Bonjour, Ma voisine m'a expliqué sa séparation avec son mari. Il est gendarme et a une arme de fonction. Il a déjà exercé toutes les formes de violence sur elle et leurs enfants, sauf violence physique. Il n'a pas eu de droit de garde. Toutefois, vu les échanges téléphoniques avec lui, elle craint qu'il vienne avec son arme à la maison pour se venger/faire peur (la mère et les enfants sont restés dans le logement familial, M. a déménagé). Je ne sais pas quoi lui conseiller car si elle approche la police à ce sujet il pourra le voir dans leur base de données et journal de police. Que puis-je lui conseiller pour que l'état puisse recueillir ses craintes et analyser le risque de passage à l'acte ?
Bonjour,
Nous saluons votre démarche de nous écrire aujourd’hui pour trouver des pistes à une problématique dont une connaissance vous a fait part.
Votre voisine vous a parlé de la situation avec son ex-conjoint et de ses inquiétudes. Suite aux échanges qu’elle a eus avec lui par téléphone, et vu les violences dont il a fait preuve par le passé, elle craint qu’il vienne à son domicile pour se venger ou l’intimider, potentiellement en utilisant l’arme de service qu’il a à disposition étant donné qu’il est gendarme. Cette situation vous interpelle et vous souhaitez l’aider et la conseiller sur ce qu’elle peut faire dans ces circonstances.
Nous comprenons votre souci et votre démarche est certainement précieuse pour votre voisine pour l’orienter et la soutenir dans ce contexte. Vous vous demandez notamment à qui elle pourrait s’adresser, autre que la police, pour que l’Etat se penche sur sa situation et examine la dangerosité potentielle de son mari à son égard.
En résumé, votre voisine souhaiterait que des mesures soient prises à l’encontre de son ex-conjoint en vue d’assurer sa sécurité. De l’autre côté, elle ne voudrait pas qu’il soit informé des démarches qu’elle entreprendrait à son encontre, probablement de peur que cela péjore la situation au lieu de l’améliorer. Nous pouvons supposer que son besoin est d’être en sécurité et de savoir si elle pourrait bénéficier de mesures qui la protégeraient, compte tenu d’un sentiment de danger lié à un contexte de base, la profession de son mari et son accès aux armes, à l’attitude de ce dernier, et au ressentiment qu’il aurait à son égard.
En premier lieu, nous pensons qu’il serait utile de savoir à quelles ressources votre voisine a actuellement déjà accès dans son entourage ou réseau. Est-elle par exemple en contact avec un-e avocat-e dans le cadre de la procédure de séparation, qui connaisse la situation, à qui elle puisse faire part de ses inquiétudes et demander un conseil juridique ?
Par ailleurs, dès lors qu’elle a subi certaines formes de violence et éventuellement des menaces, vous pouvez lui proposer de prendre contact avec le Centre LAVI au 021 631 03 00, qui pourrait lui proposer un entretien gratuit et confidentiel, en vue de l’informer et l’aider (le Centre LAVI soutient et oriente les personnes victimes d’infractions portant directement atteinte à leur intégrité, notamment des menaces). Des interventant-es LAVI peuvent notamment soutenir la mise en place d'une mesure de protection afin de garantir sa sécurité et celle de ses enfants. Ils pourront aussi évaluer la dangerosité de la situation dans son ensemble et lui proposer des mesures immédiates et/ou à moyen terme.
Elle peut aussi contacter le Centre MalleyPrairie au 021 620 76 76 (24h/24 et 7j/7) qui propose des entretiens psycho-sociaux, également gratuits et confidentiels, en vue d’accompagner les personnes subissant des violences intra-familiales. Ces services l’écouteront, l’informeront sur ses droits et les possibilités d’action à sa disposition, et la soutiendront selon ses besoins, tout en respectant ses choix sans entreprendre de démarche à son insu. Ce centre propose aussi un hébergement protégé qui accueille les mères et leurs enfants.
Si son mari devait se présenter à son domicile et adopter à son égard un comportement menaçant, agressif ou importun, elle peut sans autre appeler le 117. Une patrouille pourra alors se rendre sur place afin d’évaluer la situation et, si nécessaire, prendre des mesures immédiates pour assurer sa sécurité.
Nous comprenons qu’elle puisse hésiter à faire appel à la police, notamment parce que les agent-es sont également des collègues de son ex-mari. Toutefois, il peut être important de les contacter malgré cette appréhension. En effet, leur intervention permettra de garder une trace de la situation, de leur déplacement à son domicile ainsi que des motifs pour lesquels elle a sollicité leur aide.
Ces éléments pourront, le cas échéant, constituer des informations utiles dans le cadre d’une éventuelle procédure judiciaire ultérieure.
Si vous assistez vous-même à une scène de violence ou en entendez une, vous pouvez également faire appel au 117, afin que la police intervienne, au moins pour s’assurer de la sécurité de chacun.
Enfin, si votre voisine a besoin d’échanger sur cette situation, elle peut à tout moment appeler le numéro 142, qui est une ligne d’écoute et d’orientation, à l’attention des victimes de violence. La ligne est ouverte 24h/24, 7j/7. Vous pourriez également lui proposer de nous écrire directement, comme vous l'avez fait, pour partager son vécu, ses craintes actuelles et si elle a des questions sur les ressources qui sont à sa disposition.
Nous espérons que ces pistes vous permettront d’aiguiller votre voisine. Soyez certaine que votre présence et votre écoute sont déjà une grande aide. Le fait qu’elle puisse se confier à vous et faire appel à votre soutien est une ressource précieuse. Nous tenons à vous préciser que ces mêmes ressources sont également à votre disposition afin d'être soutenue dans votre rôle de témoin, qui est important mais n'est pas aisé.
Nous restons à disposition pour répondre à d’autres questions au besoin et nous vous envoyons tout notre soutien pour la suite.
Avec nos meilleures pensées.
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