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Questions et réponses

Est-ce qu'une personne clandestine peut dénoncer une situation de violence ?

Question
12 Août 2011 - old...

Bonjour! Récemment, des bruits violents (hurlements, coups très forts dans le mobilier - en espérant que ce n'était que le mobilier -, tremblement du plafond) sont parvenus de chez ma voisine. C'était la première fois que cela se produisait. Elle vit seule, mais les hurlements ressemblaient plutôt à une voix masculine. Elle, je ne l'entendais pas. J'ai imaginé qu'elle devait s'être enfermée à double tour dans une pièce en attendant que l'orage passe. Le cas échéant, c'est ce qui a dû se produire, car le calme est revenu... De mon côté, cette situation était de l'ordre de l'insupportable. J'avais peur pour ma voisine - peur qu'elle soit en train de se faire tabasser - et je me sentais également révolté qu'un tel acharnement puisse avoir lieu. Plus ou moins tétanisé, je ne savais pas que faire. D'un côté, ce n'était pas vraiment mes affaires (tout le monde a le droit d'être en colère - quitte à casser quelques assiettes, mais cela semblait être plus que ça - et allez savoir, peut-être cela faisait-il partie de leurs jeux sexuels, imaginons...). D'un autre, cela pouvait mal tourner (je ne voulais pas qu'un meurtre ait lieu). L'idée d'intervenir soit moi-même (en demandant du silence, par exemple, histoire de ne pas jouer les sauveurs - il paraît que ça peut avoir des effets très pervers!), soit en appelant la police m'est évidemment venue. Seulement, j'avais peur pour moi aussi (une personne violente avec ma voisine pouvait l'être à mon égard, après tout). Je craignais du reste que cela ne fasse que redoubler la haine de ce que j'imaginais être son copain et que cela finisse alors par retomber sur elle. Mais surtout - et c'est là où je veux en venir -, en cas d'intervention policière, j'aurais été mal pris moi-même... Je vis dans une colocation qui n'est pas très légale. Le bail est une espèce de magouille entre le propriétaire de la maison et un de mes colocataires qui pourrait sauf erreur voir son statut de séjour remis en cause si la police apprenait qu'il vivait à cet endroit. Par conséquent, je ne suis pas déclaré non plus (mais ça, c'est tout à fait mineur puisque j'ai la nationalité suisse, donc aucun risque de perdre mon statut de séjour). J'avais peur qu'en contactant la police, la situation de mon colocataire soit révélée. J'en viens à ma question... La loi dit que toute personne peut dénoncer une situation de violence. C'est même un devoir citoyen, quelque part... Est-ce que dans les faits TOUTE personne peut vraiment le faire? Est-ce qu'une personne clandestine, si l'on pousse la réflexion, pourrait le faire aussi? Pour être plus précis, est-ce que j'aurais risqué d'attirer des embrouilles à mon colocataire si j'avais fait appel à la police? Ou bien celle-ci, lorsqu'il s'agit d'urgence et de violence, ne regarde-t-elle que la situation pour laquelle on la sollicite? Existe-t-il parmi les agent-e-s de sécurité une déontologie à ce propos? Pour revenir à ma voisine, heureusement l'épisode ne s'est pas renouvelé - et elle est toujours en vie, ouf! Mais c'est vrai que je reste insatisfait de ce qui s'est passé et c'est pourquoi j'ai l'intention de lui parler. Je me rends compte que c'est un peu délicat, car elle ne m'a rien demandé. Mais cela me rassurerait beaucoup de vérifier en premier lieu ce qu'il s'est passé (si elle veut bien me le dire), et ensuite de lui demander si une telle situation est susceptible de se reproduire. Pour le moment, cela me paraît tout ce que je peux faire de raisonnable. Voilà! Merci de votre travail, il est précieux! Je me réjouis de vous lire (bien que je craigne connaître la réponse à mon interrogation).

Réponse
23-08-2011

 Bonjour Wouala,

Nous comprenons votre sentiment de malaise et vos peurs (peur pour cette femme et peur pour vous également). Etre témoin d'une scène de violence peut effectivement être "insupportable", on se sent impuissant et effrayé. Comme vous le dites très bien, cette violence-là n'a plus rien à voir avec une dispute "normale" dans un couple. C'est la destruction à l'oeuvre. Vous avez raison de vous inquiéter pour votre voisine. En Suisse, une femme est tuée toutes les deux semaines environ par son partenaire.

Votre idée d'aller sonner à la porte pour demander le silence n'est pas à exclure d'emblée, cela peut faire de l'effet sur le moment. Mais le risque existe bien que cette intervention ne se retourne contre la victime. Mieux vaut appeler la police (d'ailleurs l'un n'empêche pas l'autre) ce qui a un effet dissuasif sur l'agresseur, lui signale que la société met une limite à son comportement et a en outre l'avantage que les faits seront consignés. La violence conjugale est interdite.

Votre peur d'éventuelles représailles à votre encontre est légitime, mais la violence et le besoin de contrôle de votre voisin sont dirigés au premier chef sur sa femme et il est fort peu probable qu'il s'en prenne à vous. Donc si ce genre de scène devait se reproduire, n'hésitez pas à appeler la police.

Quant à vos craintes concernant la situation irrégulière de votre colocataire, nous pouvons vous dire qu'en cas d'appel de votre part, la police se contentera de prendre votre nom et éventuellement votre numéro de téléphone. Elle n'a aucune raison de s'intéresser ni à votre bail, ni à vos activités, ni aux personnes qui partagent l'appartement avec vous. Si vous avez tout de même des réticences, vous pouvez l'alerter de façon anonyme.

Votre question concernant le signalement de violences par une personne clandestine est intéressante. En effet, tout un chacun peut dénoncer un délit, mais si on est soi-même hors la loi, on s'expose (nous pensons par exemple aux femmes étrangères en situation illégale et victimes de prostitution forcée qui encourent l'expulsion, après le procès, si elles ont dénoncé leur souteneur).

Pour en revenir à votre voisine et à votre intention de lui parler : oui, faites-le ! Mais attention, ne brusquez pas les choses et surtout ne lui adressez jamais la parole si elle n'est pas seule. Prenez le temps de créer un lien, et abordez le sujet quand vous sentirez le moment venu. Vous pouvez lui dire que vous vous faites du souci pour elle et que vous êtes prêt à l'aider et à la soutenir. Vous pourriez également lui parler de notre site, lui communiquer les informations qu'il contient sur ce que dit la loi, sur ses droits, etc. et lui donner l'adresse de MalleyPrairie où elle obtiendra des consultations gratuites et un soutien spécialisé si elle le souhaite.

Merci de vous inquiéter de son sort. C'est heureux qu'elle ait un voisin comme vous ! Nous vous souhaitons bonne chance à tous deux.

 

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