Bonjour, Le 4 juin 2011, j'ai rencontré un homme. Cela faisait longtemps que je n'avais personne, plusieurs mois, voir même 2 ans. J'habite le Valais, il habite Neuchâtel, c'est lors d'un festival à 50 mètre de chez lui que je l'ai rencontré. J'avais envie de changer ma manière d'aborder les relations, cesser d'attendre 5 ans pour reprendre une relation et je me suis lancée dans celle-ci très vite. L'attirance a été réciproque. Au bout de deux mois et demi, j'étais totalement encore très amoureuse. Et alors que j'entamais un sujet, sans jamais pouvoir aller au bout, car il m'interrompait et poursuivait mon sujet durant de très longues minutes pendant lesquelles j'écoutais, restant un peu comme la bouche ouverte attendant de pouvoir placer le sens des idées que j'avais débuté. Ce jour là, après l'avoir longuement écouté, je lui dis "oui, je sais" il s'est emporté me disant "tu sais tout" puis montant des escaliers, il s'est arrêté et m'a dit "tu sais quoi? tu me fais chier". Je lui ai répondu "tu sais quoi, je t'aime". J'étais si amoureuse que ses mots m'ont glissés dessus. Mais quelques 3 jours plus tard, je repensais à la scène et me disais "oula, je dois être très amoureuse pour n'avoir pas pris ses mots contre moi". Quinze jours plus tard, alors que nous mangions à table, il se mit à s'emballer sur un sujet, à devenir tout rouge et me criait des mots affreux tout en s'énervant. Je me suis levée, ai traversé la cuisine jusqu'au salon et me suis approchée d'une fenêtre tout en sentant en moi qu'il me fallait conserver mon état de quiétude, car je ne voulais absolument pas me laisser emporter par son état que je sentais violent. Je me mis à la fenêtre et chantonnais doucement pour moi, pour conserver mon "centrage". Il est arrivé et m'a dit "jamais tu ne t'excuses, jamais". Je lui ai dit calmement "pourquoi ? il faudrait que je m'excuse que tu t'es emporté ? Au moins, j'ai l'avantage de conserver mon calme". Il a répondu : "c'est une forme de violence ton calme.." et il a poursuivi durant je ne sais combien de temps pendant lequel, je lui répondais jusqu'à ce que je comprenne à nouveau que je n'avais pas à entrer dans sa violence et que je reprenne mon calme. A nouveau, une quinzaine de jours après cela, il s'était levé du lit, vaquait à la salle de bain faisant sa toilette alors que je restais au lit, attendant de pouvoir m'y rendre à mon tour. On se parlait au travers des pièces. J'entamais une phrase que je ne pu terminer, car il me dit "tu vas te taire" Je retentais la même phrase "mais laisse-moi finir ma phrase" lui disais-je. Mais il insistait "mais enfin, tu vas te taire" s'approcha de moi et je me dis intérieurement "c'est pas possible, on n'en est pas là". A nouveau je tentais "laisse-moi fini…" il se jeta sur moi, encore couchée sur le matelas par terre, empoigna mes bras et me secoua. Toute mon attention je la fixais sur ma nuque, car j'ai eu plusieurs coups du lapin, une hernie discale cervicale et de l'arthrose entre la C5 et la C6.. j'avais peur que l'irréparable se fasse, mais je me laissais complètement faire, car je sentais qu'il ne fallait surtout pas que je montre que j'avais une certaine peur. Quand il me lâcha, je me levais et lui dit d'une voix très contrôlée et calme mais pesante "cette fois, t'as été trop loin, notre relation se termine là, sur le champ". Et je me suis préparée et suis partie. Trois jours plus tard, nous nous sommes revus et je lui ai parlé en ces termes "J'aimerai te dire que je ne me suis pas du tout sentie respectée lors de ton excès de colère, que j'estime qu'à nos âges (passé 45 ans) nous pouvons nous parler avec respect et autrement que tel que tu l'as fait. Ceci s'est produit une fois, il n'y aura pas de seconde fois. Je demande à être respectée dans notre relation, nous n'avons plus 15 ans pour agir ainsi..". Depuis, nous sommes quasiment à 2 mois sans nous voir, mais il avait insisté pour prendre un rendez-vous avec un médiateur. Ce rendez-vous aura lieu vendredi prochain. Après deux mois sans plus nous voir, sans nouvelles de lui, avec un seul appel une seule fois, me parait surfait et inutile, tardif pour sauver quelque chose entre lui et moi. Par ailleurs, dès le tout début de notre relation, je lui avais demandé, tel que je lui avais également promis, de faire le test du sida. Jamais il ne me l'a remis, il m'a toujours dit "je vais le faire mardi" "je le ferai vendredi" et ainsi de suite alors qu'aussi tôt que je l'ai fait, je lui ai remis copie du test. J'ai laissé passer 3 semaines durant lesquelles on continuait à se voir, mais je n'avais plus aucun geste de tendresse vers lui et je lui ai demandé de ne plus m'embrasser sur la bouche, car cela m'obligeait à lui rendre le baiser que je ne sentais plus de lui faire. Au bout des trois semaines, lors d'une discussion, alors que nous parlions de la violence qu'il y a eu et combien elle a entravé la relation, il me dit "je ne suis pas un homme violent et je ne regrette absolument rien du tout de tout ce que j'ai vécu avec toi". Là, j'ai trouvé grave qu'il ne regrette rien, alors qu'il voyait très bien les effets destructeurs sur ma personne, me faisant passer de très amoureuse à totalement distante en l'espace d'à peine quelques jours. J'ai alors senti qu'il y avait réel danger et tel que je lui avais déjà dit, je me disais "la prochaine fois, ce sera quoi, le couteau ?". J'aimerai connaître votre avis dans le cas de cette situation. Ai-je raison de m'éloigner ainsi ? Est-ce lui qui a raison et moi qui exagère ? Qui paranoïe, comme il dit tout le temps ? Merci beaucoup. Et dois-je aller à cet entretien avec le thérapeute.. ?? à quoi bon ? pourquoi et pour quoi ???
Bonjour Sharmina,
Peut-on dire que l’histoire de violence que vous vivez avec votre partenaire induit une sorte de confusion ? cela serait alors une réaction normale à une situation qui ne l’est pas ! Vous affirmez clairement à votre ami « cette fois tu as été trop loin, notre histoire s’arrête là » et vous quittez son domicile ; vous décrivez la peur qui vous a envahie lors d une scène de contrainte et d’agression physique, vous avez perçu un réel danger et la crainte d’un crescendo dans l’expression de la violence à venir. Et parallèlement vous ne faites pas confiance à vos perceptions, vous doutez de vous et vous souhaitez que nous confirmions le danger auquel vous vous exposez.
Dans cette situation, vous êtes pourtant la seule à pouvoir faire des choix prioritaires non seulement, pour assurer votre bien être dans une relation, mais aussi des choix qui vous permettront de vous engager plus tard dans une relation où vous vous sentirez respectée, écoutée, histoire dans laquelle les différences entre partenaires pourront être abordées par d’autres moyens que les cris, les insultes, le silence imposé, la peur ou le mépris, la dysqualification systématique.
Dans une relation empreinte de violence chacun-e est responsable de son comportement et de ses conduites d’agression, de ce qu’il (ou elle) dit et de sa sécurité. Aucune provocation ne justifie le recourt à la violence. Ceci dit, des spécialistes nous ont appris que toute relation affective est source de souffrance, puisque chacun est incapable de se séparer de celui (ou celle) qui le persécute. C'est l’équivoque de toute relation : sans accès à la fragilité et aux blessures de l’autre, il n’y a pas de relation affective satisfaisante.
C’est, dans notre compréhension, ce qui peut pousser votre partenaire à vous lancer « ton calme c’est une forme de violence ton calme! ». Vous n’avez pas accès à ce qui lui fait violence et au pourquoi cela lui fait violence, dans quelle histoire familiale cela s’inscrit. Est-ce à dire que c’est à vous de soigner ses blessures ? Certes non, notre perception, aujourd'hui, c’est que vous avez à prendre soin de vous. Par exemple lorsque vous doutez de l’utilité d’une démarche auprès d’un médiateur, votre doute est légitime. Lorsque vous avez pris la décision de vous séparer en raison du danger que vous pressentiez, vous avez pris soin de vous. Ce choix, sans doute salutaire et courageux, est difficile. Il vous confronte à préférer une vie momentanément solitaire à la poursuite d’une relation sans sécurité mais qui était un pas vers la rupture de votre solitude.
Nous vous souhaitons de la persévérance à l’écoute de vos besoins.
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