03-11-2008
Bonjour Fado,
Vous avez porté plainte, mais vous ne vous sentez pas mieux ! En fait, nous ne savons pas les suites que les autorités compétentes ont données à votre plainte. Il arrive souvent que les plaintes soient classées en raison du manque de preuves attestant des faits rapportés et les différentes versions qui en sont présentées. Cette épreuve est souvent extrêmement pénible pour la victime, car elle ne se sent pas reconnue par la justice. Or, c’est parfois cette reconnaissance, à défaut d’obtenir celle qui se rapporterait à l’auteur des violences face à la responsabilité de ces actes, qui permet à la victime de se reconstruire.
Mais il est également possible que votre plainte ait donné une suite et qu’une condamnation ait été ordonnée. Dans ce cas, il est probable que vous ne vous sentiez pas mieux parce qu’une reconnaissance légale ne remplace pas la reconnaissance de l’auteur des violences, qui va parfois jusqu’à nier totalement leur existence ! Pour la victime, c’est tout un processus de deuil qui doit s’effectuer autour de cette attente car elle ne sera peut-être jamais comblée. De même, le travail de reconstruction au niveau de l’identité de la personne qui a subi des violences nous semble essentiel. Il s’agit souvent pour la victime de reprendre confiance en elle, aux autres et en la vie, ce qui n’est pas une mince affaire et qui nécessite souvent d’être accompagnée par un-e professionnel-le spécialisé-e dans le domaine des violences conjugales.
Le sentiment de honte que vous ressentez peut d’ailleurs être relié à cette estime de vous-même qui a été endommagée. En effet, la victime peut se sentir comme « salie » par ce qui lui est arrivée et elle peut s’en sentir responsable en se demandant ce qui ne va pas chez elle pour avoir méritée ça. Or, ce n’est pas à la victime d’avoir honte car elle n’est pas responsable des coups ou/et des menaces qui lui ont été proférées! Mais la honte existe rarement isolément. Elle est souvent associée à la culpabilité, qui elle-même est rattachée à la responsabilité. En d’autres termes, c’est souvent quand on admet qu’on est responsable d’avoir commis quelque chose de grave ou d’inadéquat, qu’on s’en sent coupable et qu’ensuite on peut avoir honte d’avoir fait telle ou telle chose. Dans votre cas, n’y auraient-ils pas encore des éléments de votre histoire que vous portez sur vos épaules alors qu’ils ne vous appartiennent pas ?
Vous évoquez également le fait que vous ne sortez plus de chez vous par peur de le croiser. Cela démontre à quel point cet homme garde encore une forte emprise sur votre vie, vu que vous ne vous sentez pas encore autorisée à disposer entièrement de vos libertés. Il est tout à fait normal que vos sentiments de crainte ne s’évanouissent pas aussitôt une plainte déposée ou une séparation effectuée. Cependant, vous pouvez vous aider en explorant toutes les peurs qui vous habitent et en essayant d’imaginer ce que vous feriez si ce que vous craigniez le plus devait se produire un jour. Des solutions et de nouvelles stratégies de protection vont progressivement se présenter. La confrontation par l’imaginaire vous permettra certainement d’évoluer car vous n’avez plus recours à des stratégies d’évitement, au contraire vous vous préparez à affronter les pires scénarios.
Nous espérons que ces quelques lignes vous aurons donné quelques pistes et nous vous souhaitons beaucoup de courage pour poursuivre votre chemin. N’hésitez pas à nous recontacter si vous en avez besoin. Bien à vous.