Bonjour, Mon mari m'a battu fort auj. tout le coté gauche du visage, l'oreil sont gonflés et bleus, je suis choquée, pas envie de vivre, je ne vois aucun avenir devant moi. J'ai un bébé de 15 mois. Je suis russe, avec le permis B, jamais travaillé en Suisse. Je viens de commencer les recherches de travail dans l'administration, mais ce n'est pas facile. NOus sommes mariés officellement 1,5 an. Je suis entièrement dépendante de mon mari. Je ne sais pas comment je resterai seule avec l'enfant, ou laisser l'enfant, de quoi vivre. Je ne rentrerai pas en Russie: je n'ai aucun soutien la-bas. Quelles sont mes possibilités? Est-ce qu'il y a une solution pour moi? Je n'ai pas le but de mettre mon mari en prison, bienque avec mon visage d'auj ce soit facile. Mais je n'imagine pas comment je vivrai seule avec le bébé. Ce n'est pas la première fois qu'il monte le bras, mais cette fois c'était trop fort, mon visage est horrible. MOn mari est suisse naturalisé, pakistanais d'origine, il est connu comme agressif à son travail aussi. Mais en dehors de la maison c'est seulement sur les paroles. J'ai besoin de l'aide, je n'ai personne à qui parler, je suis tte seule
Bonjour Irina,
C'est il y a trois jours à peine que vous nous écriviez, meurtrie dans votre corps et dans votre âme. Vous vous sentiez toute seule et sans plus envie de vivre, sans personne à qui parler.
Vous avez bien fait de nous écrire, c'est déjà un premier pas pour sortir de votre isolement. La violence ne laisse pas que des marques sur le corps, mais sur le moral aussi, qui plonge, et sur la vie sociale, qui se rétrécit de plus en plus. Or c'est important de ne pas rester toute seule, justement. Vous verrez qu'il y a autour de vous des personnes prêtes à vous tendre la main et à vous soutenir.
Vous nous demandez quelles sont les possibilités qui s'offrent à vous. Vous avez des droits. La violence conjugale est un délit, comme vous le savez. Avez-vous porté plainte ? Si ce n'est pas le cas, sachez que vous avez trois mois pour le faire, soit jusqu'au 23 mars. Il vous suffit pour cela d'aller au poste de police le plus proche de votre domicile. Nous vous conseillons vivement de le faire. Votre mari sera alors convoqué et devra s'expliquer devant le/la juge.
Par ailleurs, nous vous incitons à faire des photos de votre oeil gauche et de vos bleus au visage (et éventuellement ailleurs) le plus vite possible, avant que les couleurs ne s'atténuent et que l'enflure ne se résorbe. Si vous les faites vous-même, assurez-vous que votre mari ne pourra pas les effacer ni vous les confisquer. Sinon, faites-les faire par une voisine, à la pharmacie, chez un médecin ou à l'hôpital. C'est très important ! N'attendez pas, occupez-vous de cela encore aujourd'hui si vous le pouvez.
A partir de maintenant, pensez à vous protéger et protéger votre bébé. Les enfants souffrent davantage que ce que l'on pense de la violence envers leur mère, même lorsqu'ils sont tout petits. La loi vous autorise, en cas de mauvais traitements, à quitter le domicile conjugal avec votre enfant (art. 175 du Code civil). Il existe des endroits où vous pouvez aller toutes les deux, et vous serez soutenue financièrement dans un premier temps. Par la suite, si vous demandez la séparation, le juge fixera le montant que votre mari devra vous verser comme pension alimentaire.
Vous pouvez vous adresser à Solidarité femmes (tél. 022 797 10 10). C'est un centre spécialisé dans les questions de violence de couple. Les professionnelles qui y travaillent vous offriront leur soutien, leur écoute, leurs conseils. Les entretiens sont gratuits et confidentiels. Il existe en outre la possibilité d'être hébergée dans leur maison d'accueil. Si vous n'avez nulle part où aller, n'hésitez pas à prendre contact avec elles, vous serez bien reçue. Nous vous recommandons également de vous adresser à ce service AVANT de porter plainte, afin d'être à l'abri des éventuelles représailles de votre mari lorsqu'il apprendra que vous êtes allée à la police (ce que vous pouvez également faire, c'est demander à la police d'attendre quelques jours avant de convoquer votre mari, le temps que vous soyez partie ailleurs... mais c'est plus sûr de communiquer avec Solidarité femmes avant, pour être sûre qu'il y ait de la place dans leur maison).
Pour ce qui est de votre question concernant votre permis de séjour, la question est délicate. Bien que la loi vous autorise à quitter le domicile conjugal en cas de violence, elle ne vous garantit pas pour autant le renouvellement de votre permis en cas de séparation. Pour cela, il faudrait en principe que le mariage ait duré 3 ans au moins. Il faut également que votre intégration soit réussie : vous parlez et écrivez déjà bien le français, c'est un élément très positif. Continuez vos recherches pour trouver un emploi, et gardez bien toutes les preuves de la violence de votre mari (photos, dépôt de plainte, rapport de police, etc.) car cela vous sera très utile par la suite, lorsque les autorités de migration examineront votre situation afin de décider de vous accorder ou non le permis.
Est-ce que votre petite fille a un passeport suisse ?
Pour avoir des renseignements juridiques plus précis, vous pouvez fixer rendez-vous dans le centre LAVI de votre canton (pour Genève, tél. 022 320 01 02). Les consultations y sont gratuites et confidentielles et, en tant que victime de violence conjugale, vous y avez droit. La loi suisse est aussi là pour vous protéger.
Vous n'êtes pas toute seule, Irina. Adressez-vous à ces deux services et vous y trouverez le soutien qui vous manque aujourd'hui. Nous sommes de tout coeur avec vous et espérons que vous serez bientôt protégée avec votre bébé, entourée, épaulée, et que vos forces vous reviendront pour faire face à l'avenir. Que l'année 2012 vous ouvre de nouvelles portes ! Gardez courage.
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