Bonjour, Une jeune femme de 24-25 ans, suivant une école d’infirmière, a emménagé en-dessous de chez moi, il y a seulement deux mois (le 15 janvier). J'habite dans une ferme transformée où tout s'entend. Depuis son aménagement, j’ai été réveillée en sursaut, tard dans la nuit, à de nombreuses reprises. J’entends alors son ami, crier, hurler, taper et claquer les portes, donner des coups de poing ou de pied dans les portes. Elle pleure, crie, lui demande d'arrêter, le supplie de rester ... Ces cris me font peur … Il y a 15 jours, en tout début de matinée, les éclats de voix étaient si violents, que j’ai ouvert ma porte palière et demandé un peu de respect pour les autres locataires. Tout s’est arrêté sur le moment … J'en ai parlé avec la propriétaire, qui a pris contact avec la locataire, lui demandant ce qui se passait, celle-ci a promis que cela ne se reproduirait plus … Ce matin, de bonne heure, à nouveau des cris et des pleurs, des portes fermées violemment... en partant pour mon travail, l'ami de la locataire, sort de la chambre, me salue comme si rien n’était en train de se passer … Ma colère était telle que je lui ai signalé son manque de respect, que j’étais contre ma volonté, témoin de scènes de violence et que ma limite était atteinte. Le temps d'avertir ma propriétaire, le couple se trouve dans la rue, elle, pieds nus, lui, gesticulant, l’insultant, la traitant de folle, tout cela devant des enfants partants pour l’école … , mais en rentrant, derrière son ami, la locataire s’est adressée à la propriétaire et à moi-même (on se trouvaient sur le pas de porte), en s’excusant d’une toute petite voix et en nous disant, qu’il l’a frappait et qu’elle allait en parler à ses parents, puis elle l’a suivi dans la maison … Je me sens mal, je ne lui ai rien proposé, je me suis sentie dépassée par son désarroi, je ne supporte pas l’idée de cette violence … Ma décision est d’appeler la police à toute nouvelle manifestation de violence, mais en tant que mère, dois-je appeler ses parents ?, les informer de la situation ? J’ai croisé ses parents lors de son installation. Que dois-je faire ? Merci de vos conseils qui me seront précieux, je ne veux pas agir de façon inappropriée, mais je ne veux en aucun cas, continuer à cautionner cette violence. Mon texte n’est peut-être pas très clair, mais j’écris sous l’emprise de l’émotion …
Bonjour,
Vous avez peut-être écrit votre message "sous l'emprise de l'émotion", mais il est très clair ! Et vous nous donnez quantité d'éléments utiles. Nous comprenons que vous vous sentiez mal et que vous ne supportiez plus la situation. Entendre les cris fait peur, être témoin de violence sans savoir comment intervenir est très déstabilisant, on peut effectivement se sentir "dépassé" comme vous dites.
Mais vous avez très bien réagi, d'abord en manifestant votre désaccord en tant que voisine - c'est votre droit le plus élémentaire et les nuisances sonores vous concernent directement, c'est un problème à régler entre vous et lui.
Ensuite, vous refusez de cautionner cette violence, bravo. Enfin, craignant d'agir de façon inappropriée, vous nous avez écrit. Il est en effet délicat d'intervenir, et pourtant on se sent appelé à le faire. Voici quelques éléments d'information :
Tout d'abord, résistez à la tentation de faire la leçon à votre voisin si vous le rencontrez (là, nous parlons de sa violence envers sa compagne et non pas du fait qu'il vous dérange vous). Cela risquerait de se retourner contre elle. Ensuite, oui, appelez la police ! Et même plusieurs fois si la violence se répète. La violence physique est un délit et, s'il y a un constat de la police, elle est poursuivie d'office. Cela signifie qu'il y aura une plainte pénale. C'est important pour la défense des victimes.
Quant à votre suggestion d'appeler les parents de la jeune femme, nous vous répondons que non, il vaut mieux ne pas vous en charger. Après tout elle est majeure et c'est à elle de le faire (comme elle vous l'a laissé entendre d'ailleurs). Si elle ne le fait pas, c'est qu'elle a ses raisons.
Un élément positif, c'est qu'elle ait admis en votre présence qu'il l'a frappait. Voilà qui va vous faciliter les choses et vous permettre d'entrer en matière (très souvent, les victimes prétendent que tout va bien et qu'elles n'ont besoin de rien). Vous pouvez essayer de nouer le contact avec elle si vous la croisez SEULE dans l'escalier ou dans la rue, lui dire que vous vous faites du souci pour elle. Vous pouvez lui donner des informations (notre site en offre quantité), des adresses (dont le centre LAVI pour les victimes d'infractions ou encore le centre MalleyPrairie spécialisé en matière de violence conjugale), lui rappeler qu'elle a des droits, et surtout lui laisser entendre que vous êtes de son côté, que vous êtes prête à l'aider, à la soutenir, que si elle a besoin de quelque chose vous serez là pour elle. C'est très important qu'elle ne se sente pas seule. Si vous le pouvez, encouragez-la à consulter les professionnel-les ci-dessus qui ont l'habitude de ce genre de problème et sauront l'épauler.
Gardez présent à l'esprit le fait que les victimes de violence vivent dans la honte et dans la peur. Elles craignent d'être jugées car elles se croient coupables, leurs agresseurs les rendant toujours responsables de ce qui arrive.
Enfin, et c'est important, respectez ses décisions (ou son absence de décisions...). C'est sa vie. Vous pouvez lui tendre la perche mais c'est à elle de la saisir, et il vous faudra peut-être être patiente, ne pas la bousculer même s'il vous arrive d'être en ébullition devant tant d'injustice et de douleur. Un jour elle s'en sortira, peut-être grâce à vous. Restez à ses côtés.
Nous espérons avoir quelque peu éclairé votre lanterne. Avant de clore, nous aimerions vous remercier en son nom. Elle a de la chance d'avoir emménagé dans votre ferme ce 15 janvier dernier. Bonne chance à toutes deux !
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