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Questions et réponses

J'aimerais convaincre mon fils de se faire soigner pour ses débordements de violence

Question
30 Septembre 2011 - old...

mon fils, 22 ans,marié depuis moins d'un an avec une jeune fille eurasienne est hyperpossessif et a déjà utilisé plusieurs fois la violence contre elle, verbalement et physiquement. La police est déjà intervenue 2 fois, Aucun des 2 n'ont porté plainte et je dois dire aussi que l'épouse a mordu jusqu'au sang son mari. Ils ont de gros problèmes financiers depuis le début de leur emménagement. Nous les aidons financièrement. Il a cassé aussi des habits, jeté les clés de la voiture dans le caniveau, cassé les serrures des portes de l'appartement,cassé un instrument traditionnel appartenant à sa femme et ayant une grande valeur sentimentale et financière pour elle. Il a écrit pour demander une séparation, ce qui va faire perdre son permis de séjour à ma belle fille qui pleure en disant que si elle divorce elle sera rejetée si elle rentre au pays par sa famille car c'est un désonheur dans son pays. Je ne sais pas que faire parce que mon fils ne veut pas entendre parler de psychiatre.Or je suis presque certaine qu'il souffre d'une pathologie psychique source des ces agressivités. Malheureusement dans la famille, il y a chaque génération avec un problème soit bipolaire soit borderline et je me demande si il n'en est pas atteint lui aussi. Il a des crises par cycles, entre deux il est gentils et il aime sa femme. Elle aussi l'aime et ne peut se résoudre à partir. Elle aimerait aussi consulter avec lui chez Profa ou ailleurs. Mais il est obtu et ne veut rien savoir mettant toute la faute sur ma belle fille. Moi-même je lui ai dit séchement que cette violence était inconcevable et inacceptable.Sans compter les conséquences financières. Par ailleurs je dois aussi soutenir mon mari en traitement pour un cancer du poumon et entre la paperasse, les soins, les aller retour au CHUV et ma belle fille qui ne connait que moi et son mari, là je commence à saturer et à angoisser. J'ai peur que ça recommence et je suis infiniment triste de pas savoir que faire? Et j'ai déjà perdu il y a 30 ans(j'avais 24 ans) mon propre père dans une situation de violence dans laquelle j'étais aussi victime de violence (il nous menaçait ma soeur et moi avant de se suicider) Alors tous ces événements avec mon fils font remonter beaucoup d'angoisse et là je commence à somatiser moi aussi. J'aimerais tellement le convaincre de se soigner. Il a eu des épisodes de violence verbale avec chacune des filles avec qui il est sorti avant sa femme. Mais là, les problèmes s'accumulent, en plus il finit sa formation dans 6 mois. C'est sa deuxième formation. J'aimerais qu'il l'a finisse. La première formation à cause d'un épisode de violence cette fois contre lui (tentative de suicide à cause d'un burn out sur sa place de travail) il ne l'a pas finie. Donc j'aimerais aussi qu'il arrive au terme de qqchose professionnellement. C'est sa femme qui travaille mais qui gagne pas assez pour tout payer. Le social a refusé l'aide car elle n'a pas travailler suffisemment longtemps en suisse, et parce que mon fils a moins de 25 ans et aux études, nous sommes responsables de payer son loyer, ses assurances.Mais cette année, mon mari indépendant a perdu 60% des ses revenus à cause de la maladie. Ma belle fille a juste obtenu des cours de français et le subside maladie. Ils se sont connus sur la place de travail, elle étudiante à l'école hôtellière et lui apprenti sommelier. Maintenant elle travaille plus sur le même lieu de travail. Qu'est ce que je peux dire pour qu'il se sente pas agressé par apport à une maladie à soigner. Je lui ai tiré les feuilles de ce site. Mais il a dit qu'il était choqué que je croie que c'était de sa faute qu'il tapait! Je lui ait répondu que pour moi il n'y avait au monde aucune raison valable pour cela! Il a répondu tu sais pas ce que je vis et ce que je ressens. Ils ne s'écoutent pas, ils restent sur leur position et sont jaloux tous les deux, mon fils plus qu'elle. Compte tenu de ce que moi j'ai vécu jeune adulte, j'ai fait 10 ans de thérapie pour sortir du drame vécu. J'aimerais convaincre mon fils de se faire soigner. Je trouve domage aussi que ce soit probablement une maladie qui les séparent et que si il se soignait cela pourrait peutêtre déjà limiter les crises agressives.Merci de vos conseils.

Réponse
12-10-2011

Bonjour Hoya,

En nous excusant pour notre retard à vous répondre, nous allons tenter de vous apporter quelques éléments vous permettant de continuer à gérer au mieux cette situation difficile.

Nous souhaitons tout d'abord souligner votre courage, votre détermination et votre fermeté dans vos interventions auprès de votre fils. Vous semblez très claire avec lui sur l'inacceptable des actes de violence et nous approuvons tout à fait un discours clair qui condamne les actes de violence, quelles que soient les raisons invoquées, sans toutefois condamner la personne qui commet de tels actes.

Vous-même comprenez bien les enjeux et les conséquences de la violence et vous êtes sans doute bien placée pour comprendre la situation, par votre vécu personnel. Vous avez déjà tenté souvent de convaincre votre fils de la nécessité de se faire aider, en vain pour l'instant. Mais vous ne baissez pas les bras et vous souhaitez des conseils à ce sujet, notamment pour qu'il ne se sente pas agressé par vos interventions. C'est là toute la difficulté en effet. Votre soutien est précieux et votre fils ainsi que votre belle-fille ont de la chance de pouvoir compter sur vous dans cette situation particulièrement délicate. Voici donc quelques pistes que nous vous proposons, dans la continuité de ce que vous avez déjà entrepris.

Peut-être pourriez-vous essayer de demander à votre fils ce qu'il vit et ressent dans ses moments de colère et de violence, puisqu'il vous a répondu que vous ne le saviez pas. En entrant par la porte de sa souffrance et de ses propres ressentis, en essayant de comprendre et reconnaître la souffrance à l'origine de sa violence, vous vous placeriez en tant qu'alliée non pas de ses actes que vous ne cautionnez pas, mais de son être qui est en difficulté. Il vous a dit "qu'il était choqué que vous croyiez que c'était de sa faute qu'il tapait!". Cela montre qu'il s'est senti couplable plutôt que responsable et qu'il se défend d'une culpabilité vécue et ressentie comme injuste. Il est bien sûr responsable de ses actes, et sur ce point il est nécessaire de rester claire, mais il n'est pas coupable de sa souffrance et vous pouvez peut-être l'aider à mettre des mots sur celle-ci ou en tout cas l'encourager à le faire avec un-e spécialiste ou un-e thérapeute.

Vous pourriez peut-être envisager avec lui sa souffrance comme un "héritage" venu de son passé familial, dont il n'est pas responsable ni coupable, mais avec lequel il doit composer dans sa vie d'adulte. Vous pourriez tenter de nommer avec lui son mal-être, des angoisses éventuelles, ce qui se passe en lui quand il va mal, s'énerve. etc. La jalousie trahit souvent un manque de confiance en soi, et donc en l'autre, une peur de la perdre, une dépandance affective. Si vous l'entendez sur ce qui lui fait peur et qui le fait réagir par la violence, il pourra peut-être davantage reconnaître qu'il est en difficulté. La souffrance est sans doute un thème à aborder moins difficile qu'une "maladie",. Vous parlez de personnes avec des troubles bipolaire ou borderline dans votre famille et il a peut-être très peur d'être catalogué de "fou". Etre atteint d'une "pathologie" est quelque chose qui angoisse et qui est terriblement difficile à accepter, alors que parler de sa souffrance est souvent beaucoup plus abordable.

Nous comprenons bien que vous souhaitez l'amener à consulter un spécialiste qui pourrait l'aider à gérer autrement ses accès de colère, ses peurs et ses angoisses, qui sont des manifestations d'un mal-être plus profond. Il peut être utile de tenter une approche qui allie l'empathie avec la confrontation, celle-ci semblant avoir pour  seul effet de le braquer davantage. Ce qui est d'ailleurs souvent le cas. Manifester de l'empathie pour ce qu'il vit et ressent peut l'aider à se sentir mieux compris et moins coupable, ce qui peut peut-être contribuer à diminuer ses défenses et le déni dans lequel il se trouve actuellement. La confrontation avec l'inacceptable des actes de violence restant nécessaire, en parallèle, s'il commet de nouvelles violences.

Comme votre fils est encore dépendant financièrement de vous car il a moins de 25 ans et qu'il fait des études, il peut être difficile pour lui de se confier à vous car vous avez encore un rôle éducatif avec lui. S'il refusait d'entrer en matière sur ses souffrances avec vous, malgré tout votre doigté dans cette situation, vous pourriez voir si une autre personne de son entourage serait mieux à même de lui parler et de l'aider à envisager un soutien comme bénéfique et non culpabilisant. Un oncle, un ami, un parrain, etc, sont parfois dans une meilleure position pour entreprendre de telles démarches. Mais je pense que cela vaut la peine d'essayer car votre propre vécu peut être une ressource importante pour aborder ses problèmes. Si c'était par contre trop difficile en raison de tout ce qui ressurgit pour vous, n'hésitez pas à déléguer ce rôle de soutien dès le départ. Vous avez déjà fait beaucoup et vous n'êtes pas la seule à pouvoir faire quelque chose. Si personne dans son entourage pouvait lui parler, vous pourriez l'encourager à nouveau à consulter un-e spécialiste. Et s'il refuse toute aide, sachez que l'impuissance est parfois une réalité cruelle à vivre pour une maman mais que vous ne pouvez le forcer à quoi que ce soit. Faites le maximum à votre portée et ensuite, ne vous culpabilisez pas s'il ne veut pas de soins. Ses choix lui appartiennent, même s'ils conduisent à davantage de difficultés.

Si c'était le cas, il serait alors très utile de voir avec votre belle-fille comment elle pourrait se protéger mieux, ne pas attendre les débordements de violence pour réagir et mettre des limites, l'aider à comprendre le cercle vicieux de la violence et l'encourager à se faire aider. Elle a sans doute déjà aussi tenté de demander à votre fils de se faire traiter, et elle est tout autant impuissante à le contraindre. Seule la justice peut contraindre une personne à suivre des soins, dans le cadre d'une procédure pénale par exemple. Il faudrait pour cele que votre belle-fille porte plainte, ou que vous-même vous signaliez les actes de violence à la justice (qui sont poursuivis d'office depuis 2004 dans le cadre du couple). C'est bien sûr une procédure plus lourde à envisager, que vous pourriez garder en réserve si le dialogue ne donne rien.

Les problématiques de violence peuvent bien sûr être abordées par les psychiatres, psychologues et psychothérapeutes, mais aussi et peut-être surtout par des spécialistes en matière de violence. Dans le canton de Vaud, c'est le service VIFA qui reçoit et traite les auteurs de violence, par une prise en charge individuelle ou de groupe et vous pourriez proposer à votre fils de se renseigner à leur sujet. Cela peut être vécu comme moins stigmatisant que consulter un psychiatre. Pour votre belle-fille, c'est le Centre d'accueil Malley-Prairie qui est le service vaudois d'aide et de soutien aux femmes victimes de violence. Elle pourrait y obtenir l'aide et les conseils appropriés pour gérer au mieux cette situation.

En dernier lieu, vous pourriez également revoir la situation avec l'ade sociale, sachant que les revenus de votre mari ont considérablement diminué à cause de sa maladie. Même si vous êtes tenu par la loi d'aider financièrement votre fils parce qu'il fait des études, la situation financière globale de la famille doit être revue en fonction des éléments nouveaux, ce qui permettra peut-être une augmentation de l'aide financière pour votre fils et sa femme.

En espérant avoir répondu à votre demande, nous restons bien sûr à votre disposition pour de nouveaux échanges et nous vous souhaitions beaucoup de courage pour la suite.

 

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