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Questions et réponses

Je ne sais pas si je pourrais engager une procédure de divorce.

Question
06 Février 2014 - old...

Madame, Monsieur, J'ai 28 ans et je suis mariée depuis trois ans. Comme vous vous en doutez, la relation idyllique du début s'est peu à peu détériorée, jalousie obsessionnelle de la part de mon conjoint, contrôle, insultes, menaces, objets cassés, une porte défoncée, bras levés, une fois poussée contre le mur, les crises de plus en plus rapprochées. J'ai mis du temps avant de réaliser qu'il s'agissait de violences conjugales (environ deux ans) et dès le moment où je l'ai su (par hasard alors que je faisais des recherches sur internet sur la jalousie maladive), je n'ai pas perdu de temps et me suis enfuie avec mon fils alors âgé d'un an dans un centre spécialisé (cet épisode date d'il y a un an environ). J'y suis restée deux semaines et, bien qu'il m'ait été possible de prolonger ce séjour, je ne me sentais plus en danger et je suis rentrée. Quelques semaines plus tard, mon mari nous a rejoints mon fils et moi et les choses allant mieux, j'ai finalement annulé la procédure de protection de l'union conjugale que j'avais initiée. Je n'ai pas dit à mes parents lorsque je suis partie du domicile, plus pour les protéger que par honte. Mais la seule personne à qui je me suis confiée ce jour-là, une dame qui avait toute ma confiance et chez qui j'avais vécu pendant mes études, a complètement paniqué, s'est rendue chez ma mère et a raconté en larmes que j'avais failli mourir sous les coups de mon mari qui me battait quotidiennement devant mon fils). J'ai dû alors rassurer mes parents et surtout je me suis sentie encore plus seule. Suite à cela, le cycle de la violence n'a pas vraiment repris. En outre, je n'ai pas recommencé à voir les amis hommes que j'avais avant d'être fiancée et, n'ayant plus beaucoup d'amies non plus, je ne sors pas beaucoup. Nos relations sont donc neutres depuis un an. C'est comme si j'étais capable quotidiennement de "rayer" le cycle de la violence pour que celui-ci ne dépasse pas un certain degré et une certaine fréquence "proches de la normale". Ma première question (malgré mes relations "neutres" avec mon mari) est néanmoins la suivante: avez-vous déjà rencontré un homme violent qui ne l'ait plus jamais été avec sa compagne (je ne parle pas des cas où la personne a changé de conjointe)? Et voici ma deuxième question: je me demandais si ma situation "neutre" avec mon mari est courante, car je n'ai jamais rien trouvé sur le sujet (malgré toute la littérature que j'ai pu lire) et je ne sais pas dans quelle mesure je pourrais engager une procédure de divorce? En effet, je sais que je n'aime plus mon mari et que mon état de vigilance pour anticiper ses mensonges, désamorcer ses tentatives de manipulations et l'empêcher de me contrôler m'épuise réellement, mais c'est comme si cette situation plus tolérable m'empêchait de trouver un sens à une nouvelle séparation ainsi qu'un argumentaire à faire valoir dans une demande de séparation (bien que mon fils et moi soyons au bénéfice d'une attestation LAVI).

Réponse
19-02-2014

Bonjour,

Vous posez deux questions que nous comprenons comme étant l’expression d’une forte ambivalence : rester avec votre mari ou le quitter ? Et nous imaginons que cela doit être difficile d’être confrontée à une décision d’une telle importance.

Premièrement, vous nous demandez s’il est possible que la violence dans un couple s’arrête. Nous entendons par là que vous n’êtes pas sûre que la période d’accalmie que vous vivez puisse vraiment durer. Quand on se penche sur le fonctionnement général de la violence dans le couple, vos doutes nous semblent justifiés. En effet, le plus souvent la violence conjugale se manifeste par cycles d’explosion de violence qui alternent avec des périodes plus calmes. Ces dernières peuvent faire penser à un arrêt de la violence, alors que la dans la plupart des cas, un autre cycle de violence va suivre.

Tant que les mécanismes qui amènent à la violence ne sont pas identifiés et modifiés, la violence tend à perdurer, voire à augmenter en intensité et en fréquence au fil du temps.

Dans votre situation, vous décrivez une période actuelle que vous considérez comme étant « neutre », après avoir vécu des cycles de violence psychologique et physique avec votre mari. Or, vous précisez bien que vous investissez une énergie considérable à limiter la portée et l’intensité de la violence dans votre couple. A aucun moment elle ne semble avoir disparu. Il nous semble que la violence a simplement pris une autre forme. Ce qui, dans notre vision des choses, n’a rien à voir avec des « relations neutres ».

Les éléments que vous nous communiquez nous font penser à une situation d’emprise à laquelle vous vous êtes adaptée. Si vous devez mettre une telle énergie à anticiper les déclencheurs de la violence pour éviter qu’elle n’explose chez votre mari, c’est bien le signe qu’elle n’a pas disparu. Si nous avons bien compris, la violence n’a pas diminué parce que votre mari aurait pris conscience de sa responsabilité et qu’il chercherait à changer. Au contraire, la violence est toujours là, mais est peut-être moins visible en raison de votre adaptation à ses exigences de contrôle et de pouvoir.

Par ailleurs, nous trouvons que le prix que vous payez pour maintenir votre mariage est très élevé : vous êtes isolée, en état de vigilance permanent et avec peu de possibilités d’être vous-même. En d’autres mots, nous vous sentons prisonnière de la violence psychologique qui règne dans votre couple et nous constatons que cela vous épuise.

Cela nous amène à votre deuxième question concernant le divorce. En Suisse, le divorce est un droit. Toutes les raisons de divorcer sont valables aux yeux de la loi. Dans votre situation, rien n’empêche donc sur un plan légal que vous démarriez une procédure de divorce. Or, peut-être ne vous sentez-vous pas le droit de divorcer, même si la loi ne vous pose aucune restriction ? Si c’est le cas, qu’est-ce qui vous retient auprès d’un mari que vous n’aimez plus ? Pourriez-vous craindre certaines conséquences d’une séparation ?

Quelle que soit la décision que vous prendrez, nous vous encourageons à prendre davantage soin de vous et à essayer de sortir de votre isolement, sans quoi votre situation de couple pourrait avoir un impact négatif non négligeable sur votre état psychique. Dans ce sens, nous vous invitons à réfléchir à la possibilité de consulter un-e professionnel-le de la relation d’aide (psychiatre, psychologue, médecin) comme une première étape pour sortir de votre isolement et pour recevoir de l’aide vous permettant de faire face à votre épuisement psychique. Qu’en pensez-vous ?

Nous vous souhaitons de pouvoir renouer avec vos besoins personnels et de trouver, votre fils et vous, une plus grande sécurité émotionnelle.

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