07-01-2008
Bonjour Vava,
Vous nous faites part des violences que vous avez vécues, que vous qualifiez de voies de fait. Selon nous, il s’agit davantage de lésions corporelles que de voies de fait. En effet, les coups de pied, les coups quand vous étiez enceinte et la tentative d’étranglement sont plus graves que des voies de fait. Il est vrai que les qualifications des actes de violence dépendent des lois du pays où l'on vit et qu’elles sont différentes d’un pays à l’autre. Nous vous répondons donc en regard des lois suisses, ne connaissant pas votre pays d’origine.
Vous nous demandez si la culpabilité que vous ressentez d’avoir appelé la police est normale, parce que votre agresseur est le père de votre enfant. Ce sentiment est très fréquent chez les personnes victimes, qui ne sont pourtant pas responsables de la violence, alors qu’il est plutôt rare chez les agresseurs, qui sont cependant bien les coupables. Il s’agit d’un mécanisme qui est lié à la violence et qui produit une inversion de la culpabilité. L’agresseur accuse la victime et se décharge de sa culpabilité sur elle. La personne maltraitée croit à tord qu’elle est aussi responsable de la violence et endosse une partie de la responsabilité. Si vous arrivez à bien comprendre ce mécanisme, votre sentiment de culpabilité s’évanouira. En effet, votre sentiment est légitime et compréhensible mais vous n’êtes pas coupable et vous n’avez pas à vous reprocher ni les actes de violence de votre partenaire, ni d’avoir appelé la police. Vous avez le droit (et même le devoir) de vous protéger, ainsi que votre bébé, et d’utiliser les professionnels adéquats pour cela (police, justice et autres). Des lois existent dans chaque pays, votre ami n’est pas au-dessus des lois et s’il se comporte de façon répréhensible, il est le seul responsable des conséquences de ces actes.
Nous comprenons vos sentiments mélangés car il n’est pas simple d’appeler la police ou de porter plainte contre quelqu’un que l’on a aimé, que l’on aime peut-être encore et qui est le père de son enfant. Mais qui prendra soin de vous et de votre bébé si vous ne vous protégez pas vous-même quand vous êtes en danger ? Vous avez bien fait d’agir ainsi et c’est lui seul qui devrait se culpabiliser d’avoir agi de telle façon que vous soyez obligée de le faire. Votre ami doit comprendre qu’il est seul responsable de ses comportements et qu’il peut se faire aider pour en changer. Faire appel à la police est d’ailleurs souvent utile pour que les auteurs de violence comprennent qu’ils doivent respecter les autres et les lois, comme tout le monde. Lui mettre des limites claires et lui signifier que vous n’acceptez pas la violence est un bon moyen non seulement pour vous protéger mais aussi pour lui faire comprendre que son comportement est inacceptable.
Votre bébé ne pourra que vous remercier par la suite s’il apprend les détails de votre situation conjugale, d’une part de l’avoir protégé lui et d’autre part d’avoir tenté de mettre fin à la violence. Sachez qu’un enfant qui assiste aux scènes de violence est en danger pour son propre développement et vous avez fait ce qui était le mieux pour vous protéger tous deux de nouvelles violences. Un soutien avec des personnes spécialisées en matière de violence conjugale pourrait sans doute vous aider à vous débarrasser définitivement des restes de culpabilité qui vous habitent. Nous vous conseillons de vous renseigner pour trouver les coordonnées de tels lieux dans votre pays.
Nous vous souhaitons bonne chance et un chemin vers la reconstruction de votre identité et de la confiance en vous tout au long de 2008.