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Questions/réponses

Je ne veux plus de cette relation mais j'ai accepté de lui donner "une nouvelle chance"

03 mai 2020 - Piv...

Bonjour, Je suis avec mon partenaire depuis un peu moins d'un an. J'ai déjà fait appel à une association qui m'a dirigée vers une thérapeute spécialisée dans le violences conjugales. Je voulais vous écrire car j'ai beaucoup de questions. Après 3 jours d'humiliations (cela fait quelques temps qu'il n y a plus eu de violences physiques, mais il y en a eu quelques fois également...), d'insultes, de chantages, etc, j'ai dit à mon partenaire que je le quittais. Après cette rupture, j'ai été dans un état de chose et j'ai dormi durant 2 jours. Bien évidemment, plus que jamais, il fait tout pour se rattraper... je l'aime toujours, cela rend la chose très difficile. Je n'ai pas réussi à tenir le coup et j'ai accepté de lui donner 'une nouvelle chance' sans trop y croire, bien entendu. Je suis pleine de doutes. J'ai affirmé aux quelques amies dans la confidence ainsi qu'à mes parents que je l'avais quitté, alors que je le vois toujours. Je mens à mes proches et me trouve dans une grande culpabilité. Je ne veux plus de cette relation mais je n'arrive pas à donner le ''coup de massue'' final. Je continue de douter. Je ne comprends pas. J'ai énormément de compassion pour mon partenaire et j'ai encore des sentiments mais je sais dans mon for intérieur qu'il ne changera jamais. Mais je n'arrive pas. C'est trop dur, bien trop dur, c'est une déchirure. J'ai l'impression qu'il y a plus qu'une déchirure au niveau des sentiments. En plus de cette situation émotionnellement difficile, je m'accable de ne pas réussir et je mens à mes proches pour ne pas décevoir. J'ai peur de regretter ma décision de le quitter, très peur, car, bien sûr, il a cette partie de lui qui est douce, profondément gentille, et quelque part en moi, j'ai envie d'y croire. J'aimerais, SVP, que vous m'éclairiez... sur cette manière de s'accrocher, cette manière de me dire que je suis toute sa vie après m'avoir rabaissée à ce point. J'aimerais savoir s'il y a des 'trucs' ou éventuellement d'autre témoignages, qui pourrait m'éclairer et me donner le déclic final (enfin!) pour sortir de cette relation . J'ai encore de l'espoir mais je ne veux plus en avoir. Merci d'avance de m'avoir lue et de votre réponse PS: J'ai subi de la violence de mon père au début de ma pré-adolescence, ainsi que de la violence (type humiliations) à l'école lors de cette même période. Est-ce lié ? Est-ce que j'ai normalisé cette violence ?

Notre réponse

Bonjour Madame,

Tout d'abord, nous aimerions vous féliciter pour votre témoignage percutant, décrivant avec une grande humilité et très clairement le mécanisme si compliqué qu'est la violence conjugale.

Vous nous dites être en couple avec votre partenaire depuis un peu moins d'un an. Vous évoquez rapidemment le fait qu'il y a eu de la violence physique dans votre couple et aussi beaucoup de violences psychologiques telles qu'insultes et chantages. Après trois jours de violences psychologiques, vous avez mis un terme à votre relation, ce qui vous a épuisé physiquement et émotionnellement bien entendu. Vous rajoutez que votre conjoint a tout fait pour vous récupérer par la suite et que cela a fonctionné car vous avez encore des sentiments pour lui. Vous nous transmettez être pleine de doutes et de culpabilité car en somme vous "mentez" à vos ami-e-s, aux proches, qui ne savent pas que vous vous êtes remis ensemble. Cependant, dans votre for intérieur, vous pressentez que cette "nouvelle chance" n'aura pas les résultats escomptés et aimeriez mettre un point final à cette relation.

Vous vous demandez si la difficulté de quitter cet homme, qui agi de la violence, pourrait être en lien avec de la violence que vous avez subi durant votre adolescence, comme s'il y avait une tolérance autre à la violence que tout un-e chacun-e?

Tout d'abord, nous  aimerions déjà relever le début de votre message: vous êtes clairement dans une recherche de solutions et de compréhension de la violence en ayant préalablement contacté une association qui vous a dirigé vers une thérapeute spécialisée dans les violences conjugales. Ce premier pas, et non des moindres,  vous ouvrira plusieurs portes de compréhension de votre histoire au fil des consultations. Bien entendu, le chemin n'est pas tout simple et immédiat. Nous vous félicitons pour cette étape si importante: s'entourer de professionnel-le-s qui jamais ne vous jugeront sur vos décisions.

Vous nous décrivez par ailleurs très clairement le cyle de la violence conjugale. Vous étiez dans la phase de violences qui vous a amené à prendre une décision de rupture, puis arrive la fameuse "lune de miel" où votre compagnon  se montre sous son meilleur jour, son meilleur angle. Evidemment, vous lui connaissez aussi de grandes qualités et ne pouvez pas rester insensible à ses promesses, ses attentions. Pour vous répondre, la honte et la culpabilité sont des sentiments très souvent vécus par les personnes victimes de violences conjugales, sentiments qui devraient être vécus par les agresseur-e-s. Souvent la victime se culpabilise parce qu'elle n'arrive pas à quitter son/sa partenaire ou qu'elle revient après être partie ce qui semble être votre cas dans cette "nouvelle chance". Ces sentiments proviennent de plusieurs facteurs : par exemple, la culpabilité de laisser sa/son partenaire seul-e, pressions ou peur de décevoir l'entourage, peur des représailles par un regain de violences. Les sentiments ambivalents à l'égard du/de la partenaire resurgissent d'autant plus quand le partenaire est dans la phase de lune de miel. Ce que vous vivez en terme d'émotions ambivalentes est donc "normal" eu égard à la situation de violence conjugale que vous traversez. Nous vous conseillons de lire le livre de Marie-France Hirigoyen "Femmes sous emprise" qui pourra vous éclairer encore davantage sur les mécanismes en oeuvre et vous donner aussi des pistes de solutions. 

Le fait d'avoir vécu par le passé de la violence dans deux contextes différents peut peut-être expliquer que votre tolérance à la violence est différente mais nous vous sentons dans cette élan de changement et de la mise à terme. A notre sens, c'est le travail que vous faites/ferez avec la thérapeute qui répondra à vos nombreuses questions. Garder contact avec l'association que vous avez déjà contactée semble aussi important, ils et elles seront toujours là à votre écoute, vous répondront quant à vos doutes.

Bien entendu si vous souhaitez d'autres adresses, nous sommes là pour vous répondre et nous ne manquerons donc pas de vous orienter au besoin. Nous restons à votre disposition et vous envoyons nos meilleures pensées. 

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