer, ni sur ce qui risque de se passer avec ses futures compagnes. Ce que nous pouvons vous dire c’est qu’il est difficile de trouver des alternatives à la violence et que cela nécessite souvent un long parcours accompagné par des professionnel-le-s.

Nous ne savons pas exactement combien de temps a duré votre relation mais ce que nous constatons, c'est que vous avez fait des démarches, très certainement quand c'était devenu possible pour vous. Le fait d'être tantôt choyée, tantôt maltraitée fait retarder les décisions, le fait d'être manipulée, culpabilisée, chargée de reproches, de dénigrements, fait douter, fait perdre l'estime de soi. Ce que nous retenons de vos réflexions, c'est justement que vous avez toujours gardé des repères pour ne pas perdre pied, par exemple quand vous dites que vous avez vécu seule et que c'était propre chez vous. Nous pensons que ces repères sont très bien pour faire face à des situations comme celles que vous avez vécues.

Nous vous invitons à lire le livre les manipulateurs sont parmi nous, d'Isabelle Nazarre, il y a aussi le livre d'Hirigoyen, M.-F., Femmes sous emprise, Oh! Editions, 2005. Vous pourrez identifier les problèmes que vous avez rencontrés avec votre ami et apprendre aussi des moyens de repérer les manipulateurs et de faire avec pour déjouer les pièges. Il y a aussi un article à lire d'Anne Crignon,  qui pourra vous éclairer sur ce problème. Nous espérons avoir pu vous apporter une aide et des réponses à vos questions qui vous seront utiles pour la suite.

Bien à vous.

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