Mon mari est dépressif mais ne l'admet pas. Il est perfectionniste et se plaint constamment de tout et de rien. Il a toujours été exigent avec lui même et avec les autres mais depuis qu'il a perdu son emploi pour la deuxième fois en automne dernier ça s'est empiré. Rien n'est juste, rien n'est bien, rien n'est beau. Il suffit que la moindre petite chose ne fonctionne pas comme il veut il s'énerve et se met à me rabaisser, m'insulter, etc... Il me critique dans tous les aspects. Je ne sens pas bon, je suis laide, je crois connaître la vie mais je me trompe, je n'ai pas d'éducation, je n'ai une bonne culture, etc... Mes parents ne sont pas normaux donc je ne le suis pas non plus. Il m'humilie devant mon fils (2.5 ans) et sa famille. Les gens de sa famille lui ont dit d'arrêter mais il leur dit qu'ils ne me connaissent pas bien et que je le mérite. Cela fait plusieurs mois que je lui propose de consulter un psychiatre ou de faire une thérapie de couple mais il refuse. Il me dit que le problème vient de moi et c'est à moi de me faire soigner. J'ai fini par lui dire que s'il ne consultait pas j'aillais arrêter notre relation, que je ne pouvais plus continuer comme ça. Il a finalement accepté de venir avec moi chez mon psychiatre le rendez-vous est dans deux semaines. Aujourd'hui il m'a menacé de mort si je continuais de montrer le petit à ma mère. Il me frappe pas mais il est violent verbalement. Je me sens bouleversée, désorientée, jusqu'à présent je n'avais pas peur de lui mais là après la menace de mort j'ai commencé à avoir peur. Mes idées sont confuses. D'un côté je voudrais prendre le petit et partir mais de l'autre côté je voudrais patienter jusqu'au rendez-vous pour lui donner la chance de se soigner. Je crains de déstabiliser le petit en partant de la maison. Que dois-je faire ? Que me conseillez-vous?
Bonjour Kelebekler,
Notre réponse s'est fait attendre, veuillez nous en excuser. Nous avons reçu beaucoup de questions ces derniers temps.
Dépression ou pas, le comportement de votre mari que vous nous décrivez (vous critiquer, vous rabaisser, vous insulter, vous humilier devant votre enfant) est assimilable à de la violence psychologique, comme vous le dites très justement. De même, tenter de vous en rendre responsable fait également partie du tableau : en effet, les auteurs de violence rejettent presque systématiquement la faute sur leur victime, qui finit par croire qu'effectivement, elle pourrait mériter pareil traitement.
Nous comprenons qu'à la suite de l'aggravation récente de la situation vous vous sentiez désemparée, "confuse" et "bouleversée". Rien d'étonnant non plus à ce que les menaces de mort que votre mari a proférées contre vous vous aient remplie de crainte. Ces sentiments sont légitimes et nous ne pouvons que vous inciter à les prendre au sérieux. Ecoutez ce que vous dit votre corps, écoutez votre peur. Très souvent, la violence psychologique est un prélude à la violence physique ou à d'autres formes de violence. Il convient donc d'être vigilante.
Vous nous demandez que faire. Jusqu'ici vous avez très bien réagi, bravo ! D'abord en proposant une thérapie de couple, puis en posant votre ultimatum, après avoir reconnu que vous aviez atteint les limites de ce que vous étiez prête à supporter. Vous avez osé regarder en face la réalité, et pris les bonnes décisions. A partir de là, d'autres choix s'offrent à vous : le premier, celui de porter plainte ou non. Car ce ne sont pas seulement les menaces de mort qui constituent un délit, mais toute autre forme de violence psychologique également, dont les insultes par exemple. Vous avez à chaque fois jusqu'à trois mois après les faits pour déposer une plainte pénale. Le deuxième choix à faire, c'est celui de partir ou non de la maison. Nous n'avons pas de conseil à vous donner, c'est vous qui êtes le mieux à même d'évaluer les risques qu'il y a à rester au domicile commun jusqu'à la date de votre rendez-vous chez le psychiatre. Nous aimerions toutefois préciser, par rapport à vos craintes de "déstabiliser" votre petit garçon en partant avec lui, que loin de le perturber, vous allez au contraire agir pour son bien, le protéger et lui épargner de devoir assister à d'autres épisodes de violence verbale de son père à votre égard. C'est un élément à ne pas négliger. Les enfants souffrent en effet bien plus que ce que l'on pense généralement des scènes entre leurs parents.
Avez-vous un endroit où aller si vous prenez la décision de partir ? Si ce n'est pas le cas, vous avez la possibilité d'être hébergée au centre de MalleyPrairie, spécialisé dans l'accueil et le soutien aux femmes confrontées à la violence d'un partenaire (ou ex-partenaire). D'ailleurs, même si vous ne souhaitez pas d'hébergement, vous pouvez demander des consultations en ambulatoire. Les entretiens sont confidentiels, et ils sont gratuits. Nous vous encourageons vivement à prendre contact. Les personnes qui travaillent dans ce centre sont spécialisées dans les questions de violence conjugale, sous toutes ses formes, et ont une longue expérience. Tél. 021 620 76 76.
Nous restons de tout coeur avec vous et vous souhaitons de trouver bientôt une solution pour vous mettre à l'abri, vous et votre petit garçon, jusqu'à ce que la situation s'éclaircisse, quelle qu'en soit l'issue, et que vous puissiez repartir sur de nouvelles bases. Faites confiance en vos propres ressources, vous avez beaucoup d'atouts.
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