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Questions/réponses

Comment faire pour se reconstruire lorsque la justice ne nous a pas reconnu comme victime?

17 octobre 2018 - Mur...

Bonjour quand la violence conjugale a été poursuivie d’office sur Neuchâtel, j’ai osé déposer plainte pour la violence physique et psychologique que nous subissions mes enfants et moi. Le volet pénal pour le viol a abouti après plus de 2 ans de procédure sur un acquittement au bénéfice du doute, mon ex mari ne l’ayant jamais admis. Quant à la procédure civile, elle a duré 12 ans, notamment parce que le père a toujours nié être violent avec ses enfants et que le juge s’est évertué à les obliger à le voir alors qu’ils persistaient à décrire tout ce qu’ils subissaient y compris au Point Rencontré sensé être un lieu sûr et encadré. Jeunes adultes, ils ont enfin pu faire respecter leur droit de ne plus voir leur père. Je vous passe les détails des expertises successives et inutiles auxquelles nous avons dû nous soumettre pour prouver nos dires, la perte de vie professionnelle et sociale, et surtout les sentiments de honte, de perte intime de notre dignité. Ces procédures bien mal conduites par ce qui devrait être la justice nous ont dévastés psychologiquement et les conclusions du juge nous ont empêchés de nous reconstruire pendant des années, en tout une vingtaine. Soit pour moi les années d’adulte qui auraient pu être comblées par la joie de fonder une famille avec une carrière professionnelle équilibrée et toute la première partie de vie pour mes enfants de 1 à 20 ans. Nous n’avons en fait jamais été reconnus comme victimes: comment se reconstruire? J’aimerais savoir si le fait que la violence conjugale soit considérée maintenant comme une affaire de santé publique change vraiment les choses dans le cadre des procédures. Les juges inadéquats portent aussi une très lourde responsabilité, également en terme de santé publique, mais le système fait qu’ils n’ont eux jamais à assumer cette responsabilité. Nous n’avons jamais obtenu un changement de juge malgré avoir fait appel à plusieurs reprises au conseil de la magistrature.

Notre réponse

Bonjour Madame,

Nous vous remercions pour votre témoignage qui a retenu toute notre attention. En effet, vous évoquez vous être battue au travers de diverses procédures pour faire entendre votre souffrance suite aux violences conjugales que vous avez subies. Vous parlez aussi des difficultés de vos enfants face à leur père, même lors des points rencontres. Vous faites également part d’une plainte pour viol, poursuivie d’office, qui a abouti sur un acquittement malgré une expertise médicale l’attestant. Nous comprenons par vos lignes que vous avez perdu foi en la justice, qui selon vous n’a pas reconnu votre statut de victime, et vous vous interrogez sur la responsabilité des magistrats sur ce sujet sensible des violences domestiques, que vous dites, à juste titre, affaire de santé publique. Vous vous questionnez par rapport à vous, à votre vie personnelle et professionnelle, et aussi pour vos enfants, car chacun de vous avez lourdement souffert des conséquences de cette continuelle bataille dans vos vies respectives. Vous souhaitez savoir comment vous reconstruire alors que vous n'avez jamais été reconnus comme victimes.

Nous déplorons que vous ayez dû vivre une si terrible expérience qui vous a maintenue, vous, mais aussi vos enfants, dans une situation de stress durant de nombreuses années. Toutefois nous tenons à valoriser vos efforts et le courage que vous avez démontré pour assurer votre protection ainsi que celle de vos enfants, car votre récit démontre une belle preuve de persévérance de votre part. Vous n’avez pas lâcher mais malheureusement vous croyez que la justice elle vous « a lâché », alors que votre besoin de reconnaissance reste, encore aujourd’hui, à combler. Nous touchons là au premier pas qui tend à la phase de reconstruction que vous décrivez: la reconnaissance du statut de victime. Les procédures judiciaires peuvent certes mettre à mal ce processus, car de leurs côtés elles cherchent faits et preuves, alors que les victimes recherchent soutien et réconfort. Les deux côtés ne se veulent pas complètement compatibles, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas complémentaires. Les limites de la vérité des faits subis dans l’intimité ont eu raison des besoins de preuves de la justice. Or, cette dernière a dans un premier temps reconnu la gravité des faits en menant une poursuite d’office des actes dénoncés. Que la justice n’ait pu prouver la violence ne veut pas dire qu’elle n’a pas existé. Nous tenons à valoriser votre démarche d’avoir dénoncer devant les autorités les infractions dont vous avez été victimes afin de poser une limite à votre ex-mari mais également pour défendre vos droits et mettre vos propres limites à ce qui est acceptable ou non. A ce propos, avez-vous eu le soutien d’un avocat dans votre défense dans ces diverses procédures ? Y-a-t-il encore des démarches en cours ?

Sachez que le processus de reconstruction peut se faire, en sus de la justice, peut-être par le biais d’autres ressources en parallèle de tout ce que vous avez déjà accompli avec tant d’engagement. Les violences conjugales, et plus spécifiquement le viol, sont des infractions graves à l'intégrité physique mais aussi psychologique de l'individu et nécessite une prise en charge spécifique pour "soigner" les traumatismes causés.

Avez-vous pu bénéficier de l’aide de services spécialisés dans le domaine de la violence conjugale et familiale ? Ou alors avez-vous eu accès à un soutien d’ordre thérapeutique, que ce soit pour vous ou vos enfants ?

Si tel n’est pas déjà le cas, il existe des structures spécialisées dans le domaine de la violence conjugale qui offrent soutien, écoute et orientation, tout en vous assurant des prestations gratuites et confidentielles. Vous pouvez prendre contact avec le centre LAVI au 032 889 66 49 et/ou Solidarité Femmes au 032 889 66 52. Des professionnel-le-s pourront vous accompagner sur le chemin de la reconnaissance dans un premier temps, pour ensuite ouvrir la voie vers le processus de reconstruction que vous souhaitez entreprendre. Vous pouvez également trouver un-e psychologue proche de votre lieu de domicile qui puisse vous aider à soigner vos traumatismes et vous accompagner dans votre processus de guérison. Des techniques existent telle que la méthode de l'EMDR qui permet de désensibiliser les souvenirs traumatiques, les anxiétés actuelles ou les phobies, de traiter les états de stress post-traumatique et d'installer des cognitions positives plus adaptées à la situation présente.

Nous vous souhaitons sincèrement de trouver l'énergie pour entamer un processus de guérison qui vous permette de vivre enfin sereinement. Nous espérons aussi avoir pu répondre à votre demande et si tel n'est pas le cas, n'hésitez pas à nous réécrire. Nous restons bien volontiers à votre disposition si vous avez d'autres questions et nous recevons volontiers de vos nouvelles. Nos meilleures pensées vous accompagnent.

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