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Questions et réponses

JE VEUX que tout ça s'arrête.

Question
08 Décembre 2015 - lib...

Je crois que le plus dur, pour moi, c'est d'accepter d'être en échec, d'accepter que mon couple est un échec total... Et le pire, c'est que personne ne le sait, parce que je sais le cacher, alors je me dis que si je décide de demander le divorce, personne ne comprendra pourquoi et je passerai pour la méchante... La blanche qui en a marre de son "nègre" comme il s'appelle lui-même. J'étais en plein chagrin d'amour quand je l'ai rencontré et j'avais décidé de partir pour "faire de l'humanitaire", mais j'ai rencontré ici un homme venu d'Afrique qui m'a confié sa détresse (celle de n'avoir pas connu son père et qu'aucune femme n'avait jamais voulu lui donner un enfant) alors mon coeur rempli de compassion a parlé et 2 semaines après notre rencontre, je tombais enceinte de notre premier fils... Il ne s'est jamais intéressé à moi (pas une question sur ma vie, ma famille, mes goûts, mes rêves...), mais je me disais qu'avec le temps, il me verrait. Quand je l'ai présenté à mes parents (qui l'ont parfaitement accepté), ils lui ont demandé "qu'est-ce qui vous a attiré chez notre fille ?", sa réponse a été "elle ne fume pas, ne boit pas, ne sort pas", ma maman a insisté "Et après vous avez vu ses qualités ?" et il n'a même pas répondu, il a changé de sujet... Et depuis, je dois tout faire pour lui complaire, pour faire que ses rêves deviennent réalité, mais je n'ai jamais reçu que des critiques et du mépris. Je ne ramène pas assez d'argent à la maison et quand j'augmente mon temps de travail, nos dettes augmentent. Il refuse que je mêle de la gestion de nos finances, disant que la seule raison à nos problèmes, c'est que je ne gagne pas assez. Ce que je lui fais à manger n'est pas même digne d'être appelé nourriture, je suis une mauvaise mère (je n'aime pas nos 3 enfants parce que je ne gagne pas assez d'argent), je ne suis même pas une femme (contrairement à toutes celles qu'il croise et qui lui font des avances... Histoire de me montrer qu'il est un vrai homme, lui, mais que parce qu'il est honnête, il n'a jamais succombé à la tentation). Il décide toujours du moment de nos rapports sexuels et ne cherche que sa propre satisfaction... Il a souvent cassé des objets dans la cuisine quand il se sent frustré par mon attitude et il a refermé par deux fois ses mains autour de mon cou, y laissant des traces. Il ne s'en est jamais excusé, sifflotant même après. Il ne cherche même pas à me montrer qu'il regrette, au contraire, il me dit qu'il était dans son bon droit, que je l'ai poussé à cette limite. A l'extérieur, il se fend de bisous et de mots gentils, mais dès qu'on a poussé la porte de notre appartement, je n'existe plus. J'ai appris ses promotions professionnelles soit parce qu'il en parlait au téléphone avec ses copains (en moyenne 4 heures par jour sans compter les messages) ou parce qu'il l'annonçait à mes parents... Bref, le résultat, c'est que je me suis isolée socialement, que j'évite mes collègues de travail pour ne pas avoir à leur parler (dans l'enseignement, c'est plus facile, parce qu'on peut n'avoir à faire qu'à notre classe), je ne vois plus mes amies, je mens à ma maman sur la réalité de mon couple pour ne pas lui faire de la peine... Je me suis rapprochée de l'Eglise ces derniers temps (autre moyen pour lui de se moquer de moi) et j'ai réalisé à quel point je ne vivais plus : je survis, tentant de noyer ma peine dans la nourriture. Je n'en peux plus, j'ai besoin de parler, mais je n'ose pas faire le pas... Mais 13 ans, c'est beaucoup trop, je veux vivre... JE VEUX que tout ça s'arrête. Quelle est la meilleure option selon vous ?

Réponse
17-12-2015

Bonjour Liberame,

Avant toute chose, nos excuses pour avoir quelque peu tardé à vous répondre. Il nous arrive de ne pas pouvoir tenir les délais promis...

Vous voilà au point où vous "n'en pouvez plus", où vous éprouvez un grand besoin de parler de ce qui vous arrive, sans pour autant vous en sentir encore le courage, tant vous dites avoir de la peine à admettre la réalité. Une réalité qui n'est pas, comme vous l'écrivez, "l'échec de votre couple", mais bien plutôt que vous vous trouvez victime de violence conjugale et que vous êtes arrivée à la limite de ce que vous pouviez endurer. Chaque personne est différente et chacune trouve la voie de sortie d'une telle situation à sa manière, à son heure.

Vous avez bien fait de nous écrire. C'est un premier pas important vers la possibilité de mettre des mots sur sa propre souffrance et vers la quête d'un soutien extérieur. Bravo de l'avoir franchi.

Car il s'agit bien ici, à première vue, de violence conjugale. Vous en trouverez la description sur notre site. Vous êtes confrontée nous semble-t-il à plusieurs formes de violences, à la fois physique (les traces sur votre cou), psychologique (les critiques permanentes et le mépris, ainsi que le bris d'objets), sociale (isolement progressif), économique et même sexuelle (mépris de vos propres besoins sur ce plan). Rien d'étonnant à ce que vous vous sentiez mal, à ce que vous "ne viviez plus".

Il est parfois difficile d'admettre que ce que l'on vit est en fait de la violence et vous n'êtes pas la seule à avoir de la peine à en parler à votre famille. Et pourtant, ce serait une bonne chose à faire, pour commencer. S'enfermer dans la solitude avec un partenaire qui vous affirme que "c'est vous qui l'avez poussé" et "qu'il est dans son bon droit" lorsqu'il franchit les limites de l'acceptable, lorsqu'il est le seul responsable de ses actes, c'est assumer une responsabilité qui n'est pas la vôtre. Tous les conjoints violents rejettent la faute sur leur victime au lieu de se remettre en question eux-mêmes.

Avez-vous effectué le petit test proposé par notre site ? Si ce n'est pas le cas, faites-le. Car bien que dans toute situation de violence, des aspects culturels entrent en jeu, il ne faut pas tout mélanger et la violence reste de la violence.

Vous nous demandez quelle est la meilleure option. A nos yeux, il serait bon que vous ne soyez plus toute seule pour faire face, mais que vous ayez un soutien, si possible professionnel. Seriez-vous prête à consulter ? Il existe des services spécialement conçus pour vous venir en aide, comme par exemple Solidarité femmes à Fribourg, où les collaboratrices sont formées aux questions de violence dans le couple et seront à même de vous informer en détail sur vos droits (comme par exemple celui de quitter le domicile conjugal avec vos enfants, art. 175 du CC, ou encore celui de porter plainte) et sur vos options (partir ou rester, divorcer ou vous séparer, thérapie éventuelle, en couple ou individuellement). Nous pensons que cela vous sera très utile de pouvoir discuter de tous ces aspects avec quelqu'un de compétent et d'expérimenté, et nous vous encourageons vivement à prendre contact avec Solidarité femmes. Les consultations y sont gratuites et le secret professionnel garanti. Tél. 026  322 22 02.

L'important, ce sont ces mots qui figurent dans votre message : "Je veux vivre". Ecoutez-les résonner en vous et donnez-leur la place qu'ils méritent. Ne craignez plus de parler de ce qui vous arrive. Cherchez-vous des allié-e-s. Demandez-vous à quoi pourra ressembler votre avenir dans la liberté retrouvée - à la fois pour vous-même et pour vos enfants, qui certainement souffrent eux aussi du climat de tensions qui règne à la maison.

Nous restons à votre disposition si vous avez d'autres questions. En attendant, nous vous souhaitons force et détermination, et espérons que vous serez bientôt épaulée durant la phase de remise en question et de choix qui s'ouvre devant vous. Bonne chance pour votre avenir !

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