En cas d’urgence: Police: 117 | Ambulance: 144

Questions et réponses

Professionnelle dans le social, puis-je dénoncer une situation de violence conjugale à la police ?

Question
17 Octobre 2012 - old...

Professionnelle dans le social, une de mes bénéficiaires s'est présentée avec des marques sur le visage. Elle nie être victime de violence conjugale, puis-je dénoncer la situation à la police sans être déliée du secret prof. par cette bénéficiaire ? Et si la police intervient et qu'elle persiste dans son déni, que va-t-il se passer ? En tant que pro, quelles sont mes obligations ? Perso, je privilégie l'encadrement, l'écoute, l'information... mais si je n'interviens pas plus directement et qu'il lui arrive qqc de grave, comment gérer la culpabilité et les reproches ? Merci pour votre réponse

Réponse
28-10-2012

Bonjour Zorro,

Avant toute chose, veuillez nous excuser pour le temps que nous avons mis à vous répondre. Il arrive que nous soyons très sollicitées.

Vous vous posez beaucoup de questions et c'est légitime. Lorsqu'on est confronté à une situation de violence, ou lorsqu'on a des soupçons, on se demande souvent comment réagir pour bien faire. On a peur, aussi. Peur des conséquences de son intervention ou, au contraire, de son absence de réaction. Il n'est pas facile d'y voir clair.

Pour répondre à votre première question concernant une éventuelle dénonciation sur la base de vos soupçons : le devoir de dénoncer appartient en particulier aux agents de police. Sachez qu'en tant qu'assistante sociale, vous n'avez PAS le devoir de dénoncer une situation de violence (sauf s'il y a des raisons de penser qu'un mineur pourrait être menacé).

En tant que professionnelle du social, vous êtes tenue de respecter la confidentialité vis-à-vis de votre cliente. Il est important que vous gardiez une relation de confiance avec elle, si vous voulez pouvoir lui être utile par la suite concernant son vécu de violence. En effet, vous nous écrivez qu'elle nie être victime de mauvais traitements. C'est très fréquent. Comme de nombreuses femmes dans sa situation, elle n'est pas encore prête à regarder les choses en face ni à mettre un nom sur ce qui lui arrive. Cette phase de déni peut durer un certain temps et ni vous ni personne ne peut agir à sa place. Armez-vous de patience. Elle est majeure et c'est son choix.

En revanche, ce que vous pouvez faire, c'est lui faire part de vos doutes, lui dire que vous vous faites du souci pour elle. Vous pouvez l'assurer de votre soutien en toutes circonstances, lui répéter qu'au besoin elle pourra compter sur vous un jour, si elle se décide à demander de l'aide sur ce plan. Vous pouvez également, lorsque les circonstance vous sembleront "favorables", l'informer sur ses droits (par exemple le droit de quitter le domicile conjugal en vertu de l'art. 175 du Code Civil, ou celui d'aller se réfugier dans la maison d'accueil de Solidarité femmes, 022  797 10 10, ou à simplement bénéficier des consultations gratuites de cette association, encore le droit aux prestations du centre LAVI cantonal, 022  320 01 02). Vous pouvez lui montrer les dépliants ou papillons de ces services (et éventuellement lui parler de notre site et de son plan d'urgence) mais n'insistez pas pour les lui remettre, vous pourriez la mettre en danger si son mari les trouve dans son sac. C'est elle qui saura le mieux évaluer si oui ou non elle prend des risques en gardant cette documentation.

Le jour où elle aura atteint la limite de ce qu'elle considère comme tolérable, elle trouvera la force de réagir et c'est à ce moment qu'une aide extérieure pourra se révéler très utile. Les personnes victimes de violence ont des "seuils" de tolérance très variables et l'entourage doit respecter leur choix de rester dans une relation qui pourtant, vue du dehors, peut sembler terriblement destructrice. Il faut respecter le processus qui est le leur pour s'en sortir, respecter le rythme de chacune, ne rien bousculer. Cela demande de la patience.

Voilà ce que nous pouvions vous dire aujourd'hui. Continuez à suivre la situation de près. Demandez peut-être à votre cliente si vous pouvez prendre de ses nouvelles de temps à autre (sans que cela ne provoque un conflit à la maison). Restez présente dans la mesure du possible. Le jour viendra où vous pourrez l'aiguiller vers un des services spécialisés mentionnés plus haut.

Nous espérons que ce temps de l'ouverture viendra bientôt et que vous pourrez assister au changement dans la vie de votre bénéficiaire. Tous nos voeux vous accompagnent.

Autres questions qui pourraient également vous intéresser

Quitter le site (touche esc) Poser une question
Retour au sommet