Voilà. J'ai honte. Honte, car j'aime mon conjoint. Honte de venir sur ce site pour pouvoir parler de mes problèmes conjugaux avec mon conjoint. Je l'aime mais je n'en peux plus de ses comportements que je qualifierai d'étranges. Et je ne cesse de culpabiliser en me sentant responsable de ses colères, de ses gestes brutaux, de ses remontrances. je ne sais plus trop où j'en suis. Je l'ai aimé si fort, je l'aime encore très fort. Mais, dès que quelque chose ne lui plait pas, ou que je ne fais pas comme il veut, ou que je dis tout simplement "non", de très gentil, il peut devenir très méchant, en brisant des objets, en me poussant, en me secouant, en me serrant les poignées, en me paralysant, ou en m'empêchant de pouvoir sortir. C'est étrange, je vous raconte tout ça. Il s'est passé tant de choses. Et toutes ces choses, j'essaie de les oublier grâce à mon activité professionnelle, mes occupations. Mais je souffre. Et une petite voix me dit que je ne suis pas le bon chemin, en continuant avec lui. Je suis d'une nature très sensible et très douce. Ces derniers temps, je reste très choquée émotionnellement des comportements de mon conjoint: j'ai même tendance à me replier sur moi même. J'ai honte d'en parler. Je me sens coupable de cette situation. Et je ne sais plus si je minimise ou pas. Et j'aime tant mon conjoint. Le problème, c'est que j'ai découvert un autre aspect de sa personnalité qui me déplait, qui me rebute et qui me fait peur. Ma question est: est-il violent? jusqu'à quelles limites dois-je accepter? Il m'a déjà donné un coup de pied. Il m'a déjà menacé avec des objets, avec ses mains aussi, m'a déjà fait tomber par terre et secoué. Quand il est or de lui, il ne se contrôle plus et me fait peur. Dans ces moments là, je préfére rester docile, pour ne pas qu'il s'en prenne à moi. Il me dit que c'est de ma faute, et pourtant, il ne s'agit que d'épisodes, car il ya également beaucoup d'amour et d'attachement entre nous. Parfois si j'ai le malheur de dire quelquechose ou de faire ce qui ne lui plâit pas, en voiture, il me fait peur et se met à freiner brutalement. Et pourtant, il dit m'aimer, qu'il se suiciderait si je lui dis que je vais le quitter. Je ne sais plus. Une fois alors qu'il me demandait pardon, il précisa qu'il avait peur de recommencer. qu'en pensez-vous???
Bonjour Sylvia,
Vous nous avez confié votre situation et nous ne pouvons que vous féliciter de votre démarche. Au vu de ce que vous vivez au sein de votre couple et de l'état dans lequel vous vous trouvez, vous avez bien fait d'avoir osé venir sur notre site et de vous être confiée. Beaucoup de sentiments se mélangent en vous, la honte, la culpabilité mais aussi l'amour que vous ressentez encore pour votre mari. Tout cela vous plonge dans l'ambiguïté de façon assez forte et vous vous sentez perdue face à ce que vous vivez.
La première chose que nous tenons à vous dire c'est que ce que vous vivez est bien de la violence conjugale même si, comme vous le dites, il ne s'agit que d'épisodes. En effet, la violence conjugale fonctionne comme un cycle qui est fait d'épisodes de violence ainsi que d'épisodes d'accalmie, deux épisodes qui se succèdent sans s'arrêter. A ces différents moments, les actes et les sentiments diffèrent beaucoup. Lorsque la tension monte, la violence apparaît en escalade, elle se manifeste de façon verbale et psychologique par des insultes, des menaces ou encore des dénigrements, elle devient parfois physique ou parfois même sexuelle. La victime est dans un état de peur, elle est à la merci de son agresseur. Après cette explosion de violence, le cycle entre dans une phase d'accalmie, souvent appelée la "phase de lune de miel" durant laquelle la tension redescend, l'auteur de violence tente de se racheter, il peut par exemple demander des excuses, faire des promesses de changement en disant que ça ne recommencera plus, parfois faire des cadeaux ou encore faire du chantage au suicide. Dans cette phase là, la victime a tendance à se culpabiliser de la violence de son conjoint, elle pense qu'elle en est responsable, elle pense qu'elle a fait quelque chose de faux qui a provoqué la violence de son conjoint et que, par conséquent, elle mérite ce qui s'est passé. Dans cette phase, la victime "retombe amoureuse" de son agresseur qui se montre, comme nous vous l'avons expliqué, sous son meilleur jour, la victime qui se sent coupable croit les promesses de changement de son conjoint et accepte de lui redonner sa chance. De plus, il est extrêmement douloureux d'admettre que l'homme que l'on aime et qui dit nous aimer si fort puisse être capable de violence... Malheureusement, le cycle se répète et la violence revient.
Rien de ce que vous puissiez dire qui le contrarie ne peut justifier ou donner un quelconque droit à votre mari de vous traiter de la sorte, de vous intimider, de vous faire peur en voiture ou en brisant des objets, de vous secouer, de vous pousser, de vous retenir à la maison, de vous saisir fortement ou encore de vous frapper. Il est le seul responsable de sa violence, il est important pour nous de vous le dire. La violence conjugale est un délit qui se poursuit d'office, pour votre sécurité vous avez le droit de faire appel à la police ou de quitter votre domicile.
Pour votre part, Sylvia, vous êtes responsable de votre propre sécurité et vous ressentez beaucoup de peur en ce moment, vous avez une petite voix en vous qui vous dit que vous n'êtes pas sur le bon chemin... Vous êtes en train de réaliser que ce que vous vivez n'est pas normal et que vous devez vous en protéger. L'amour que vous ressentez encore pour votre mari vous retient à ses côtés mais il y a aussi votre honte et votre culpabilité qui vous retiennent. La violence a plusieurs effets sur la personne qui la subit parmi lesquels l'isolement. En effet, vous le ressentez déjà, vous remarquez que vous vous repliez sur vous-même... Il est très difficile d'admettre que ce que l'on vit est bien de la violence conjugale comme il est très difficile de surmonter la honte ressentie mais il est très important de ne pas rester seule. Nous espérons que votre démarche sur notre site vous mènera à poursuivre votre quête d'aide.
Prenez le temps qui vous sera nécessaire pour trouver la solution qui sera la meilleure pour vous mais nous vous encourageons à être accompagnée dans votre réflexion. Plusieurs solutions existent et plusieurs personnes peuvent vous aider. Peut-être avez-vous autour de vous un-e ami-e ou un membre de la famille à qui vous confier? Dans tous les cas, nous vous invitons à prendre contact avec des spécialistes. Il existe des services spécialisés qui pourront vous recevoir gratuitement et en toute confidentialité, comme le centre LAVI ou Solidarité Femmes. Nous vous encourageons à les contacter pour obtenir des conseils, des informations sur vos droits ainsi qu'un soutien psychologique si vous le souhaitez. Nous comprenons qu'il soit difficile de pousser ce genre de porte et de parler de la violence que l'on subit mais nous sommes certain-es que l'aide proposée pourra vous être utile.
Nous restons disponibles si vous souhaitez nous écrire à nouveau et espérons que notre réponse vous aidera.
Bien à vous.
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