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"ECRIRE AU SUJET DE LA VIOLENCE CONJUGALE N'ÉTAIT PAS PRÉMÉDITÉ" - INTERVIEW DE CALI

Le chanteur-auteur-compositeur perpignanais Cali répond en exclusivité à Violence Que faire, en marge de la sortie de son nouvel album le 25 novembre dernier "Les choses défendues". Il y aborde différentes expériences de vie : l'amour, l'engagement politique, l'espoir, la mort d'un parent mais aussi la violence au sein du couple dans le morceau « Elle a mal ». Cette thématique n'est pas nouvelle pour lui, puisqu'il l'avait déjà abordée à travers les yeux d'un enfant en 2012 dans la chanson "Mes Vieux Cinglés" (extraite de "Vernet-les-Bains"). Nous lui avons posé quelques questions pour en savoir plus sur la création de ce morceau :

VQF - Bonjour Cali, merci de nous accorder du temps. « Elle a mal » aborde avec beaucoup de justesse la dynamique que peut prendre la violence au sein du couple. Pourquoi écrire au sujet de la violence conjugale ? Pouvez-vous nous raconter l'histoire de la création de cette chanson ?

Cali - Ecrire au sujet de la violence conjugale, ce n'était pas prémédité. Quand j'écris une chanson, j'ouvre une porte, je suis dans une pièce et je décris ce que je vois. Et cette fois-ci, j'ai vu ce couple qui se battait. En tout cas cet homme qui frappait sa femme et j'ai voulu raconter de manière très précise ce que je voyais jusqu'à m'en faire mal. En tout cas, la création de cette chanson n'est pas préméditée.

VQF - Quelles difficultés avez-vous rencontrées ou quelles questions se sont présentées à vous lors de son écriture ?

Cali - La difficulté, c'est de ne pas prendre position, de ne pas prendre parti, de rester un fantôme caché dans le coin de la pièce et de juste regarder et dire, décrire tout ce que je voyais. Mais en même temps, je ne me suis pas posé de questions, comme je ne me pose aucune question quand j'écris une chanson. Je ne savais même pas que ça allait finir en chanson d'ailleurs.

Au milieu de la chanson, ça me faisait vraiment mal au ventre et j'ai "posé" un petit peu, j'ai parlé de la fille qui sourit parce qu'elle pense à sa grand-mère, parce qu'à ce moment-là, j'ai pensé à ma grand-mère, à ce moment si doux où on caresse le cou de sa grand-mère. Le cou, c'est ce qu'il y a de plus doux chez une grand-mère et j'ai eu besoin de passer par ces images-là pour pouvoir finir le texte.


VQF- Nous avons entendu dire qu'elle avait initialement une autre fin. Pouvez-vous nous en dire plus sur cet éventuel changement ?  

Cali - Non, la chanson n'avait pas une autre fin. J'aurais aimé qu'elle ait une autre fin, mais elle est comme ça la fin, voilà. Malheureusement, c'est une fin qui est habituelle et c'est la fin de l'histoire vécue par beaucoup de couples.


VQF - Ce nouvel album a, comme souvent dans votre travail, des traits autobiographiques. Les textes sont rédigés à la première personne, à l'exception de cette chanson où vous y apparaissez comme témoin. Comment s'est passée l'intégration de ce morceau au sein de cet album ?

Cali - Ça a été particulier et il y a eu beaucoup de discussions pour intégrer la chanson "Elle a mal" dans mon album. La maison de disques a été réticente, des proches ont été réticents dans le sens où ils la trouvaient beaucoup trop dure. Je leur ai dit que si on traitait ce sujet, il ne fallait pas effleurer la question, il fallait être dur en fait, comme la souffrance de cette femme. Il fallait la ressentir. La difficulté aussi, c'est que j'avais d'autres chansons qui avaient des sujets plutôt très difficiles, comme des accidents de la route ou des choses comme ça. J'ai préféré écarter ces chansons et garder "Elle a mal".

VQF - Quelles ont été les réactions du public face à ce titre ?

Cali - Je vais parler d'une seule réaction. C'est celle d'une dame qui est venue me voir juste après la sortie du disque. Elle m'a pris dans ses bras et elle m'a dit "J'ai vécu cette chanson et j'ai toujours chercher les mots pour raconter ma vie et ce que je venais de vivre à mon meilleur ami. Je n'ai jamais pu trouver les mots, donc je n'ai jamais pu lui dire. Et aujourd'hui, je vous considère comme mon meilleur ami, parce que c'est vous avez trouvé les mots, les mots que je voulais prononcer". Ça, ça m'a beaucoup touché. J'ai un projet de petit film autour de cette chanson et j'espère qu'il aboutira, parce qu'encore une fois, on ne lâchera pas et ce sera un film qui ira jusqu'au bout.

VQF - Merci d'avoir pris le temps de nous répondre, et surtout d'avoir fait le choix de visibiliser la violence au sein du couple. La violence n'est pas une fatalité, pour autant qu'on brise le silence. Nous pensons qu'il est essentiel que des personnalités publiques comme vous en parlent.

Propos recueillis par Romy Siegrist.