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Questions et réponses

Une collègue de travail s'est confiée à moi. Comment l'aider sans qu'elle se mette en danger ?

Question
17 Janvier 2013 - old...

Une collègue de travail s'est confiée à moi et m'a parlé de la situation difficile qu'elle vit avec son "ami". Il la maltraite physiquement, il est brusque avec elle, elle a déjà eu plusieurs hématomes dus aux gestes violents qu'il peut avoir envers elle. Il l'a déjà menacée avec un couteau. D'autre part, il souhaite l'avoir sans cesse sous contrôle, c'est-à-dire qu'il contrôle son natel, ne la laisse pas rencontrer des ami(e)s lorsqu'elle le souhaite et surtout jamais sans qu'il soit lui-même présent. Comme on l'entend souvent, il "dérape", puis s'excuse, jure qu'il ne recommencera pas et bien entendu ne tient pas parole. Elle réalise que ce comportement n'est pas normal et souhaite mettre un terme à cette relation, mais elle a peur de la réaction qu'il pourrait avoir et n'ose donc pas lui parler et lui demander de partir de chez elle. J'aimerais l'aider, mais je ne sais pas comment faire, comment l'aiguiller sans qu'elle se mette en danger. merci d'avance de votre réponse.

Réponse
23-01-2013

Bonjour Anastasia,

Ce que vous nous décrivez de la situation de votre collègue révèle diverses formes de violence : physique (hématomes), psychique (contrôle, menaces) et sociale (interdiction de voir librement ses amis). Nous comprenons que vous souhaitiez l'aider ou l'orienter vers un service spécialisé, tout en craignant, ce faisant, de lui faire courir des risques. Il est souvent difficile de savoir que faire et par où commencer... Vous avez très bien fait de nous écrire à ce sujet : en effet, la question du danger ne doit pas être ignorée ni traitée à la légère. D'ailleurs la personne la mieux placée pour évaluer ce danger est votre collègue elle-même, avec la connaissance qu'elle a de son agresseur. C'est bien qu'elle écoute sa peur, qu'elle entende ce que lui dit son corps.

Que faire ? Vous pouvez dans un premier temps l'informer sur les différentes formes de violence et sur sa nature cyclique (notre site offre quantité de renseignements à ce sujet) et, surtout, l'informer également sur les droits qui sont les siens. La loi est très claire à ce sujet : la violence conjugale (= violence au sein du couple en général, nul besoin d'être mariée) est interdite en Suisse et dans de nombreux pays. Menacer quelqu'un avec un couteau constitue également un délit. Votre collègue est en droit de porter plainte contre son ami si elle le souhaite, autant pour ses menaces que pour les coups portés (elle a jusqu'à trois mois après les faits pour déposer une plainte, il suffit d'aller à la police dans ce délai). Vous pouvez aussi lui conseiller de se faire faire un certificat médical si elle devait avoir de nouvelles marques sur le corps.

En outre, vous pouvez lui signaler qu'il existe des endroits où elle pourra trouver conseil, protection et soutien, de manière tout à fait confidentielle (et gratuite). Par exemple le centre de MalleyPrairie, où des professionnelles sauront l'aider à la fois sur le plan personnel, psychologique, juridique ou pratique, et où elle pourra également être hébergée au besoin si elle le désire, le temps qu'il faudra pour faire le point sur sa situation, mettre de la distance entre elle et son ami, réorganiser son avenir, etc. Tél. 021  620 76 76.

Par ailleurs, elle est également en droit de faire appel, en parallèle, aux prestations de la LAVI du canton (loi sur l'aide aux victimes d'infractions) : elle y recevra un soutien juridique personnalisé, en toute discrétion. Tél. 021  320 32 00.

Si elle a la moindre crainte d'avoir à subir des représailles au cas où elle porterait plainte, il vaudrait mieux qu'elle attende, pour signaler les faits à la police, d'être à l'abri (logée chez des connaissances, dans sa famille ou dans un lieu protégé comme MalleyPrairie) car le risque de vengeance peut être réel. En attendant, vous pouvez lui faire connaître le plan d'urgence proposé sur notre site et lui suggérer de se tenir prête au cas où elle sentirait venir un nouvel épisode de violence.

Si nous avons bien saisi, elle est titulaire du bail et c'est son ami qui habite chez elle ? Dans ce cas, elle a le droit d'exiger qu'il parte et celui de faire changer la serrure pour qu'il n'ait plus accès à l'appartement. Mais là aussi, il vaudrait probablement mieux prendre ce genre de mesures seulement une fois qu'elle sera en sécurité ailleurs. La LAVI prend en charge les frais de serrurier lorsqu'il s'agit de la protection des personnes victimes de violence.

Voilà pour ce qui concerne votre collègue. Maintenant, de votre côté, nous aimerions vous rendre attentive au fait que souvent les femmes qui subissent de mauvais traitements mettent un certain temps à rompre avec leur agresseur, malgré leurs dires et leur désir de s'en libérer. Ce processus prend parfois du temps, et c'est souvent difficile à comprendre (et à accepter) pour l'entourage qui a tendance à s'impatienter devant les tergiversations ou même les allers et retours. Donc, armez-vous de patience ! Restez proche d'elle, faites-lui comprendre que vous ne l'abandonnerez pas, quoiqu'il arrive, et soyez à son écoute sans jamais lui dicter sa conduite. C'est sa vie à elle.

En son nom, nous vous remercions de lui tendre la main et de vouloir l'aider à s'en sortir. Grâce à vous, elle n'est plus isolée comme tant d'autres femmes victimes de violence. C'est extrêmement important. Nos voeux vous accompagnent toutes deux.

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