Bonjour, je suis une maman et grand -maman en détresse : je garde les enfants de ma fille ( 11 et 9 ans ) chez elle. Ma fille est mariée depuis 13 ans . En rangeant des vêtements de mon beau - fils je suis tombée par hasard sur une feuille manuscrite et je vois les mots" : j'ai peur , j'ai peur ". Cela m'alerte et je lis cette lettre que ma fille avait écrite pour son mari. Et là je tombe des nues: la violence de mon beau - fils est décrite , il hurle , casse volontairement une bouteille, terrifie toute la famille , se met hors de lui pour des broutilles ! Et ma fille écrit j'ai peur tu me terrifies,et les enfants? il faut faire quelque chose pour t'aider , je veux sauver notre famille. Et moi je lis ça et j'ai la boule au ventre Que faire ? J'ai lu quelque chose que je ne devais pas ! Mais je ne peux pas laisser ma fille et ses petits en baissant les bras. Aidez-moi s.v.pl Avril
Bonjour Avril,
Vous avez dû patienter longtemps pour recevoir notre réponse, toutes nos excuses pour ce retard !
Vous avez bien fait de nous écrire, car effectivement vous ne pouvez pas rester sans rien faire mais la situation est délicate. Nous comprenons bien que vous souhaitiez venir en aide à votre fille et à vos petits-enfants, d'autant plus qu'envers ces derniers, il existe un devoir de protection. Mais vous ne savez que faire.
A notre avis, il vaudrait mieux prendre le taureau par les cornes et informer votre fille de votre indiscrétion à demi-involontaire. Peut-être sera-t-elle fâchée contre vous après cet aveu, peut-être au contraire sera-t-elle soulagée. Il n'est pas facile pour les personnes victimes de violence conjugale de s'ouvrir à autrui, et surtout à leur famille, de ce qui leur arrive, car elles sont souvent envahies par la honte, un sentiment qui vient s'ajouter à la peur et à une grande culpabilité infondée. Faute de pouvoir en parler, elles finissent par se retrouver très isolées avec leur souffrance.
Ecrire à son mari a certainement représenté pour votre fille une énième tentative de se faire entendre par lui, de lui exposer ses besoins et son mal-être. C'est la preuve qu'elle a des ressources, qu'elle essaie par tous les moyens de redresser le cours des choses, qu'elle use de diverses stratégies pour arriver à ses fins. Cela dit, il est parfois difficile de s'en sortir seule et elle aura peut-être besoin d'une aide extérieure et si possible professionnelle pour changer sa vie.
Vous pouvez déjà l'informer de ses droits, comme par exemple celui de quitter le domicile conjugal (soit définitivement soit pour un certain temps) lorsque son intégrité et son bien-être sont menacés, comme le stipule l'article 175 du Code Civil suisse. Elle a également le droit de porter plainte si son mari l'insulte ou la menace, s'il terrorise sa famille, car la violence conjugale constitue un délit. En outre, elle a droit à des consultations gratuites dans les services spécialisés en matière de soutien aux victimes d'infractions (comme le centre LAVI à Delémont par exemple, tél. 032 420 81 00) ou encore les services d'aide aux femmes ayant à subir les violences d'un partenaire (quelles que soient les formes prises par ces violences), comme Solidarité femmes à Bienne, tél. 032 322 03 44. Ces centres offrent une aide psychologique, juridique et pratique, et leur confidentialité est garantie. Nous lui recommanderions vivement d'appeler Solidarité femmes pour un premier entretien. Elle y sera écoutée et soutenue, pourra parler de sa peur, examiner avec des personnes spécialement formées comment protéger au mieux ses enfants, qui eux aussi souffrent (bien plus qu'on ne le croit généralement) du climat tendu à la maison et des explosions de violence auxquelles ils assistent.
Si votre fille ne veut pas entrer en matière et ne voit pas la nécessité de faire quoi que ce soit pour l'instant, rappelez-vous qu'elle est majeure, que c'est de sa vie qu'il s'agit, et que vous ne pouvez pas agir à sa place malgré votre grand désir de l'aider et d'aider les enfants. Prenez patience, ce n'est qu'une question de temps. Un jour viendra où elle sera prête à franchir le pas et à s'adresser à quelqu'un d'extérieur, ayant pris conscience qu'il y a fort peu de chance pour que les choses changent si elle n'entreprend rien. Mais cela peut prendre du temps. Cela sera peut-être dur pour vous, mais tâchez de rester son alliée même si elle semble vous en vouloir, ne la bousculez pas, respectez sa volonté et ses choix, car ils lui appartiennent. Restez proche. Le moment viendra où elle aura besoin de vous et de votre aide concrète.
Si la situation devait s'aggraver et si vous aviez des raisons de craindre pour la sécurité des enfants, adressez-vous à l'APEA (autorité de protection de l'enfant) à Delémont, tél. 032 420 90 60), où on vous conseillera sur ce qu'il convient d'entreprendre. Des mesures peuvent être prises en cas de nécessité.
Nous restons à votre disposition si vous désirez nous poser d'autres questions et vous souhaitons tout le courage et la force dont vous aurez besoin. Nous sommes en pensée avec vous et avec votre fille. Bonne chance à toutes deux.
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