LES CONSÉQUENCES DE LA VIOLENCE

Lorsqu'il y a de la violence dans un couple, la victime et les enfants sont fortement affectés dans leur bien-être et leur santé. La violence entraîne des conséquences qui doivent nous alerter. Repérer les signes de violences permet d’intervenir plus tôt et d’éviter de nouvelles agressions.

Les victimes sont profondément affectées

La violence plonge les victimes dans la peur, la culpabilité, la honte et l'isolement. Ces réactions sont normales, c'est la situation vécue qui ne l'est pas. Des troubles de la santé en découlent, qui peuvent être profonds et durables. Pour s'en remettre, une aide extérieure est souvent indispensable.

Peur et anxiété

Souvent la victime a peur pour sa vie. Elle vit en état d'alerte, sous la menace constante de l'agression, qui peut surgir n'importe quand, pour n'importe quelle raison. Toujours sur le qui-vive, elle ne parvient jamais à être vraiment détendue. Elle manifeste des signes d’inquiétude et peut sursauter pour un rien.

Culpabilité

Souvent la victime se sent coupable de la violence qu'elle subit. Elle croit que c'est de sa faute. C'est ce qu'elle a dit ou fait, ou quelque chose en elle, qui ne va pas et qui a provoqué la violence de son partenaire.

Perte d’estime de soi

A force d'être maltraitée, la victime se sent de plus en plus mauvaise et honteuse. La violence lui apparaît comme normale, voire justifiée. Son seuil de tolérance augmente au point qu'elle ne perçoit plus que ce qu'elle vit est inacceptable. Les violences répétées détruisent son estime de soi. Elle ne se sent plus capable de rien.

De la colère à la violence réactionnelle

Parallèlement à la peur et à la honte, les victimes de violence ressentent de la colère, de la révolte. Certaines ravalent leurs sentiments parce qu'elles ne s'autorisent pas à les exprimer ou qu’elles ont peur de déclencher une violence plus grande chez leur partenaire. D'autres réagissent avec agressivité. Elles vont par exemple crier, insulter leur partenaire, voire le frapper en réponse aux violences subies.

Isolement social

Sous la pression de son partenaire ou parce qu'elle veut cacher sa situation, la victime s'éloigne peu à peu de sa famille, de ses amis. Elle fuit les rapports sociaux, évite de sortir. La perte de repères extérieurs favorise l'emprise de son compagnon. Ses doutes, sa confusion augmentent. Elle ne sait plus si ce qu'elle vit est acceptable. Elle se sent piégée dans la relation, impuissante à faire évoluer sa situation.

Honte de rester, honte de revenir

Souvent la victime se culpabilise, parce qu'elle n'arrive pas à quitter son partenaire, ou qu'elle revient après être partie. Ces mouvements d'aller-retour sont tout à fait compréhensibles. Plusieurs facteurs peuvent freiner la partenaire: volonté de préserver l'unité familiale, culpabilité de laisser son compagnon seul, pressions de l'entourage, peur des représailles, peur de perdre les enfants, manque d'argent, souci de ne pas trouver d'emploi, de logement, etc. Des sentiments ambivalents à l'égard de son compagnon la retiennent également. Il se montre gentil par moments, jure qu'il l'aime, promet de ne plus jamais recommencer. Une partie d'elle veut y croire malgré tout.

Sortir de la violence prend du temps. Chaque femme a droit à son rythme, à son chemin personnel. Chaque séparation, même temporaire, est utile. Elle lui permet de mieux voir l'engrenage destructeur dans lequel elle est prise et d'éprouver sa capacité à vivre seule, à s'organiser avec les enfants.

Troubles de la santé

Occupées à survivre dans un environnement hostile, les victimes de violence s'épuisent, se vident de leur énergie vitale. Elles souffrent souvent d'anxiété, de dépression, de stress, d'insomnies ou d'autres troubles. Par exemple nausées, étourdissements, douleurs dans la poitrine, maux de ventre, de dos, de tête, cauchemars, perte d'appétit, perte de concentration, dépendance à l'alcool, aux médicaments, pensées suicidaires, etc. Ces atteintes peuvent altérer la qualité de leur travail et entraîner des absences, avec le risque de perdre leur emploi.

Marques, blessures et lésions

La violence physique laisse souvent des marques qui sont autant d’indices: hématomes, traces de strangulation, brûlures de cigarette… Les côtes, clavicules ou mâchoire cassées sont fréquentes. Les agressions peuvent aboutir à des blessures dangereuses pour la vie, des lésions irréversibles. Les tympans, la rate, les reins, l'abdomen ou les poumons sont souvent touchés. La violence physique se manifeste fréquemment pendant la grossesse et risque alors d'entraîner une fausse couche ou un avortement.

Madeleine

Je ne suis rien, je ne suis pas capable de… je ne peux rien faire… je ne sais pas quoi faire, ni comment (…). Je ne savais plus qui j'étais, c'est comme si j'étais morte, j'étais anesthésiée. (…) J'étais tellement terrorisée que c'est comme si j'étais en dehors de moi, je ne me comprenais plus. Mais maintenant, je ne comprends pas ce qui s'est passé. Je ne comprends pas comment j'ai fait pour supporter tout ça et rester tout ce temps avec lui.

Bin-Heng M., Cherbit F., Lombardi E., Traiter la violence conjugale, parcours pour une alternative, L'Harmattan, Paris, 1996