Bonsoir à vous; Je me permets de vous solliciter, afin de vous demander votre avis sur une situation et un quotidien qui sont devenus invivables. Je suis un homme en couple depuis 9 ans avec une femme, et cette relation depuis le début est basée sur des conflits permanents, ponctué de plusieurs ruptures éphémères. Actuellement je suis arrivé à un point où je ne peux plus supporter psychologiquement ni physiquement ces tensions et violences psychologiques. J’essaie en permanence d’arranger la situation et de trouver un terrain d’entente mais cela reste sans effet ou uniquement de courte durée. Ma compagne, me dénigre en permanence, me rabâche sans arrêt des faits et situations qui se sont produites il y a plusieurs années, déforme et interprète de manière erronée mes faits et gestes ou mes paroles. Elle est extrêmement jalouse envers toute personne que je côtoie, que ce soit mes amis, mes collègues et surtout ma famille. Elle insulte et raconte à chaque crise des horreurs sur mes sœurs sans que je ne comprenne pourquoi. Dès que je prends mon téléphone portable en main, je subis des reproches et des allusions sans fondement et son « leitmotiv » principal est soi-disant que je me fous d’elle est qu’elle est la dernière roue du carrosse. Elle me rétorque systématiquement que je dois faire un choix entre elle est ma famille. Je suis en permanence en train d’essayer de calculer mes paroles et mes gestuelles pour ne pas déclencher de crise de sa part, mais elle trouve en permanence des choses à me reprocher et me rend responsable de tout. Dès que j’essaie de discuter avec elle pour lui faire comprendre que je ne peux plus supporter cette situation elle me rétorque que j’en suis le seul responsable et c’est à cause de mon comportement envers les femmes et à cause de ma famille… Si j’ai le malheur de croiser le regard d’une femme en voiture, au supermarché ou ailleurs c’est l’esclandre assuré. Dès que j’essaie de parler, en cas de tension, elle me coupe systématiquement la parole, hurle et m’empêche de terminer la moindre phrase. Je prends sur moi psychologiquement en espérant après chaque crise de violence verbale que cette fois c’est la dernière mais cela revient inexorablement, en s’amplifiant même avec le temps. Maintenant, j’en suis à un point ou cela obsède mes pensées, m’empêche de dormir et déclenche des signes physiques, tel du psoriasis, des douleurs intestinales et des angoisses permanentes. Le pire dans tout ça, c’est qu’à chaque tentative de séparation, elle me harcèle, me dénigre auprès de tout mon entourage et me fait culpabiliser. Ensuite, je reviens vers elle, cela se passe bien environ 1 semaine et puis les agressions et les reproches reprennent de plus belle. Je vous remercie pour vos conseils et suis reconnaissant du temps que vous m’accordez pour me lire. Bien à vous.
Bonjour Sereniteneed,
Nous avons lu votre témoignage avec toute l'attention qu'il mérite et comprenons que vous vous sentiez à bout, ne pouvant plus supporter une situation devenue "invivable". Il semble en effet que vous soyez confronté depuis des années à une forme sournoise et souvent méconnue de violence conjugale, la violence psychologique, qui cause une grande souffrance - sans compter les retombées sur la santé physique. Les divers symptômes que vous décrivez sont vraisemblablement des séquelles directes des abus répétés que sont le dénigrement constant, la jalousie exacerbée, le fait de vous couper la parole, de vous rendre responsable de tout, les hurlements, ainsi que les tentatives de vous isoler en vous coupant de votre famille.
Ces comportements sont inacceptables. En Suisse, la violence conjugale constitue un délit poursuivi soit d'office (par exemple en cas de violences physiques ou sexuelles) soit sur plainte (autres formes de violence). Nous vous recommandons de lire les pages de notre site qui contiennent des informations à ce sujet (à ce propos, ne vous offusquez pas de voir toujours mentionner les femmes comme victimes et les hommes comme auteurs : ce choix n'exclut personne mais ne fait que représenter la majorité des situations de violence. Il va de soi, cependant, que les mêmes phénomènes sont observés lorsque c'est une femme qui exerce de la violence à l'encontre de son partenaire masculin).
Après 9 ans de "ruptures éphémères", d'espoir que ça change (espoir toujours déçu), d'efforts pour tenter d'aplanir les choses, vous vous rendez compte que de marcher continuellement sur des oeufs ne résout rien, et vous commencez à vous des questions. En nous écrivant, vous avez franchi un premier pas, c'est une étape importante. Bravo d'avoir eu ce courage. Il n'est jamais trop tard pour demander de l'aide et là, non seulement vous êtes arrivé au bout de ce que vous pouvez supporter, mais vous constatez que la violence augmente au fil du temps - ce qui est d'ailleurs assez caractéristique.
Vous nous demandez notre avis. Ce que nous avons envie de vous dire aujourd'hui c'est tout simplement de vous protéger. Vous n'êtes pas responsable de la violence de votre compagne, même si elle essaie de vous le faire croire. Rendez à César ce qui est à César. La violence non seulement ne se justifie jamais, mais elle ne doit pas être imputée à la personne qui en est la cible. Non, si vous êtes responsable de quelque chose, c'est sur un autre plan : vous portez la responsabilité de votre propre santé, ainsi que de votre propre survie.
Comme il est difficile de se sortir seul d'une situation de violence, nous vous encourageons vivement à demander l'aide de professionnel-le-s. Seriez-vous prêt à consulter un service spécialisé ? Ce genre de soutien vous serait certainement bénéfique et vous permettrait de renouer avec votre force intérieure, de retrouver une meilleure estime de vous-même, et de continuer votre questionnement avec l'appui d'une personne neutre, bienveillante et formée sur le plan de la violence conjugale. Il n'existe hélas pas encore beaucoup de centres en Suisse destinés aux hommes ayant besoin de ce type de soutien, mais vous avez la possibilité de vous adresser à deux endroits : premièrement à Pharos, à Genève, un service accueillant tous les hommes victimes de la violence de leur partenaire. Vous y serez reçu, écouté, accompagné. Tél. 078 615 75 85. Comme vous nous indiquez habiter le Jura, cela risque d'être un peu loin pour vous, tout dépend de votre mobilité et de votre emploi du temps ! Mais rien ne vous empêche de prendre contact pour vous renseigner. Et deuxièmement, vous pouvez également vous adresser au centre cantonal LAVI de Delémont (22, Quai de la Sorne), tél. 032 420 81 00. C'est un service officiel d'aide aux victimes d'infractions. Les consultations y sont confidentielles et gratuites. Il n'est pas nécessaire d'avoir porté plainte pour en bénéficier. On pourra vous y orienter, vous faire connaître vos droits et les choix qui s'offrent à vous. N'hésitez pas à appeler !
Nous sommes bien en pensée avec vous. Prenez les mains qui se tendent, vous n'êtes pas seul. Gardez confiance en l'avenir, des jours meilleurs vous attendent certainement. Nos voeux vous accompagnent.
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