J'ai vécu 12 années avec un homme plus jeune que moi et nous avons cinq enfants. Nous avons connu des hauts et des bas, mais les choses se sont véritablement dégradées il y a 5 ans lorsque mon mari a touché à la drogue (cocaïne, cannabis, extasy). A la suite d'une décompensation psychotique, il a été hospitalisé en hôpital psychiatrique. Sa société a fait faillite et je me suis retrouvée seule, sans argent, à gérer le quotidien. Ma mère a alerté notre pédiatre sur la situation et celui-ci a demandé aux autorités tutélaires une évaluation de notre famille effectué par le SPJ. Il n'y a pas eu de suite à cette évaluation, mais ce fût le début d'un long cauchemar. Mon mari est sorti de l'hôpital avec des anti-dépresseurs et il est resté ainsi au chômage pendant plus de deux ans. Lorsqu'un ami lui a parlé d'un projet immobilier au Portugal, il a fait une fausse procuration bancaire et a ainsi pu retirer illégalément CHF 40'000.-. Il est parti au moyen d'une voiture volée rejoindre son ami. C'est à ce moment là que j'ai commencé à véritablement prendre mes distances. J'ai demandé une séparation et j'ai trouvé un travail afin de subvenir au besoin de mes enfants. Quelques mois plus tard, son projet ayant capoté, mon mari est rentré au domicile conjugal. Il m'a fait tout un tas de promesses qu'il n'a évidemment pas tenues et nous nous sommes retrouvés ainsi, lui sans travail et moi à assumer le mien ainsi que les courses, la cuisine,les enfants etc. Peu de temps après il s'est mis en tête de rejoindre Marseille, la ville de son enfance où résident ses parents qui sont ultra religieux (il est de confession musulmane). J'étais à ce moment là enceinte de notre cinquième enfant et je travaillais à 100%. C'est lorsque je lui ai signifié que je ne le suivrai pas à Marseille que les violences ont commencé. Tout d'abord par des insultes, puis il s'est attaqué à mes affaires en déplaçant sans cesse mon lit, mes livres, mes papiers avec l'aide de ses amis "dealers". Il m'attendait en bas de mon travail, m'envoyait une vingtaine de mails par jours à mon bureau. Lorsque je n'y répondait pas, il menaçait de passer au bureau, de discuter avec mon patron. Tout ceci me rendait extrêment nerveuse, je commençais à faire des erreurs professionnelles. Il a d'ailleurs fini par envoyer un mail à mon patron en l'incriminant de l'état de nerf dans lequel je me trouvais. J'ai finalement consulté un avocat pour me séparer une deuxième fois. Mon mari a finalement quitté la Suisse, s'est installé à Marseille dans un grand appartement, s'est montré sous son meilleur jour, m'a dit qu'il avait retrouvé du travail. Je suis allée lui rendre visite avec les enfants et nous sommes convenus que l'un d'eux resterait avec lui jusqu'à la fin des vacances. Je suis, quant à moi rentrée avec les autres enfants. Or, il n'a pas respecté cet accord et a gardé l'enfant à Marseille. Etant enceinte de six mois, après plusieurs semaines de conflits téléphoniques et l'intervention sans succès de mon avocat, j'ai cédé à ses arguments : il garderait l'enfant auprès de lui jusqu'à mon accouchement. Peu de temps après, il y a eu intrervention de la DDASS de Marseille à la suite d'un signalement d'une de ses voisines. Préoccupée par la situation, j'ai décidé de le rejoindre avec les autres enfants pour une année scolaire. Ce qui s'est passée pendant cette année est difficilement racontable...j'ai subi la pression de sa famille afin que je me convertisse à l'Islam. Mon mari lui-même se droguait la journée et fréquentait tout ce que Marseille compte comme dealers et marginaux, il accueillait des sans-papiers avec lequel il faisait des choses louches (faux chèques, deals de drogues etc.). Le soir il allait avec son père prier à la Mosquée. Il me menacait de divorcer, de demander la garde des enfants avec l'appui de sa communauté religieuse, me disait que je ne pourrais plus jamais rentrer en Suisse retrouver ma famille. J'ai profité d'une procédure d'expulsion pour des impayés de loyer pour quitter Marseille. Ma mère est venu chercher les enfants au début des vacances d'été et les a ramenés en Suisse. Je me suis adressée au service social afin d'obtenir de l'aide financière et juridique. Après avoir vécu l'été dans l'appartement de ma mère, j'ai trouvé un logement plus spacieux où je vis actuellement seule avec tous mes enfants. Malheureusement mon mari est rentré en Suisse également et vit actuellement à l'hôtel dans une ville voisine. Ma tranquillité n'a duré que peu de temps...Le scénario semble se répéter à l'infini. Il est actuelllement suivi par un centre d'aide aux toxicomanes, chaque semaine il me montre fièrement le résultat de son test d'urine qui affiche zéro traces de drogues, il m'offre des cadeaux, s'occupe des enfants, me remplit le frigo etc. Il ne montre plus aucun signe d'appartenance religieuse. Et pourtant j'ai peur de lui. Je sais par expérience qu'il peut devenir dangeureux s'il se drogue à nouveau. Je lui répète que c'est fini mais il s'accroche. J'ai peur de craquer à nouveau. J'ai consulté un foyer pour femmes victimes de violences conjugales où je suis tombée sur une assistante sociale qui m'a vraiment aidée. Etant donné que c'est un centre d'urgences, elle ne peut par conséquent pas me reçevoir au delà de cinq, six fois. Je participe également à un groupe de parole de femmes mais je ne me suis pas sentie à l'aise à écouter tous ces témoignages plus terribles les uns que les autres. J'ai consulté un psychiatre, mais jai eu l'impression de parler à un mur. J'ai aussi rencontré le psychiatre de mon époux qui m'a dit que celui-ci souffrait de troubles bi-polaires et que cela pouvait en grande partie expliquer son comportement. Que penser ? J'ai besoin de faire un travail en profondeur sur les raisons qui m'ont amenées à accepter toutes ces violences, à ne pas me respecter. Aux Etats-Unis il existe des groupes de soutien pour co-dépendantes basés sur les 12 étapes qui sont utilisées chez les Alcooliques Anonymes. Existe-t-il quelque chose de semblable en Suisse ? Ou dois-je plutôt rejoindre un groupe de proches de toxicomanes? Où un groupe de proches de maladies mentales? Comme vous pouvez le constater, la situation est pour le moins complexe... Merci de m'avoir lue.
Bonjour Géraldine,
Vous avez vécu 12 ans avec votre mari qui a des troubles à différents niveaux : Il est violent, a un trouble bipolaire et consommait des drogues. De plus, il a aussi eu des périodes très religieuses. Vous avez 5 enfants avec lui.
Vous vous êtes séparés et remis ensemble à plusieurs reprises. Pour l’instant, vous vivez seule avec vos enfants, mais il vous a rejoints en Suisse et il essaie de vous reconquérir à nouveau, il s’occupe des enfants, remplit le frigo et vous fait des cadeaux. Cela nous inquiète, car ce sont des stratégies que nous rencontrons fréquemment chez les maris qui ont des comportements violents et qui essaient de se «racheter».
Nous comprenons que vous avez passé par des moments très durs et que vous vous êtes lentement reconstruite, en trouvant du travail et un grand appartement.
Aujourd'hui, vous cherchez de l’aide afin de ne plus craquer. Le Foyer d’urgence pour les victimes de violences conjugales ne peut vous recevoir longtemps, le groupe de parole ne vous convient pas vraiment et avec votre psychiatre, le courant n’a pas passé. Vous cherchez surtout du soutien pour des personnes co-dépendantes. Nous vous encourageons à consulter le site d'Al-Anon qui traite cette question en Suisse romande.
Nous ignorons à quel Foyer vous vous êtes adressée, en principe, l’association Solidarité Femmes offre des consultations ambulatoires. Si elles ne peuvent pas vous offrir un suivi à moyen ou long terme, les spécialistes qui y travaillent pourront sûrement vous donner des adresses de psychologues ou psychiatres sensibilisé·e·s à la thématique de la violence conjugale.
Nous ne pouvons que vous encourager de poursuivre votre chemin, de ne plus craquer et surtout, de trouver l’aide qu’il vous faut. Bon courage, nous sommes de tout coeur avec vous.
Bien à vous !
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