Bonjour, Je suis désemparée et j’ai besoin de l’avis de quelqu’un. Mariée depuis 14 ans, 3 enfants (12, 10 et 7 ans), je suis séparée depuis 5 mois et j’ai maintenant demandé le divorce. Pour moi la vie de couple n’était plus possible depuis 4 ans. Je me sentais seule, abandonnée, dénigrée mais ayant reçu une éducation chrétienne évangélique et avec nos trois enfants je ne pouvais que rester. J’ai essayé de lui parler, mais il m’a toujours répondu que si j’allais mal c’était dû à un problème d’estime de moi-même à cause du boulot « de merde » que j’ai (opticienne) et qu’il n’y pouvait rien. Depuis 1 année, en plus de me dénigrer verbalement sur mon travail, la façon dont je gère l’appartement et les enfants avec des phrases rabaissantes, il s’est montré violent à plusieurs reprises, en me lançant son trousseau de clefs à la figure par exemple ou en mimant de me frapper avec des paroles comme « t’as raison d’avoir peur, je fais ce que je veux de toi ». J’ai eu vraiment peur à plusieurs reprises. Un jour où j’ai dû m’enfuir sous les yeux de mes enfants je me suis dis que là ça allait vraiment trop loin et que ce n’était pas normale. Le problème c’est que c’est un homme normalement très calme et très posé mais dans ces moments là il n’est plus du tout le même, même physiquement j’ai parfois du mal à le reconnaître. Depuis que nous sommes séparés, il a piraté mon téléphone portable, mon compte facebook et ne s’est pas arrêté pour me rabaisser devant les enfants leur disant des choses comme « maman n’a jamais rien fait de bien dans la vie, elle n’a pas été capable de faire des études, n’a pas de métier, sait juste me prendre mon argent ». Auprès de tous nos amis, il répète qu’il est terriblement malheureux, qu’il a toujours tout fait pour mon bonheur et que j’invente des choses horribles à son encontre pour justifier ma décision de partir. Il dit aussi qu’il m’aime tellement et qu’il serait prêt à tout pour me récupérer. Et les gens le croient, et je me retrouve complètement seule car plus j’essaie d’expliquer qu’à la maison il peut-être très différent que ce qu’il montre en public, plus les gens me croient folle et tous les jours je doute un peu plus de moi. La solitude est terrible, le sentiment de culpabilité aussi. Je me dis parfois que tout serait plus simple si j’étais restée, que beaucoup de personnes subissent des situations bien pires que celle-là et qu’elles ont la force de rester. Je me sens nulle, l’impression que j’ai tout gâché dans ma vie et je ne vois aucune issue. J’assume tout auprès des enfants (il a prit un appart à 40 minutes de là et ne les voit plus beaucoup, me reprochant cela aussi) De plus je n’ai plus de travail ce qui ne m’aide pas à me dire que je vaux quelque chose et j’ai appris aujourd’hui qu’il a même été parler à mon ancien patron, celui-ci n’en revenant pas que je puisse faire exploser ma famille comme çà. Je ne sais plus quoi faire pour aller mieux. J’ai résumé rapidement ma situation, je ne sais pas si cela suffit pour que vous puissiez me donner quelques conseils, ou peut-être même me dire clairement que chacun peut se mettre en colère et que je suis trop sensible, j’ai vraiment besoin d’un avis. Merci beaucoup d’avance.
Bonjour Cestlavie,
Avant toute chose, pardonnez-nous de vous avoir fait attendre. Il arrive parfois que nous ayons de la peine à suivre !
Détrompez-vous : non, rien ne serait "plus simple" si vous étiez restée avec votre mari, dans une relation que vous nous décrivez comme empreinte de violence. Au contraire. La violence a tendance à s'aggraver au fil du temps, passant par exemple des atteintes psychologiques aux atteintes physiques, ou des menaces aux actes, ou encore à des paliers de violence de plus en plus élevés. En partant, vous avez fait montre d'un grand courage et de la volonté de vous protéger et de protéger vos enfants. Nous ne pouvons que vous féliciter d'avoir franchi le pas, une décision aussi nécessaire à votre survie que longuement mûrie durant 4 années de souffrance et de solitude.
Dans le même ordre d'idées, lorsque vous écrivez que "chacun peut se mettre en colère" et que vous vous demandez si vous êtes "trop sensible", nous vous répondons que non, vous ne l'êtes pas, que non, ce n'est pas vous qui êtes en cause, et qu'il faut faire la distinction entre une simple colère d'une part (qui peut arriver à tout le monde et que tous les couples connaissent) et d'autre part la volonté de dominer, d'écraser l'autre, de le contrôler en tout, qui est le propre de la violence conjugale. Ce n'est pas du tout la même chose. Au début il est parfois difficile de voir venir le danger, car cette violence s'installe progressivement. Une fois qu'elle est établie, elle a des effets destructeurs tant sur la personne qui en est victime que sur les enfants qui en sont les témoins. Ils grandissent dans un climat délétère et dé-sécurisant, ont sous les yeux un modèle de relation homme-femme qui est loin des valeurs de notre société, et courent le danger de reproduire un jour certains des comportements de leurs parents.
Vous évoquez les femmes qui ont "la force de rester" : ce n'est pas par force ou par courage qu'elles restent, mais par peur, ou parce qu'elles sont sous l'emprise de leur agresseur, ou parce que la violence a fini par les rendre prisonnières et les priver de leurs moyens.
En Suisse, la violence conjugale constitue un délit. Lorsque votre mari vous insultait ou vous menaçait, vous étiez en droit de porter plainte contre lui. Vous l'êtes aujourd'hui aussi pour son intrusion dans votre téléphone et vos réseaux sociaux, et pour son dénigrement qui continue (on a jusqu'à 3 mois pour porter plainte après les faits). Car la violence psychologique est tout aussi nocive que les coups.
Il arrive souvent que les auteurs de violences soient passés maîtres dans l'art de jouer les victimes qui souffrent, au point de convaincre leur entourage qu'ils n'ont rien à se reprocher. Nous savons qu'il est alors difficile de se faire entendre. Mais il vaut la peine de persévérer, de chercher de l'aide, de se trouver des allié-e-s, pour que justice soit faite. Seriez-vous prête à vous adresser à un service spécialisé comme Solidarité femmes pour y recevoir une écoute et un soutien ? Les consultations y sont gratuites et confidentielles. Nous pensons que ce type d'aide pourrait vous être bénéfique. Tél. 032 886 46 36.
Ce qui nous préoccupe, c'est ce que vous nous dites de votre solitude, de vos sentiments de culpabilité, de cette impression d'avoir "tout gâché" et de ne voir aucune issue. Cela ressemble fort à de la dépression... En avez-vous parlé à votre médecin ? Il pourrait vous aider. La dépression est une des résultantes les plus fréquentes de la violence et, ayant mis fin à ce type de relation, vous allez bientôt constater une amélioration. Mais en attendant, pourquoi ne pas demander un petit coup de pouce à la médecine ? Si l'idée de prendre des médicaments ne vous plaît pas, vous avez une autre option, qui est celle de consulter un ou une thérapeute qui pourrait vous soutenir durant cette phase de transition.
Ne restez pas seule avec vos doutes et votre souffrance. Il existe tout autour de vous des services et des personnes prêtes à vous tendre la main, qui ont de l'expérience et qui vous accompagneront aussi longtemps que vous en aurez besoin.
Courage ! La lumière est déjà là au bout du tunnel, tenez bon, continuer à avancer, un pied devant l'autre, un jour à la fois. Le plus dur est derrière vous. Pensez aux femmes qui sont passées par là avant vous et qui aujourd'hui ont retrouvé le sourire. Et surtout, prenez bien soin de vous.
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