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Questions/réponses

Je ne sais pas quoi faire, avez-vous des pistes?

09 juin 2020 - Chr...

Bonjour la nuit de samedi à dimanche j'ai subi la violence de mon conjoint (crachat, menaces, supplication, séquestre, accusations, contraintes, injures). pas de cris ni de coups. ça ne m'était jamais arrivé. De tout ce que je lis, c'est qu'il faut en parler. J'en suis incapable, je pleure tout le temps. Et surtout y a pas 36 solutions, je sais que je dois le quitter. Sauf qu'il n'a pas d'argent, pas le droit d'être en suisse et jusqu'à présent, il a toujours été très gentil, aimant, entourant.... Tour à tour je me dis que je vais appeler le 143, mais pour dire quoi? Appeler mon médecin pour qu'il me mette à l'arrêt? Hier je suis allée travailler au radar, j'ai mal partout, à la tête, et ce matin je me suis fait porter pale car je suis incapable d'aller travailler. Hier soir j'étais seule chez moi et j'ai ressenti la peur dans mon corps. J'ai l'impression que je n'arrive pas à me récupérer. Ce matin j'ai commencé à tout noter ce qui s'était passé, pour que ça arrête de tourner dans ma tête. Sinon je ne sais pas ce que je dois faire. En parler le plus possible autour de moi? Si j'appelle la police il va en prison, et moi je paie une forte amende. Je suis coincée. Avez-vous des pistes? D'avance merci.

Notre réponse

Bonjour Madame,

Vous nous partagez avec beaucoup de cœur et de sincérité votre situation et nous en sommes touché-e-s. Vous nous expliquez que le weekend dernier, votre compagnon a été violent envers vous et que vous avez passé une nuit cauchemardesque. Vous vous sentez prise au piège et démunie, incapable d’en parler mais ne pouvant vous empêcher d’y penser tout le temps. Cet épisode de violence a eu un grand impact sur vous et vous en ressentez les conséquences sur le plan physique et psychique. Vous ne savez pas quoi faire et craignez des conséquences pour lui et pour vous, ce qui vous retient d’appeler la police. Vous nous demandez conseil.

Nous vous remercions pour votre poignant témoignage. Vous décrivez avec beaucoup de finesse les mécanismes complexes qui sont en jeu dans la violence conjugale et qui donnent, comme vous le dites, l’impression d’être coincée. Ce que vous avez vécu est grave et vos réactions sont compréhensibles. Les évènements qui tournent en boucle dans la tête, l’impossibilité de se concentrer au travail, les pleurs, les doutes, etc, témoignent des fortes émotions vécues. Les violences psychologiques (menaces, injures, accusation, etc) ne laissent pas de marques sur le corps comme les coups, mais blessent énormément et mettent à mal l’estime de soi, s’ajoutant à cela les violences physiques dont vous nous parlez (séquestration, contrainte, etc). Vous décrivez dans votre message le phénomène d’emprise qui est un processus fort dans les relations de violence au sein des couples. Celui-ci entraîne la victime dans un cercle vicieux et dans le sentiment de honte et de culpabilité (ne pas arriver à en parler, ne pas arriver à le quitter, ne pas pouvoir travailler, la peur d'entraîner des conséquences négatives pour lui, etc). Mais ce n’est pas à la victime de porter le poids de la responsabilité des actes et des comportements violents mais bien à l’agresseur. Ce que vous vivez en terme d’émotions ambivalentes est « normal », vous reconnaissez à votre conjoint des grandes qualités et le choc en est que plus grand. Vous parlez de peur et exprimez être tétanisée. Ce sont des signaux d’alarme à écouter et nous vous encourageons à prendre soin de vous.

Bien que submergée par les émotions, vous arrivez à ressentir et à identifier ces signaux tout en ayant envie de vous en sortir. Nous saluons votre force et vos capacités introspectives. Qu’en est-il aujourd’hui, êtes-vous en sécurité chez vous ? Vivez-vous avec votre conjoint? Nous comprenons la difficulté et les enjeux de faire intervenir la police, mais il est important de penser à votre sécurité avant tout. Si vous deviez vous sentir en danger à nouveau, nous vous suggérons de vous mettre à l'abri et de soliciter l'aide de la police (117) si nécessaire.

Vous nous demandez quelles sont les pistes ? Nous vous proposons de prendre contact avec le Centre d’Accueil MalleyPrairie (021 620 76 76) à Lausanne. Une équipe de professionnel-le-s spécialisé-e-s dans cette thématique pourra accueillir votre récit, vous écouter, vous informer des possibilités, vous conseiller et vous accompagner dans la suite en toute bienveillance. Vous dites que vous êtes incapable d’en parler. Mais vous avez déjà trouvé en vous le courage de nous écrire. Il s’agit d’un grand pas. Vous n’avez pas besoin d’en parler à tout le monde autour de vous, mais peut-être d'identifier une personne avec qui cela pourrait être plus facile pour commencer, un-e proche, un-e amie ou une personne de confiance. L’important est de ne pas rester seule et isolée avec tout cela. Peut-être est-ce plus facile de commencer à en parler avec un-e professionnel-le qui connaît et comprend les difficultés en jeu et ne vous jugera pas. Donnez-vous le temps et accordez-vous un temps de répit. A titre informatif, vous avez un délai de trois mois pour porter plainte, prenez ce temps pour y réfléchir.

Nous espérons que nos pistes de réflexion pourront vous aider dans votre situation et nous vous envoyons plein de courage. Bien entendu si vous souhaitez d'autres adresses, nous sommes là pour vous répondre et nous ne manquerons donc pas de vous orienter au besoin. Notre porte reste grande ouverte.

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