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Questions/réponses

Que faire face à la souffrance de l'auteur de violence

26 juillet 2020 - non...

Il y a un mois, mon mari m'a giflée et tenté de me donner un coup de poing dans la figure, que j'ai reçu sur mon bras mis en protection. J'ai eu très peur, je me suis dit "là, immédiatement, tout est fini", puis "ne bouge plus, fais l'air de rien et sors doucement de cet appartement". Depuis, je suis hébergé par mon frère, soutenue par lui et des amis, et j'ai commencé la procédure de séparation. Mais je continue à recevoir des appels, des messages WhatsApp et des vidéos de lui, complètement détruit par la séparation, dans des crises d'angoisse intense, pleurant de désespoir. J'essaie de les éviter, mais je ne peux pas m'empêcher de me sentir coupable ou en tout cas responsable de sa souffrance, et je trouve extrêmement douloureux de voir quelqu'un souffrir autant. On m'a "rattrapée par les cheveux" quand je voulais tout à coup rentrer et tout abandonner. On me rappelle sa violence depuis qu'on se connaît, surtout psychologique. Je me sens comme quelqu'un qu'on essaie d'arracher à une secte, qu'on doit déconditionner de voir tout de son point de vue à lui. Mais comment je vis avec sa souffrance et j'en fais sens dans ma vie à moi? Je n'ai pas le droit moral de faire du mal et je ne veux pas faire du mal.

Notre réponse

Bonjour Madame,

Vous nous expliquez avec beaucoup de finesse et de sincérité ce moment délicat que vous vivez. Après plusieurs années parsemées de violences psychologiques et suite à un récent épisode de violence physique durant lequel vous avez eu particulièrement peur, vous avez pris la courageuse mais douloureuse décision de vous séparer. Soutenue par votre frère et des amis, vous luttez aujourd’hui face à la détresse qu’exprime votre mari. Vous vous demandez comment vous allez faire pour vivre avec cela. Dans votre second message, vous nous demandez aussi comment votre mari peut-il avoir deux visages si différents.

Avant toute chose, nous tenons à saluer votre force. Sortir du cercle vicieux de la violence conjugale et de l’emprise qui l’accompagne demande beaucoup de ressources. Vous avez réussi à entendre votre alarme interne et avez réagit à temps. Après des années de violences psychologiques mettant à mal la confiance en soi, puis cet épisode de violence physique il y a un mois, vous auriez pu espérer que le plus difficile était derrière vous. Mais vous vous retrouvez aujourd’hui à devoir affronter ce nouvel obstacle. Comme vous le dites, en sortant de l’emprise psychologique, il faut réapprendre à écouter ses propres envies, ses propres points de vue, à ressentir à nouveau. Vous réapproprier votre vie sans être blâmée et rabaissée. Parfois cela peut donner l’impression d’être perdue ou sans repères, mais petit à petit la confiance revient. Vous dites êtes soutenue par votre frère et par des amis. Il s’agit là d’une grande ressource. Souvent, une aide extérieure est nécessaire pour s’en sortir (et rester dehors, même si c’est par le bout des cheveux).

Nous vous conseillons également vivement de prendre contact avec l’association AVVEC  (022 797 10 10) qui est spécialisée dans les violences conjugales. Des professionnel-le-s sauront répondre à vos questions, notamment quant aux deux visages de votre mari, ainsi que vous accompagner dans ces différents processus de séparation. Leurs prestations sont confidentielles et gratuites. Aussi, vous pouvez solliciter l’aide du Centre Lavi (Aide aux Victimes d’Infractions) (022 320 01 02) qui propose un soutien social, juridique et psychologique aux personnes victimes de violences physique.

Vous exprimez que vous vous sentez coupable, ou en tout cas responsable de la souffrance de votre mari. Nous comprenons que sa réaction est très culpabilisante et qu’il continue par ce biais à exercer une forme de violence psychologiques sur vous. Mais nous tenons à vous rappeler que la personne violente est la seule responsable de ses actes et de ses conséquences et rien dans votre attitude ou comportement ne peut justifier le recours à la violence. Dans une relation, chacun a, en effet, sa part de responsabilité, il s’agit d’un lien qui se tisse à deux. Mais chacun est responsable de ses actions, de ses attitudes ainsi que de leurs conséquences. Votre mari ressent certainement de la détresse et de la souffrance, mais il doit trouver lui-même de l'aide afin d'apprendre à gérer ses propres émotions et frustrations. Si le poids de ses messages continuent de vous peser, vous avez la possibilité de bloquer momentanément ses messages, afin de bénéficier d'un temps de répit. Dans un premier temps, vous pouvez lui demander qu'il cesse de vous écrire et l'avertir que s'il ne le fait pas, vous le bloquerait. 

Vous parlez des deux visages si différents et opposés de votre mari. Il s’agit là d’un phénomène fréquent. La violence fonctionne comme un cycle. Tout n’est pas noir ou blanc, bon ou mauvais. Suite aux épisodes de violence, l’auteur-e essaie de se faire pardonner, et de redonner confiance à la personne victime, de lui faire oublier sa souffrance, il se montre alors affecteux et charmeur. Mais si l'origine du problème de la violence n’est pas abordé et l’auteur-e pas aidé-e, alors la violence revient et augmente en force à chaque nouveau cycle. C’est pourquoi, vous avez eu la bonne réaction de partir et de vous mettre à l’abri.

Il s’agit de quelques premières pistes et nous espérons qu’elles puissent vous être utiles. Nous sommes certain-e-s que vous surmonterez cette étape et trouverez rapidement la sérénité que vous méritez. N’hésitez pas à nous écrire si vous avez d’autres questions ou souhaitez nous donner des nouvelles. Bien à vous.

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