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Questions et réponses

Je suis enceinte et j’ai peur pour mon enfant car je deviens violente à chaque fois que mon compagnon rentre alcoolisé.

Question
12 Janvier 2015 - old...

Depuis que je suis enceinte, je ne supporte plus la consommation d'alcool de mon conjoint et j'ai des accès de violence à son égard. Voilà en quelques mots le résumé de la situation: depuis 10 mois, je vis avec le père de mon bébé. Comme il est sans-papiers et qu'il n'a pas de travail pour l'instant, nous vivons à deux (bientôt à trois) sur mon salaire (donc la charge est lourde pour moi). Par ailleurs, tout est très compliqué en raison de sa situation administrative, nous aimerions nous marier afin qu'il puisse rester en Suisse pour pouvoir construire une famille et voir grandir son enfant, mais les procédures pour se marier sont très compliquées, longues, onéreuses et décourageantes. Depuis que je suis enceinte, je ne supporte plus la consommation d'alcool de mon conjoint, qui a certes besoin de sortir mais qui, presque tous les week-ends, rentre alcoolisé (voire complètement bourré) à la maison, ce qui déclenche chez moi des accès de violence épouvantables, à tel point que je ne me reconnais plus (je précise que je n'ai jamais été violente auparavant avec mes conjoints). Lorsqu'il rentre au milieu de la nuit sous l'emprise de l'alcool, nous nous disputons, nous échangeons des mots durs, je lui demande de quitter les lieux ou je le mets dehors (car ayant vécu des années avec un papa alcoolique, je ne supporte plus de revivre cela dans ma maison, j'ai besoin de me protéger et de protéger mon bébé), il refuse de partir, je le pousse pour le faire sortir, quelques fois je le gifle et les reproches fusent de toutes parts. À chaque fois qu'il rentre alcoolisé, c'est la crise. Je ne sais plus que faire pour que cela s'arrête car c'est mauvais pour moi, pour lui et pour notre bébé in utero qui ressent tout et je ne veux pas que mon enfant naisse dans un climat aussi tendu (qui dépend des épisodes de consommation d'alcool de monsieur). Je veux aussi que cela s'arrête car lorsque la colère monte, je ne suis plus moi-même, je ne me reconnais plus! Après une crise, je souffre, je culpabilise et j'ai peur pour l'environnement que nous allons offrir à notre bébé. Mon conjoint souffre également et se sent certainement humilié et impuissant... Comment sortir de cette impasse?

Réponse
14-01-2015

Bonjour Madame,

Tout d’abord nous vous remercions pour votre question et soulignons le courage que vous avez eu en postant votre message. C’est un bon début pour sortir du silence et de l’isolement.

Vous nous dites être enceinte et vivre avec le père de votre futur bébé, qui est une personne sans papiers et qui n’a donc pas de travail pour l’instant. Les procédures administratives pour régulariser sa situation sont longues et compliquées. Vous aimeriez vous marier afin qu’il puisse rester en Suisse et voir grandir son enfant, mais là aussi se sont des démarches onéreuses et décourageantes. Vous êtes donc seule à avoir un salaire et la charge est donc lourde. Cette situation amène votre compagnon à vouloir sortir  pour voir ces amis, cependant, il sort presque tous les week-ends et rentre presque à chaque fois  très alcoolisé. Ce qui déclenche en vous une colère énorme et provoque des accès de violences « épouvantables ». Vous nous dites qu’auparavant, dans vos relations précédentes, vous n’avez jamais fait usage de violence. Ayant vécu avec un papa alcoolique, vous ne supportez pas de revivre cette situation pour vous et votre bébé. Vous vous inquiétez pour vous et pour l’environnement dans lequel vit et va vivre votre enfant. Votre conjoint souffre également et vous imaginez qu’il se sente humilié et impuissant. Vous ne vous reconnaissez plus et vous vous demander comment sortir de cette impasse.

La situation de votre compagnon, sans papier, est effectivement très difficile par la longueur et la lourdeur des démarches administratives à entreprendre. La procédure est également  très coûteuse. Il est normal de se sentir démunie et impuissante face à ce genre de situations qui ne dépendent  pas de vous.

Vous dites que ce qui déclenche la crise, c’est lorsque votre compagnon rentre alcoolisé, car cela vous ramène à des anciennes blessures de votre enfance.  Il vous appartient de les soigner. Si la présence de l’autre les ravive, vous êtes responsable de votre manière d’y réagir. Réagir par la violence n'est jamais une solution. Elle ajoute au contraire une difficulté supplémentaire.

Rien ne justifie jamais la violence. Quelles que soient les circonstances, son usage est interdit. La personne qui recourt à la violence est seule responsable de ses actes.

Par contre, vous avez raison de vous inquiéter pour votre futur enfant, car les enfants vivant dans un contexte de violence conjugale ne sont jamais épargnés. Ils sont troublés face à ces éclats de violence imprévisibles et inexplicables. En grandissant dans une famille où règnent les agressions, les enfants risquent de développer un haut niveau de tolérance à la violence. La situation les amène à croire que la violence est un comportement acceptable, une façon de régler les conflits. Il vous appartient donc de les protéger, ce que vous avez déjà commencé à faire en venant sur ce site.

Un acte violent n'arrive jamais de nulle part. Vous devez apprendre à reconnaître votre colère et la gérer avant qu'elle n'explose en violence. Les alternatives existent. La colère est une émotion qui n’est pas mauvaise en soi. En apprenant à être à l'écoute de vos ressentis, vous pourrez la reconnaître avant qu'elle n'explose en violence. La colère indique généralement qu'un besoin n'est pas satisfait. Il faut trouver des mots pour exprimer votre sentiment et vos besoins à votre partenaire sans pour autant l’accuser. Avez-vous pu en discuter avec lui dans des moments calmes ? Pourriez-vous lui parler de vos craintes par rapport à l’alcool et de ce que vous avez vécu dans l’enfance ? Vous vous préparez à franchir une étape importante dans votre couple avec l’arrivée de votre enfant et il nous semble important que vous puissiez avoir un dialogue sincère avec votre partenaires à ce sujet, pour que vous puissiez ensemble préparer la venue de votre bébé dans les meilleures conditions.

Stopper l'engrenage est possible. Vous n'êtes pas seul face à votre problème. Des services spécialisés peuvent vous aider concrètement à maîtriser la violence. Demander de l'aide requiert du courage, mais c'est un pas nécessaire qui vous amènera un soulagement et des changements appréciables. Dès lors, nous vous encourageons à poursuivre vos démarches en prenant contact avec des professionnel-le-s spécialisé-e-s dans le domaine des violences conjugales. Il existe en outre un groupe de soutien aux proches de personnes souffrant d’alcoolisme (http://www.fva.ch/conseil/proches.htm), qui pourrait vous intéresser.

Nous vous souhaitons beaucoup de courage pour la poursuite de vos démarches et n’hésitez pas à nous écrire à nouveau en cas de besoin.

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